Elevée dans la culture rock & folk, j'écoute les musiques de mes parents (déjà évoquées : Neil Young, les Stones, les Beatles, Le Velvet Underground, David Bowie...), notamment deux disques que mon père écoutait en boucle dès le matin, allongé sur une loveuse, profitant de la douce chaleur des matins calédoniens et de la bonne weed local (le climat est très approprié à ce type de culture où un petit pied devient un gigantesque arbre de deux mètres avec pour branches des têtes rouges, noires ou poivrées) : Diamond Life de Sade et Court and Spark de Joni Mitchell. Comment en suis-je venue à m'enfermer dans un appartement confortable, moi qui était une teuffeuse invétérée (les teufs technos quand j'avais 20 ans), à l'âme rock jamais éteinte? Il faut que je retrouve cette énergie punk qui me permet de décoller en toute liberté du réel. Je regarde un documentaire incroyable sur l'histoire de deux groupes américains qui ont fait renaître le rock des cendres dans lesquelles il s'était inhumer depuis la fin des années 70 : Dig! Ondi Timoner a deviné dès leurs débuts que The Brianjonestown Massacre et les Dandy Wahrols (plus pop que les BJM) deviendraient des groupes phares de la scène rock actuelle. Elle les a suivis pendant 7 ans, Anton, le chef de fil des BJM, le plus brillant de tous, sombre dans l'héroïne et l'incompréhension malgré la supériorité incontestable de sa musique, Courtney emmène les Dandy jusqu'au succès, avec des morceaux plus easy et sa petite gueule d'amour. La fascination réciproque entre les 2 leaders est ambiguë et empreinte de rivalité amoureuse.

En 1984, j'avais donc 6 ans, ma tante m'avait offert Love on the beat de Gainsbourg, ma passion pour lui est née à cet instant. J'admirais la couverture queer du visage maquillé de l'homme à tête de chou, fumant avec un porte cigarette dans une pose glamour, obscène, absolument cabaret. Les cris déchirants de la femme en rut (Bambou amaigrie par l'héroïne) avivaient mon goût pour les sons trashs, crades et violents, ceux du punk rock ou de la techno. Il y a dix ans, je m'éclatais sur les sons hard-core des spirals lors de free-party. Maintenant que je vis à Paris, dans un milieu plutôt chic, celui de l'édition, de la culture, des gens fins et lettrés, il n'y a plus de place pour moi au Rex. Je me sens trop vieille ou trop snob. Thomas Lélu me propose de l'accompagner au Baron avec les "branchés" et les minettes de 18 ans qui s'excitent autour. Une soirée Colette au Paris Paris, j'y trouve quelque chose de malsain qui pourrait compenser mon besoin d'autodestruction : se droguer à la cocaïne, la drogue des riches, en dansant sur la piste jusqu'à 6h du matin, finir dans un appartement grand luxe jusqu'à midi. Se défoncer jusqu'à plus soif, dans les chiottes, lécher la poudre qui a touché la cuvette, fumer une cigarette dans le couloir à poubelles et regarder les beautiful people devenir lentement des zombies, mort-vivants ne sortant qu'à la tombée de la nuit, totalement déconnectés et abrutis par les substances chimiques. Avant de les rejoindre, je prends un trait chez moi, pour me donner la force d'être en contact avec les autres, avec ces gens qui sont tout sauf des amis, et j'écoute Sally Shapiro, l'album Disco Romance, ou bien la version remixée par leur éditeur autrichien Discocaïne.