J'ai évidemment emprunté ce titre à Clément Rosset et son passionnant d'érudition et de malice essai sur Le Régime des Passions (nous avions déjà évoqué cet auteur dans le billet *23 sur la dépression, à propos de son ouvrage autobiographique Route de Nuit). Sa définition de la passion : "la poursuite éperdue d'un objet absent ou irréel" lui permet de comprendre que l'objet de la passion doit toujours se dérober à celui qui le désire. Ainsi définit-il ce sentiment. Pour exemple, entre autres, il évoque la figure de Phèdre de Racine, amoureuse du fils de son mari, Hippolyte. Non seulement, le sujet de son amour est interdit, mais aussi se met-elle en situation de chaque fois l'éviter (éviter le tête-à-tête). L'une des oeuvres fondamentales qui a suscité ma vocation littéraire est Andromaque. La langue de Racine, l'émotion et la douleur ressentie à chaque vers, la perfection dramatique dans l'analyse des contradictions et atrocités humaines, sentimentales et mentales, les personnages qui nous touchent au plus fragile de notre être.

Une professeur de lettres me fit découvrir Andromaque à 13 ans. La liste de mes chocs littéraires, au début de ma formation, sont : Le Grand Meaulnes d'Alain Fournier à 10 ans (j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps pendant deux jours, rien ne me consolait de cette histoire d'amour tragique), Balzac à 11 ans (La Cousine Bette, Le Père Goriot, La Peau de chagrin et Les Illusions perdues), Shakespeare à 12 ans (Hamlet et MacBeth), Flaubert à 14 ans (Madame Bovary et L'Education sentimentale) et enfin, André Gide et Les Faux-monnayeurs - roman grandiose, chef d'oeuvre du genre romanesque au sens classique (j'entends d'ici les bouh-bouh).