Encore la littérature et la drogue, décidément ils aiment bien être perchés les écrivains. La drogue est même devenue un sujet central dans l'oeuvre d'auteurs aussi importants que Bret Easton Ellis. Ce n'est pas la peine de débattre, Ellis est-il un écrivain majeur de la littérature contemporaine? Oui, évidemment. Il est même une figure de basculement narratif et d'ouverture de la langue, comme Céline avec la parole populaire. Les marques, les enseignes, les noms de célébrités, les listes exhaustives, les motifs de notre environnement actuel sont tous présents en tant qu'unité de langage à part entière. La cassure du roman en plein milieu est l'autre création d'Ellis qui n'hésite pas à faire partir son héros dans une réalité totalement nouvelle au cours du récit. La structure du livre change, la soirée en boîte devient croisière, les mannequins laissent la place aux attentats terroristes, l'équipe de tournage qui suit Victor (ou est-ce dans sa tête?) devient véritable film catastrophe (à moins que ce ne soit la réalité?). La tête me tourne. C'est Glamorama, le chef d'oeuvre d'Ellis même si les plus snobs prétendent que ce n'est pas son meilleur livre. Jalousie impardonnable. Tous ses romans sont des coups de poing, Moins que zéro (son premier livre à 20 ans, immédiatement un succès) et son dernier ouvrage traduit en français Lunar Park, livre autobiographique où Ellis déjoue les règles du genre en dévoilant une réalité de plus en plus dingue, mais où tout semble vrai, sont un pur plaisir. Ellis est aussi mystérieux que double, lucide et schizophrène, bisexuel amoureux de la beauté, écrivain et narrateur, écrivain et personnages... Son prochain livre Imperial bedrooms, suite à Less than zero justement, avec les mêmes personnages, avec déjà Victor, héros de Glamorama, est disponible en anglais en attendant l'édition en France. Ellis, il faut tout lire, tout est bien, très très bien.

"Nous étions plongés dans un flash-back du réfectoire de Camden, partageant une Molson, lunettes noires tous les deux, l'oeil vitreux, une orange pelée intacte posée entre nous sur une table, et nous étions déjà en train de lire nos horoscopes et je portais un T-Shirt sur lequel on pouvait lire SI TU N'ES PAS DEFONCE TA PORTE L'EST, attendant que mon linge sèche, et elle alternait entre jouer avec un crayon et sentir une orchidée thaïlandaise qu'un admirateur inconnu lui avait envoyée et on entendait du heavy metal, pensions-nous, et cela nous rendait dingues et son dealer ne devait pas venir avant le mardi suivant et donc nous étions assez peu sensibles à un certain nombre d'événements et dans le ciel les choses commençaient à devenir sombres." (Glamorama, collection Pavillons, Robert Laffont, p. 212)

A la rentrée littéraire, donc septembre 2009, le nouveau roman de Frédéric Beigbeder, Un roman français, très autobiographique, serait très ellisien, très réussi.