40. Chapitre 4 - Amour et Solitude (1)
Par Angie David, mardi 31 mars 2009 :: #40 :: rss
Le créateur de la série Sex and the City, Darren Star travaille à un nouveau projet de sitcom féminin pour HBO où les personnages ne sont plus seulement des filles libérées et sexy, mais carrément des escort girl, ou pour dire les choses plus simplement des putes de luxe. Une fashion victim s'interroge forcément sur l'analogie avec la "poule de luxe" car la mode est une passion exorbitante. Au sens économique s'entend. Il est nécessaire de disposer de grandes sommes d'argent donc, à moins d'être héritière ou d'avoir fait fortune grâce à son talent et son travail, l'une des manières les plus évidentes est de se faire "payée" par un homme riche. La question de la prostitution. Marcella Iacub (auteur notamment de Qu'avez-vous fait de la libération sexuelle? et Le crime était presque sexuel et autres essais de casuistique juridique) est l'intellectuelle féministe à laquelle j'adhère le plus, véritablement, surtout dans ses positions libératrices sur la prostitution. Elle décortique une pensée machiste encore très installée dans la société actuelle, celle de mépriser la "fille facile". Une fille qui couche est une pute. Un homme qui couche est un coureur de jupons. Le rapport à la prostitution est insidieux dans le discours courant, on a vite fait de cataloguer une femme qui échange son corps et sa sensualité contre de l'argent : femme entretenue, courtisane, demi-mondaine, lorette, poule ou pute de luxe, call-girl, escort girl... Pourtant dans les années 70, on aimait à montrer que certaines étudiantes n'hésitaient pas à être call-girl à mi-temps, pour s'autofinancer, comme Jane Fonda dans le culte Klute, film angoissant et très esthétique de l'époque.
Pauline Réage/Dominique Aury n'hésitait pas à reconnaître la forte valeur érotique de l'argent et regrettait même de n'avoir jamais accepté d'être payée par un homme, pas une seule fois, en raison de son trop grand orgueil. Elle l'avoue dans les entretiens accordés à Régine Desforges en 1975, O m'a dit. Au XIXe siècle, la courtisane était d'ailleurs une institution sociale, faussement inavouée, entretenue par un ou plusieurs hommes aisés et respectables. Aujourd'hui, on peut être la maîtresse d'un homme marié, mais sans que cela ne rapporte un kopeck. La plus belle figure de courtisane est la Nana de Zola, transposée au cinéma par Renoir. Sa fin tragique, l'homme marié chassé par sa femme, ruinée par Nana vient la rejoindre en la contaminant de la petite vérole. Sa vie, comme celle de sa mère Gervaise, n'aura été qu'une longue tragédie.
Différentes approches suggestives de ce thème au cinéma, Les Biches de Claude Chabrol sont liées par ce lien de dépendance d'une femme à l'autre, rapport de domination qui s'inverse quand la femme plus âgée et plus riche se soumet à la cruauté de la plus jeune. Ce rapport complexe au pouvoir entre femmes est montré d'une manière sublime dans Les Larmes amères de Petra von Kant, de Fassbinder. La plus jeune, l'adorable Karin - Hanna Schygulla, torture Petra en lui racontant ses infidélités avec des hommes, alors qu'elle lui doit tout. Petra en a fait sa mannequin star, et lui reproche de trop boire pour sa ligne, elle-même complètement ivre au gin-tonic à midi. Elle sombre dans le désespoir quand Karin la quitte. Dans un tout autre registre artistique, David Lynch effleure la figure de femme - Isabella Rosellini - sous l'emprise d'un homme dans l'énigmatique Blue Velvet.
En musique d'accompagnement, une chanson de Brigitte Bardot, celle de Serge Gainsbourg et des années 60 - une femme à personnalité qui chante, pas une chanteuse - "Ne me laisse pas l'aimer".

Commentaires
1. Le mercredi 1 avril 2009 par Dahlia
2. Le mercredi 1 avril 2009 par Belle de jour
3. Le jeudi 2 avril 2009 par NOPSEDOKUS
4. Le jeudi 2 avril 2009 par Catherine
5. Le lundi 6 avril 2009 par solaris
6. Le lundi 6 avril 2009 par Marilou
7. Le mercredi 8 avril 2009 par Fanfreluche = :-o)--&
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