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mardi 30 juin 2009
Par Marilou,
mardi 30 juin 2009
Je sais, ce titre de chapitre s'éternise, mais c'est le principe originel de ce blog qui veut ça - suivre les références culturelles du livre Marilou sous la neige et en ajouter d'autres. Quand ce blog deviendra autre chose, sûrement un magazine, je ne sais pas encore, la variété des intitulés sera de rigueur. C'est une promesse.
Quand j'ai arrêté complètement la cocaïne, il y a maintenant plusieurs mois de cela, une envie très particulière, relevant du besoin, s'est imposée : l'envie d'écouter des récits de vie de personnages hors du commun, qui étaient passés par la drogue, en étaient sortis et racontaient comment et pourquoi ils avaient réussi à s'abstenir. Cette décision très difficile à prendre quand on est plongé dans la drogue, c'est-à-dire qu'on en prend tous les jours, à des doses conséquentes, pendant une longue période d'au moins quelques années, paraît impossible au junky. Il préfère la mort. Pas d'autres issues, pour parvenir à se passer de drogue quotidiennement, que le suicide. Cela semble plus facile. Et pourtant, une force vive, pas de vie, non, un instinct qui réveille la conscience, l'intelligence, fait qu'on arrête, du jour au lendemain. Là aussi, pas d'autres issues.
Un soir, je n'en pouvais plus de vivre dans la dépendance, toute l'attention est tournée vers le produit - avant, comment s'en procurer, pendant, comment faire que ça continue toujours, après, comment faire sans, en racheter tout de suite, coûte que coûte - et je me suis dit une chose simple : "Tu peux donner l'information à ton cerveau que maintenant, ça y est, c'est fini, tu arrêtes la drogue, tu peux y arriver, tu es assez forte pour ça, dis toi juste que c'est décidé." Le lendemain, l'enfer était fini. Rehab complète. Âme sauvée.
Des personnages hors du commun parce qu'ils sont des modèles, et pas ceux que l'on aurait choisis au départ, a priori. Le portrait qui m'a le plus touchée est celui de Maradona dans le documentaire d'Emir Kusturica. Je ne m'intéresse pas au football, mais je sais que les champions sont des êtres à part, le sport exige une discipline de fer, bien supérieure à celle que s'impose même les artistes. Maradona raconte une histoire que je ne connaissais pas, celle de la victoire de l'Argentine, à la finale de la coupe du monde 1986, contre l'Angleterre, en pleine guerre des Malouines, grâce au prodige Maradona. C'est la victoire du Sud pauvre et fier contre le Nord arrogant et fake. Les idoles de Maradona sont le Che et Fidel Castro (leurs effigies tatouées sur son torse). Il explique que la cocaïne a brisé sa carrière - on le voit à une époque énorme et violent, agressant physiquement les gens - parce que sans elle, il serait devenu un plus grand joueur encore. D'ailleurs, il dit une chose très juste, il a toujours rêvé de gagner un "mundial", de représenter l'Argentine, pas de tomber dans la dope. Un moment magique du film (dans lequel Kusturica se met trop en avant par rapport à son merveilleux personnage) est quand Diego chante "La Mano de Dios", les larmes dans la voix, redevenu beau depuis qu'il ne se drogue plus.
L'autre documentaire est Tyson sur le champion du monde de boxe Mike Tyson. Véritable bête sauvage, Tyson est formé à 13 ans par un vieil entraîneur italien de génie, Cus d'Amato, qui voit en lui le héros exceptionnel de ce sport de combat. Pendant 5 ans, de 16 à 21 ans, Tyson explique qu'il suivait l'hygiène de vie d'un animal, il ne faisait que travailler, manger à heures fixes, se fabriquer un mental de vainqueur, mais il a pris une décision folle : celle de s'abstenir sexuellement. De son premier match en amateur au championnat du monde, il n'a pas perdu un seul combat. C'est unique, incroyable. Son entraîneur meurt, Tyson est brisé de chagrin, il commence à baiser, à faire la fête jusqu'au drame qui selon lui a détruit sa vie : une danseuse dans un clip pourri l'accuse de viol. Est-ce vrai, vu la puissance de cet homme, ou faux, vu sa célébrité et son compte en banque (ahurissant les fortunes que font les boxeurs)? L'Amérique est un pays sans pitié, Tyson est condamné à 3 ans de prison ferme, à 21 ans, en pleine gloire, après tout ce qu'il a sacrifié. Il ne s'en remettra jamais. Quand il sort, il se défonce, dépense tout son fric, perd les matchs, jusqu'à mordre l'oreille de celui qui l'avait déjà fait perdre en lui foutant des coups de tête tout le temps. Il est exclu de la fédération. On le paye très cher dans la boxe privée, des combats shows à Las Vegas, il perd une autre fois avant de décider d'arrêter ce sport parce qu'il a trop d'estime pour lui pour l'insulter de la sorte. Aujourd'hui, il est beau et serein, mais profondément blessé.
Je ne peux pas, étant donné les circonstances, ne pas parler de notre idole à tous, ma génération en particulier - j'avais 8 ans quand Bad est sorti - qui vient de disparaître, Michael Jackson. Peter Pan incarné, il aimait les enfants parce qu'il pensait en être un, toujours, encore, à jamais. Endurci dans sa chair dès sa toute petite enfance par un père intransigeant et violent, qui a formé à la baguette celui qui est devenu, par son génie, la star incomparable dans l'histoire de la pop-music, Michael a refusé de grandir. Il ne s'est pas blanchi la peau pour ne plus être noir, par honte de sa négritude, c'est idiot, mais pour se transformer en un être non humain, ni femme ni homme, androgyne, ni adulte ni enfant, asexué, ni blanc ni noir, androïde, ni humain ni animal, extra-terrestre. Une fois de plus, l'Amérique a brisé un de ses plus grands artistes en l'accusant de pédophilie auprès d'enfants qui vivaient avec lui depuis des années. Il dormait avec eux, mais couchait-il vraiment?, la vérité est en train de sortir. Ce qui est sûr, il se défonçait avec les gosses, voilà ce dont on peut l'accuser. Sinon, comme tous les freaks, il est facile de le reconnaître coupable des pires atrocités. Il est jugé, traîné dans la boue par un procureur républicain facho qui a décidé de lui faire la peau, il paye des dommages et intérêts faramineux. Son corps est à l'autopsie, couvert de cicatrices à cause des opérations esthétiques, dans l'estomac, pas de nourriture, juste un cocktail de cachetons. Il ne mangeait plus, se droguait aux médocs, a vendu Neverland, et il est mort.
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mardi 23 juin 2009
Par Marilou,
mardi 23 juin 2009
Encore la littérature et la drogue, décidément ils aiment bien être perchés les écrivains. La drogue est même devenue un sujet central dans l'oeuvre d'auteurs aussi importants que Bret Easton Ellis. Ce n'est pas la peine de débattre, Ellis est-il un écrivain majeur de la littérature contemporaine? Oui, évidemment. Il est même une figure de basculement narratif et d'ouverture de la langue, comme Céline avec la parole populaire. Les marques, les enseignes, les noms de célébrités, les listes exhaustives, les motifs de notre environnement actuel sont tous présents en tant qu'unité de langage à part entière. La cassure du roman en plein milieu est l'autre création d'Ellis qui n'hésite pas à faire partir son héros dans une réalité totalement nouvelle au cours du récit. La structure du livre change, la soirée en boîte devient croisière, les mannequins laissent la place aux attentats terroristes, l'équipe de tournage qui suit Victor (ou est-ce dans sa tête?) devient véritable film catastrophe (à moins que ce ne soit la réalité?). La tête me tourne. C'est Glamorama, le chef d'oeuvre d'Ellis même si les plus snobs prétendent que ce n'est pas son meilleur livre. Jalousie impardonnable. Tous ses romans sont des coups de poing, Moins que zéro (son premier livre à 20 ans, immédiatement un succès) et son dernier ouvrage traduit en français Lunar Park, livre autobiographique où Ellis déjoue les règles du genre en dévoilant une réalité de plus en plus dingue, mais où tout semble vrai, sont un pur plaisir. Ellis est aussi mystérieux que double, lucide et schizophrène, bisexuel amoureux de la beauté, écrivain et narrateur, écrivain et personnages... Son prochain livre Imperial bedrooms, suite à Less than zero justement, avec les mêmes personnages, avec déjà Victor, héros de Glamorama, est disponible en anglais en attendant l'édition en France. Ellis, il faut tout lire, tout est bien, très très bien.
"Nous étions plongés dans un flash-back du réfectoire de Camden, partageant une Molson, lunettes noires tous les deux, l'oeil vitreux, une orange pelée intacte posée entre nous sur une table, et nous étions déjà en train de lire nos horoscopes et je portais un T-Shirt sur lequel on pouvait lire SI TU N'ES PAS DEFONCE TA PORTE L'EST, attendant que mon linge sèche, et elle alternait entre jouer avec un crayon et sentir une orchidée thaïlandaise qu'un admirateur inconnu lui avait envoyée et on entendait du heavy metal, pensions-nous, et cela nous rendait dingues et son dealer ne devait pas venir avant le mardi suivant et donc nous étions assez peu sensibles à un certain nombre d'événements et dans le ciel les choses commençaient à devenir sombres." (Glamorama, collection Pavillons, Robert Laffont, p. 212)
A la rentrée littéraire, donc septembre 2009, le nouveau roman de Frédéric Beigbeder, Un roman français, très autobiographique, serait très ellisien, très réussi.
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lundi 15 juin 2009
Par Marilou,
lundi 15 juin 2009
"Pour trouver accès à la question de "l'être-sous-drogue", il nous a fallu suivre la voie de la littérature. Nous avons choisi une oeuvre qui traite exemplairement de l'objet persécutoire d'une addiction : Madame Bovary." La philosophe américaine, post-punk et post-gender, Avital Ronell a tenté d'expliquer dans plusieurs textes, écrits à l'arrivée du crack dans les quartiers, ce qu'est l'addiction et la culture de la drogue. Elle aime à s'emparer d'objets courants que l'on pense maîtriser, à tort. Proche de Derrida, elle écrit aussi bien sur les philosophes (Nietzsche, Aristote, Kant ou Heidegger) que sur les écrivains (Goethe, Proust, Flaubert ou Dostoïevski). C'est une philosophe littéraire, très moderne et complexe par son érudition, sa capacité à interpréter (au sens de l'exégèse) les textes. Pour mon plus grand plaisir, elle a choisi pour son dernier essai traduit en France, Addict, Fictions et Narcotextes (Bayard, 2009) de questionner l'individu face à la drogue et la culture qui l'entoure à travers une oeuvre majeure, Madame Bovary de mon auteur adoré Gustave Flaubert. "La littérature, qui n'a certainement rien d'un badaud innocent et se retrouve au banc des accusés, la littérature, laboratoire de reproduction pour hallucinogènes, a quelque chose à nous apprendre sur les fractures éthiques et la relation à la loi. Le livre de Gustave Flaubert fut traîné en justice; on l'accusa d'être un poison."
Pour Freud, l'addict est celui qui est incapable de renoncer à quoi que ce soit, incapable de "porter le deuil", c'est un "non-renonçant". Celui-ci a aussi un problème d'insatisfaction incurable. Il cherche à se couper du monde réel, effrayé par cette confrontation obligatoire. "Anywhere out of the world", disait Baudelaire. Les drogues produisent une intériorisation supplémentaire. C'est une "course au néant à tombeau ouvert". Pourtant, la drogue n'a cessé de fasciner les artistes et les penseurs. Ernst Jünger fait goûter l'acide à Martin Heidegger, qui en conclut : "L'addiction est elle-même sous addiction." Ainsi, "l'être-jeté est une expérience de néant ou de nullité." L'addict se situe entre "l'expérience de l'impuissance et l'être-pour-la-mort". Il a la possibilité de choisir la destruction. Il est difficile de définir les drogues dans leur essence car "elles tirent leur force de leurs motifs virtuels et fugitifs", tout en existant vraiment (drôle de Dasein). L'héroïne est allemande car c'est un certain Bayer qui l'a commercialisée sous la marque "heroin", dérivé de l'adjectif "heroisch". Mais en tant que "parasite radicalement nomade", la drogue a connu une expansion considérable. Freud a étudié la cocaïne à ses débuts, il a d'ailleurs été réprimandé publiquement pour ça et attaqué sur le plan privé, parce qu'il annonce "les bienfaits contre le vieillissement et la fatigue, plus comme anesthésique local" sans se pencher sur l'autre face du produit. La dépendance, la transformation de la personnalité, l'obsession unique et dévorante pour le produit, la destruction physique et morale...
Emma Bovary symbolise la rencontre entre "l'être-addicté et le féminin". Le principal dealer est le surmoi, alimenté par une "clinique de fantasmes" crées par Flaubert. L'objet littéraire lui-même est considéré comme une drogue. La justice assimile l'hallucination à l'obscénité, Le Festin nu de William Burroughs fut jugé obscène. Dans la drogue, le sujet addict dissocie l'autonomie et la responsabilité, cette question est donc liée à celle de la liberté. Cela exigerait une véritable "éthique de la décision". Les symptômes d'Emma sont "le ravissement qui la coupe de la réalité, la plénitude hallucinée et la communication pure". Ses drogues sont la lecture, la religion, l'amour-passion et les grandes toilettes. Elles suscitent des "effets hallucinogènes, analgésiques, stimulants ou euphorisants", accompagnés "d'effroyables rechutes". Pour ne pas se confronter à une authentique altérité, Emma préfère "l'oubli et le simulacre que la vérité". La littérature et la drogue partagent le même horizon, elles sont "sur la même ligne, dépendent de techniques semblables et (subissent) des répressions juridiques du même ordre". Le procureur au moment du procès déclara : "Mieux eût valu la honte que le poison". Emma n'a pas ravalé sa fierté, elle a préféré se suicider plutôt qu'abjurer, d'ailleurs elle n'a jamais parlé de son angoisse, développant une "violence intériorisée". La pharmacopée n'est pas loin, Emma avale l'arsenic (comme une drogué s'empoisonne aux substances chimiques).
Dominée par l'imagination (fantasy), Flaubert parle d'ivresse à propos des états fluctuants de son héroïne. On reproche au toxicomane de "s'exiler, loin de la réalité, de la réalité objective, de la cité réelle et de la communauté effective, de s'évader dans le monde du simulacre et de la fiction". Une autre drogue est nécessaire pour remplacer "cet opiacé, la vie". Emma deale sa consommation de fringues avec le dealer Monsieur Lheureux. Elle emprunte de l'argent et à la littérature, sous la forme de citations. Elle est brutale - presque maltraitante - avec sa fille Berthe, qu'elle ne peut allaiter car elle doit nourrir son persécuteur. Berthe est le premier "crack baby". Monsieur Homais, pharmacien, est omniprésent et conclut le roman sur ses distinctions honorifiques. L'ennui est un symptôme de la mélancolie et produit un "être-au-monde-angoissé", en bonne disposition pour devenir un sujet de "narcotextes". Emma est anorexique, elle privilégie la lecture à la nourriture. Son "appétit dépravé" montre qu'elle est rongée par quelque chose. Il faut conserver ce qui serait sinon "dévoré par le deuil". Monsieur Homais pousse à la consommation littéraire, il met sa bibliothèque à la disposition illimitée d'Emma. Mais elle ne veut pas se désintoxiquer, car elle ne sait sur quoi s'appuyer, certainement pas l'amour ou l'admiration pour Charles qui rate piteusement son opération du pied-bot. Alors, Flaubert la résume ainsi : "elle s'abandonnait à cette facilité de satisfaire tous ses caprices." Son attitude est définitivement narcissique, elle fonctionne par "auto-hallucinations".
Avital Ronell nous apprend que Harry Levin a établit des parallèles entre la vie de l'auteur et celle de son héroïne. Gustave avait un grand frère, prénommé Achille et chirurgien comme leur père. Souffrant de la hanche, Achille père laisse son fils Achille l'opérer. La gangrène, les infections et les manipulations chirurgicales d'Achille fils tuèrent le père. Comme un talon d'Achille sectionné, comme un pied-bot, sens du nom Oedipe, comme le complexe d'Oedipe.
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mercredi 10 juin 2009
Par Marilou,
mercredi 10 juin 2009
Un immense bravo à Soan qui a hautement gagné la Nouvelle Star ce soir. Il est évidemment le candidat le plus intéressant, même si j'avais un petit coup de coeur pour Léïla, le plus justifié à remporter ce titre de "star" car il est en est une. Arty punk, ambiance comptoir au large de la Bastille, entouré de sa bande de copains artistes de toute obédience, crânes rasés, bras tatoués, Soan a donné au punk à chien ses titres de noblesse. C'est un vrai artiste, qui mène une vie d'artiste, et j'espère qu'il saura saisir cette occasion très drôle (on a bien compris que ses potes le chambraient de s'être engagé dans cette histoire à mille lieux de la culture parisienne) pour réaliser un très bel album. Ciao bello.
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