Je sais, ce titre de chapitre s'éternise, mais c'est le principe originel de ce blog qui veut ça - suivre les références culturelles du livre Marilou sous la neige et en ajouter d'autres. Quand ce blog deviendra autre chose, sûrement un magazine, je ne sais pas encore, la variété des intitulés sera de rigueur. C'est une promesse.

Quand j'ai arrêté complètement la cocaïne, il y a maintenant plusieurs mois de cela, une envie très particulière, relevant du besoin, s'est imposée : l'envie d'écouter des récits de vie de personnages hors du commun, qui étaient passés par la drogue, en étaient sortis et racontaient comment et pourquoi ils avaient réussi à s'abstenir. Cette décision très difficile à prendre quand on est plongé dans la drogue, c'est-à-dire qu'on en prend tous les jours, à des doses conséquentes, pendant une longue période d'au moins quelques années, paraît impossible au junky. Il préfère la mort. Pas d'autres issues, pour parvenir à se passer de drogue quotidiennement, que le suicide. Cela semble plus facile. Et pourtant, une force vive, pas de vie, non, un instinct qui réveille la conscience, l'intelligence, fait qu'on arrête, du jour au lendemain. Là aussi, pas d'autres issues.

Un soir, je n'en pouvais plus de vivre dans la dépendance, toute l'attention est tournée vers le produit - avant, comment s'en procurer, pendant, comment faire que ça continue toujours, après, comment faire sans, en racheter tout de suite, coûte que coûte - et je me suis dit une chose simple : "Tu peux donner l'information à ton cerveau que maintenant, ça y est, c'est fini, tu arrêtes la drogue, tu peux y arriver, tu es assez forte pour ça, dis toi juste que c'est décidé." Le lendemain, l'enfer était fini. Rehab complète. Âme sauvée.

Des personnages hors du commun parce qu'ils sont des modèles, et pas ceux que l'on aurait choisis au départ, a priori. Le portrait qui m'a le plus touchée est celui de Maradona dans le documentaire d'Emir Kusturica. Je ne m'intéresse pas au football, mais je sais que les champions sont des êtres à part, le sport exige une discipline de fer, bien supérieure à celle que s'impose même les artistes. Maradona raconte une histoire que je ne connaissais pas, celle de la victoire de l'Argentine, à la finale de la coupe du monde 1986, contre l'Angleterre, en pleine guerre des Malouines, grâce au prodige Maradona. C'est la victoire du Sud pauvre et fier contre le Nord arrogant et fake. Les idoles de Maradona sont le Che et Fidel Castro (leurs effigies tatouées sur son torse). Il explique que la cocaïne a brisé sa carrière - on le voit à une époque énorme et violent, agressant physiquement les gens - parce que sans elle, il serait devenu un plus grand joueur encore. D'ailleurs, il dit une chose très juste, il a toujours rêvé de gagner un "mundial", de représenter l'Argentine, pas de tomber dans la dope. Un moment magique du film (dans lequel Kusturica se met trop en avant par rapport à son merveilleux personnage) est quand Diego chante "La Mano de Dios", les larmes dans la voix, redevenu beau depuis qu'il ne se drogue plus.

L'autre documentaire est Tyson sur le champion du monde de boxe Mike Tyson. Véritable bête sauvage, Tyson est formé à 13 ans par un vieil entraîneur italien de génie, Cus d'Amato, qui voit en lui le héros exceptionnel de ce sport de combat. Pendant 5 ans, de 16 à 21 ans, Tyson explique qu'il suivait l'hygiène de vie d'un animal, il ne faisait que travailler, manger à heures fixes, se fabriquer un mental de vainqueur, mais il a pris une décision folle : celle de s'abstenir sexuellement. De son premier match en amateur au championnat du monde, il n'a pas perdu un seul combat. C'est unique, incroyable. Son entraîneur meurt, Tyson est brisé de chagrin, il commence à baiser, à faire la fête jusqu'au drame qui selon lui a détruit sa vie : une danseuse dans un clip pourri l'accuse de viol. Est-ce vrai, vu la puissance de cet homme, ou faux, vu sa célébrité et son compte en banque (ahurissant les fortunes que font les boxeurs)? L'Amérique est un pays sans pitié, Tyson est condamné à 3 ans de prison ferme, à 21 ans, en pleine gloire, après tout ce qu'il a sacrifié. Il ne s'en remettra jamais. Quand il sort, il se défonce, dépense tout son fric, perd les matchs, jusqu'à mordre l'oreille de celui qui l'avait déjà fait perdre en lui foutant des coups de tête tout le temps. Il est exclu de la fédération. On le paye très cher dans la boxe privée, des combats shows à Las Vegas, il perd une autre fois avant de décider d'arrêter ce sport parce qu'il a trop d'estime pour lui pour l'insulter de la sorte. Aujourd'hui, il est beau et serein, mais profondément blessé.

Je ne peux pas, étant donné les circonstances, ne pas parler de notre idole à tous, ma génération en particulier - j'avais 8 ans quand Bad est sorti - qui vient de disparaître, Michael Jackson. Peter Pan incarné, il aimait les enfants parce qu'il pensait en être un, toujours, encore, à jamais. Endurci dans sa chair dès sa toute petite enfance par un père intransigeant et violent, qui a formé à la baguette celui qui est devenu, par son génie, la star incomparable dans l'histoire de la pop-music, Michael a refusé de grandir. Il ne s'est pas blanchi la peau pour ne plus être noir, par honte de sa négritude, c'est idiot, mais pour se transformer en un être non humain, ni femme ni homme, androgyne, ni adulte ni enfant, asexué, ni blanc ni noir, androïde, ni humain ni animal, extra-terrestre. Une fois de plus, l'Amérique a brisé un de ses plus grands artistes en l'accusant de pédophilie auprès d'enfants qui vivaient avec lui depuis des années. Il dormait avec eux, mais couchait-il vraiment?, la vérité est en train de sortir. Ce qui est sûr, il se défonçait avec les gosses, voilà ce dont on peut l'accuser. Sinon, comme tous les freaks, il est facile de le reconnaître coupable des pires atrocités. Il est jugé, traîné dans la boue par un procureur républicain facho qui a décidé de lui faire la peau, il paye des dommages et intérêts faramineux. Son corps est à l'autopsie, couvert de cicatrices à cause des opérations esthétiques, dans l'estomac, pas de nourriture, juste un cocktail de cachetons. Il ne mangeait plus, se droguait aux médocs, a vendu Neverland, et il est mort.