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jeudi 29 janvier 2009
Par Marilou,
jeudi 29 janvier 2009
Partie essentielle dans ma vie citadine, la mode occupe un espace mental (j'y pense tout le temps, dévore les magazines féminins, remarque les modèles "indispensables"...) et géographique (circulation parisienne entre les boutiques) immense. Je la place au même niveau que l'art et l'intègre à la culture sans vergogne. Je dirais même que c'est le premier acte de civilisation, les vêtements, les costumes, le maquillage, la coiffure et les bijoux étant ce qui diversifie le mieux les populations du monde entier. Pour commencer cette partie qui sera un peu longue (pardon à ceux que ça n'intéresse mais alors pas du tout), je choisis le modèle parmi les modèles, la maison Chanel et sa fondatrice Coco Chanel, et son incarnation actuelle, Karl Lagerfeld.
Une brillante biographie magnifiquement illustrée a été consacré par Edmonde Charles-Roux (coédition Grasset et Lamartinière, propriété des frères Wertheimer, comme la maison Chanel) à la plus innovatrice des créatrices de mode, Gabrielle Chanel, dite Coco, Le Temps Chanel. Elle casse le style Poiret avec robe à baleines et taille corsetée, pour des modèles inspirés du sport-wear et des habits pour hommes. Elle découvre le jersey de coton et fabrique des robes sans tailles, droites et amples, avec une légère ceinture au niveau des hanches, des gilets oversize par dessus, décorées d'un sautoir en perle et d'une broche Camélia (signe de fabrique). Les femmes peuvent être élégantes tout en bénéficiant d'un confort des formes et matières. C'est une véritable révolution.
Sans revenir sur toute l'histoire d'une ascension sociale extraordinaire, d'un enrichissement et d'un rayonnement international sans précédents, après avoir été exilée de France pour ses amours avec un officier allemand pendant la guerre, Coco Chanel reprend la boutique en 1955 et s'épuise à finir ses dernières créations dans sa suite du Ritz, en face de l'adresse mythique rue Cambon. Quelques années de pause - stand-by - avant que Karl Lagerfeld ne reprenne la direction du style en 1983. Il a refait vivre la maison de ses cendres en reprenant les thèmes chers à Coco Chanel, tout en y apportant une touche rock'n roll, sexy et audacieuse. Des cuissardes en vinyle, des broches en plastique/baccélite, des sacs reprenant le matelassé sous toutes ses coutures, des bottines beige et noir en cuir souple, des vestes en tissu chiné gris perle et bleu, l'accouplement du noir et blanc... Toute la panoplie Chanel existe toujours, avec une modernité intemporelle. Karl is the king of Paris!
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vendredi 23 janvier 2009
Par Marilou,
vendredi 23 janvier 2009
Le titre de ce chapitre est bien évidemment volé au chef d'oeuvre de Mankiewicz, All about Eve, sur l'ascension d'une jeune femme, Eve Harrington (Anne Baxter) dans le milieu des comédiennes de Broadway. Pour entrer dans ce monde très select, elle fait croire à la star du moment, Margo Channing (Bette Davis), qu'elle ne rêve que d'une chose : être son plus fidèle soutien, vivre auprès de celle qu'elle vient applaudir à chaque représentation sur scène. Au fur et à mesure, Margo comprend qu'Eve ne recherche qu'une chose : prendre sa place, tout le monde la croit angélique et refuse de céder aux caprices de la star Margo. Celle-ci se sent vieillir et voit dans la jeunesse et la candeur d'Eve, une menace de taille. Avec l'aide du terrible critique de théâtre Addison deWitt (George Sanders), Eve arrivera à sa fins en révélant son vrai visage, celle d'une ambitieuse prête à tout pour réussir. Devenir la nouvelle star de Broadway, puis d'Hollywood.
Ce personnage redoutable est excessif dans sa soif de pouvoir, je me retrouve mieux dans l'adolescente fragile, à la fois fascinée et jalouse de Clara, pianiste virtuose de son âge, à la chevelure blonde et portant une robe de velours grenas, qu'incarne Charlotte Gainsbourg dans son premier film, L'Effrontée de Claude Miller. Ce film a marqué ma génération, à la pré-adolescence, parce qu'il raconte une histoire que toutes les jeunes filles ont vécue : se sentir mal dans sa peau et admirer sans discernement une autre petite fille, supposée plus belle, plus douée. Ce complexe féminin dure longtemps et ne se tarie qu'avec les années, quand jeune femme, on parvient à devenir ce que l'on a toujours voulu être, la petite chenille se transforme en papillon. Comme Charlotte. De ce film, il est impossible d'oublier la BO italienne qui nous a tous fait danser l'été, au bord de la mer ou à la campagne, "Sara perche ti amo" de Amore Mio et Ricchi e Poveri.
Pour quelques analyses psychanalytiques des comportements déviants, un dictionnaires est très utile : Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche et Pontalis (PUF). Sans aucune connaissance en la matière, ce livre permet de comprendre certains grands thèmes (de la névrose au surmoi) et renvoie aux textes d'origine.
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jeudi 15 janvier 2009
Par Marilou,
jeudi 15 janvier 2009
La nuit parisienne est désormais structurée autour de deux endroits principaux : le Baron et le Mathis. Bar et restaurant, ouvert jusqu'à 6h du matin pour boire un verre, au restaurant poudré, les murs marrons glacés rehaussés de chromos aux cadres d'or, pour les "amis", au bar en velours rouge, lumière tamisée et musique choisie pour les simples familiers de l'endroit, le Mathis maintient en vie la véritable nuit à Paris, sous la poussière d'ange et le transgenre, celle qui trouva son apogée à la fin des années 80, au Palace. C'est un lieu très agréable, et drôle grâce aux histoires inimitables que raconte Gérald Nanty, le patron.
On peut y voir un simulacre entièrement fait d'hypocrisie et de courtoisies feintes, exacerbé la nuit par les vapeurs d'alcool et la fumée des cigarettes, un lieu où se représenterait la nouvelle cour royale, le show-biz. Celui qui nous donne de grandes leçons en ce domaine - type de comportements que j'ai eu plus souvent l'occasion de découvrir dans l'édition et le journalisme, car finalement la nuit, on ne ressemble plus à rien, les yeux et les cheveux en vrac, la mine déconfite, une communauté d'arrachés de la tête se constitue, plus ou moins fiable - est Baltazar Gracian dans son ouvrage L'Homme de Cour (Ivrea). Je ne dirai pas ceux à qui je pense en ce moment, comme lèche-bottes qui se sont déjà fourvoyés devant mes yeux !
La véritable cour est celle de l'Ancien Régime, dont Marie-Antoinette est la dernière incarnation (je zap Louis XVI, tant pis). A la reine, je préfère pourtant les favorites, dont le statut me correspond mieux. La favorite du roi que j'aime le plus est la du Barry (Louis XV), femme novatrice en matière de moeurs et de mode, qui traitait son personnel avec respect, notamment un majordome africain qu'elle adorait, le système de son château était lui aussi moderne. Elle fut pourtant exécutée comme toutes les autres aristocrates, personne n'ayant été jugé sur des éléments précis, mais généraux (objectifs?).
Je verrais bien Cate Blanchett dans le rôle.
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dimanche 11 janvier 2009
Par Marilou,
dimanche 11 janvier 2009

J'avais déjà parlé de l'oeuvre de ce cinéaste qui figure parmi mes fétiches, Barbet Schroeder (billet *15, à propos de ses films hippies La Vallée et More). En dehors de sa période américaine, où il a réalisé deux de ses meilleurs films : l'extraordinaire Mystère von Büllow (avec Jeremy Irons et Glenn Close) et JF partagerait appartement, thriller culte et féminin des années 90, avec une actrice que j'adorais - malheureusement, on ne la voit pas souvent aujourd'hui - Jennifer Jason Leigh (dans eXistenZ, tiens justement). J'ai adoré évidemment le documentaire sur Jacques Vergès, L'Avocat de la terreur (2007) sur l'histoire d'un anarchiste issu de son combat auprès du FLN algérien, durant la guerre d'Algérie, notamment comme avocat. Son histoire d'amour avec la femme qui représentait le mouvement d'indépendance algérien - c'était une femme - Djamila Bouhired. Puis sa disparition, pendant plusieurs années, où on ne sait pas ce que Vergès a fait. De l'espionnage sans doute, pour la France, pourquoi pas. En tout cas, il tisse les liens terribles avec Pol Pot (et Carlos, ensuite).
Le film le plus singulier de Barbet Schroeder est selon moi Maîtresse (1975), où il montre pour la première fois au cinéma, la réalité de ce monde encore très marginal dans les années 70, du sado-masochisme, comme pratique sexuelle et artistique, tel que nous le connaissons désormais. Bulle Ogier est sublime en tenue de maîtresse dessinée par Karl Lagerfeld, incarnant le personnage aristocrate d'une femme dominante, mais qui cache, selon le souhait du cinéaste, un homme derrière elle. C'est l'homme derrière la femme qu'affronte de manière étourdie, Gérard Depardieu, lorsqu'il tombe amoureux d'Ariane. Catherine Robbe-Grillet (dans un entretien contenu dans les bonus du DVD du film) explique qu'elle est un metteur en scène de théâtre, qui implique la part charnelle des comédiens, mais de manière fantasmatique. La maîtresse doit entrer dans les fantasmes du soumis. D'ailleurs, l'une des règles du SM est, nous explique t'elle, que cela ne soit jamais irréversible. Comme une amputation, ou la mort.
Histoire d'O de Pauline Réage est un chef d'oeuvre du genre littéraire érotique SM (1954), comme en a écrit Catherine Robbe-Grillet sous le pseudonyme Jeanne de Berg. Dominique Aury avait pour principal livre de chevet, en dehors de "The Oxford Dictionnary of quotations", Les Liaisons dangereuses (citées billet *13).
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mercredi 7 janvier 2009
Par Marilou,
mercredi 7 janvier 2009
J'ai évidemment emprunté ce titre à Clément Rosset et son passionnant d'érudition et de malice essai sur Le Régime des Passions (nous avions déjà évoqué cet auteur dans le billet *23 sur la dépression, à propos de son ouvrage autobiographique Route de Nuit). Sa définition de la passion : "la poursuite éperdue d'un objet absent ou irréel" lui permet de comprendre que l'objet de la passion doit toujours se dérober à celui qui le désire. Ainsi définit-il ce sentiment. Pour exemple, entre autres, il évoque la figure de Phèdre de Racine, amoureuse du fils de son mari, Hippolyte. Non seulement, le sujet de son amour est interdit, mais aussi se met-elle en situation de chaque fois l'éviter (éviter le tête-à-tête). L'une des oeuvres fondamentales qui a suscité ma vocation littéraire est Andromaque. La langue de Racine, l'émotion et la douleur ressentie à chaque vers, la perfection dramatique dans l'analyse des contradictions et atrocités humaines, sentimentales et mentales, les personnages qui nous touchent au plus fragile de notre être.
Une professeur de lettres me fit découvrir Andromaque à 13 ans. La liste de mes chocs littéraires, au début de ma formation, sont : Le Grand Meaulnes d'Alain Fournier à 10 ans (j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps pendant deux jours, rien ne me consolait de cette histoire d'amour tragique), Balzac à 11 ans (La Cousine Bette, Le Père Goriot, La Peau de chagrin et Les Illusions perdues), Shakespeare à 12 ans (Hamlet et MacBeth), Flaubert à 14 ans (Madame Bovary et L'Education sentimentale) et enfin, André Gide et Les Faux-monnayeurs - roman grandiose, chef d'oeuvre du genre romanesque au sens classique (j'entends d'ici les bouh-bouh).
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samedi 3 janvier 2009
Par Marilou,
samedi 3 janvier 2009

Pour raconter une histoire d'amour qui l'a beaucoup marqué quelques années auparavant, Maurice Pialat fait débuter son film, Nous ne vieillirons pas ensemble (1972), par la fin, la rupture. Celle-ci se déroule difficilement, entre crises de colère injustes de Jean (Yanne) et la manière dont ensuite il supplie Catherine (Marlène Jobert) de le pardonner. Pialat n'a choisi que les "crêtes" de la relation, pour en dégager les moments les plus forts, les plus intenses, marque des véritables passions. Pour redécouvrir l'oeuvre extraordinaire d'un des plus grands cinéastes français, l'ensemble des films est disponible en 2 sublimes coffrets DVD (Gaumont); et puis pour la croiser, le Dictionnaire Pialat, dirigé par Antoine de Baecque (Editions Léo Scheer). Loulou ou Van Gogh... L'Enfance nue ou Sous le soleil de Satan... Et A nos amours, forcément.
Au Festival de Cannes, en 1965, deux films, parmi d'autres, sont en compétition : Les Parapluies de Cherbourg (billet *) de Jacques Demy, avec Catherine Deneuve, et La Peau douce, avec la soeur de celle-ci, Françoise Dorléac, de François Truffaut. Ce dernier est un échec absolu, la critique rejette en bloc cette sordide, et pourtant magnifique histoire d'un écrivain lamba, Pierre Lachenais, qui entretient une liaison passionnée avec sa maîtresse, Nicole, tout en étant marié à une femme au tempérament de feu. Le couple clandestin se retrouve dans des hôtels miteux de province - ici, Limoges - quand Pierre fait une conférence dérisoire. L'attente de l'autre, le secret, l'obligation de se cacher, le schéma bourgeois et parfait du mariage - seul lien réellement indéfectible. Le destin comparé de 2 soeurs, toutes deux actrices stars, l'une l'emporte sur l'autre par une terrible tragédie : la mort de Françoise Dorléac dans un accident de la route, en allant à Nice, le 26 juin 1967, pressée de ne pas rater son avion, revenant de Saint-Tropez, à toute allure. Elle était toujours en retard. Catherine Deneuve est de toute façon la reine du cinéma français.
La Bo est du grand compositeur de musique de film, Georges Delerue ("Pierre et Nicole"), auteur également de la légendaire BO du Mépris (Jean-Luc Godard), "Camille", avec Brigitte Bardot en perruque brune, coupe au carré, très classique. So Famous.
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