38. Chapitre 3 - La Mode (5)
Par Marilou, samedi 14 mars 2009 :: #38 :: rss

Un peu de littérature pour prouver à quel point de réflexion esthétique, il est possible de hisser la mode. Le plus illustre à s'être confronté effectivement à la chronique de mode, comme genre littéraire, est Mallarmé dans La Dernière Mode, "Gazette du monde et de la famille" (La Pléiade, Oeuvres complètes, volume II). Pendant l'année 1874, il accumule les pseudos pour écrire ses articles fashion : Marguerite de Ponty, Miss Satin, Augusta Holmès... "Je reprends, après une interruption causée par les Fêtes et renouvelable plus d'une fois dans le cours de l'hiver, le sujet habituel à cette page, dont le titre est La Mode : soit le Goût général de la Saison. Les vingt-quatre Courriers doivent, pour qui les feuilletera plus tard, former une histoire exacte et complète des Variations du Costume pendant une année ; mais ce serait manquer à mon devoir d'historiographe des Toilettes et du caprice qui les varie, que de ne pas tenir compte d'autres détails, comme l'emploi de ces Toilettes à la Campagne ou à la Ville réglée par le High-life ou simplement les étalages d'étoffes faits auparavant par les Magasins." (Les Costumes de Sortir, Les Etoffes pour Costumes habillés, Toilette de Dîner, autant de conseils pratiques pour être au plus près de la mode.) Il serait merveilleux de retrouver une écriture contemporaine de la mode.
L'Institut français de la mode et les Editions du Regard ont publié un recueil de textes d'écrivains sur la mode : Mode & contre-mode, Une anthologie de Montaigne à Perec, où l'on trouve des extraits des oeuvres de Madame de Sévigné, Marcel Proust, Jean Cocteau, Oscar Wilde : "Tous les Américains sont bien habillés - ils se fournissent à Paris." (Une femme sans importance, 1893), Colette ou Balzac déclarant des ses "Méditations sur la mode", Code de la Toilette (1828) : "La mode est la reine du monde!" J'aime moins les textes de Paul Morand sur L'allure de Chanel (1976), malgré leur amitié respective, le style faussement désinvolte et moderne de l'auteur me gène. Sa misogynie transparaît malgré le sujet et ses propos sont conventionnels. "La création est un don artistique, une collaboration de la couturière et de son temps. Ce n'est pas en apprenant à faire des robes qu'on les réussit (faire la mode et créer la mode, c'est différent) ; la mode n'existe pas seulement dans les robes ; la mode est dans l'air, c'est le vent qui l'apporte, on la pressent, on la respire, elle est au ciel et sur le macadam, elle est partout, elle tient aux idées, aux moeurs, aux événements."
Amusant à consulter sur le plan socio-mode de vie, l'ouvrage collectif d'Hector Obalk, Alain Soral et Alexandre Pache, Les Mouvements de mode expliqués aux parents (Robert Laffont, 1984) : avant d'en faire des combinatoires, ils distinguent au milieu des années 80 le Pop, les Babas, les BCBG, les Minets, le Punks, les New-Wave hard et cool, et le Fun. Aujourd'hui, ce serait les teuffeurs, les punks à chien, les gothiques, les rappeurs, les mods, les hippies, les grunges, les skatteurs, les rastas, les émos, les fashion à mort ou les fluokids. Il suffit de lire les magazines féminins pour connaître les nouvelles catégories. Le livre suit une réflexion sociologique des styles de vie par Bernard Cathelat, Socio-Styles système : les styles de vie, théorie, méthodes, applications. Le tout contrôlé par les immenses campagnes publicitaires du luxe.
Dernier opus indispensable, le magnifique Dictionnaire International de la Mode (Editions du Regard, 2004). Dans la même collection, le Dictionnaire International du Bijou ou le Dictionnaire des Arts appliqués et du Design. Ces luxueux ouvrages sont une mine d'information et de documents fascinants. Une petite définition, comme ça, pour s'amuser. "Les mitaines : Gants qui ne couvrent que la première phalange des doigts. On trouve des mitaines en pointe brodée au XVIIe siècle, avec un lacet fermant la fente du poignet au XVIIIe siècle, courtes en filet brodé ou volanté au XIXe siècle ou encore longues et en dentelle jusqu'au début du XXe siècle. Schiaparelli les utilise volontiers dans ses collections et l'après-guerre les voit en chevreau rose lacé de blanc d'Hermès en 1947, pour accompagner une robe de bal de Balmain et en agneau noir avec dentelle de Valenciennes et noeud de Lionel le Grand en 1967 pour Jacques Fath. Aujourd'hui, en laine tricotée ou en peau, chaque doigt peut avoir une couleur différente." Moi, je les aime longues sur les bras, de tout motifs et couleurs, en laine, bien que celles en cuir soient très sexy.

Commentaires
1. Le dimanche 15 mars 2009 par Coccinelle
2. Le mardi 17 mars 2009 par Thierry Kron
3. Le mardi 17 mars 2009 par Marilou
4. Le mercredi 18 mars 2009 par Fanfreluche = :-o)--&
5. Le jeudi 19 mars 2009 par Catherine
6. Le jeudi 19 mars 2009 par Danielle FERRAND
7. Le jeudi 19 mars 2009 par Marilou
8. Le vendredi 20 mars 2009 par Dahlia
9. Le vendredi 20 mars 2009 par Catherine
10. Le samedi 21 mars 2009 par Coccinelle...
11. Le samedi 21 mars 2009 par Dahlia
12. Le dimanche 22 mars 2009 par Catherine
13. Le dimanche 24 mai 2009 par lionel
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