Accueil
Nous contacterPlan du site
Actualité
Le BLOG des Editions
leoscheer.TV
Collection Laureli
Collection melville
Librairies
A paraître
Catalogue
La Revue Littéraire
La revue Cinéma
FRESH
14/16 Verneuil
Blogosphere
Prix @ B 2007
M@nuscrits
Auteurs.TV
Le Blog de Marilou


mardi 30 juin 2009

49. Chapitre 5 - La drogue (4)

Je sais, ce titre de chapitre s'éternise, mais c'est le principe originel de ce blog qui veut ça - suivre les références culturelles du livre Marilou sous la neige et en ajouter d'autres. Quand ce blog deviendra autre chose, sûrement un magazine, je ne sais pas encore, la variété des intitulés sera de rigueur. C'est une promesse.

Quand j'ai arrêté complètement la cocaïne, il y a maintenant plusieurs mois de cela, une envie très particulière, relevant du besoin, s'est imposée : l'envie d'écouter des récits de vie de personnages hors du commun, qui étaient passés par la drogue, en étaient sortis et racontaient comment et pourquoi ils avaient réussi à s'abstenir. Cette décision très difficile à prendre quand on est plongé dans la drogue, c'est-à-dire qu'on en prend tous les jours, à des doses conséquentes, pendant une longue période d'au moins quelques années, paraît impossible au junky. Il préfère la mort. Pas d'autres issues, pour parvenir à se passer de drogue quotidiennement, que le suicide. Cela semble plus facile. Et pourtant, une force vive, pas de vie, non, un instinct qui réveille la conscience, l'intelligence, fait qu'on arrête, du jour au lendemain. Là aussi, pas d'autres issues.

Un soir, je n'en pouvais plus de vivre dans la dépendance, toute l'attention est tournée vers le produit - avant, comment s'en procurer, pendant, comment faire que ça continue toujours, après, comment faire sans, en racheter tout de suite, coûte que coûte - et je me suis dit une chose simple : "Tu peux donner l'information à ton cerveau que maintenant, ça y est, c'est fini, tu arrêtes la drogue, tu peux y arriver, tu es assez forte pour ça, dis toi juste que c'est décidé." Le lendemain, l'enfer était fini. Rehab complète. Âme sauvée.

Des personnages hors du commun parce qu'ils sont des modèles, et pas ceux que l'on aurait choisis au départ, a priori. Le portrait qui m'a le plus touchée est celui de Maradona dans le documentaire d'Emir Kusturica. Je ne m'intéresse pas au football, mais je sais que les champions sont des êtres à part, le sport exige une discipline de fer, bien supérieure à celle que s'impose même les artistes. Maradona raconte une histoire que je ne connaissais pas, celle de la victoire de l'Argentine, à la finale de la coupe du monde 1986, contre l'Angleterre, en pleine guerre des Malouines, grâce au prodige Maradona. C'est la victoire du Sud pauvre et fier contre le Nord arrogant et fake. Les idoles de Maradona sont le Che et Fidel Castro (leurs effigies tatouées sur son torse). Il explique que la cocaïne a brisé sa carrière - on le voit à une époque énorme et violent, agressant physiquement les gens - parce que sans elle, il serait devenu un plus grand joueur encore. D'ailleurs, il dit une chose très juste, il a toujours rêvé de gagner un "mundial", de représenter l'Argentine, pas de tomber dans la dope. Un moment magique du film (dans lequel Kusturica se met trop en avant par rapport à son merveilleux personnage) est quand Diego chante "La Mano de Dios", les larmes dans la voix, redevenu beau depuis qu'il ne se drogue plus.

L'autre documentaire est Tyson sur le champion du monde de boxe Mike Tyson. Véritable bête sauvage, Tyson est formé à 13 ans par un vieil entraîneur italien de génie, Cus d'Amato, qui voit en lui le héros exceptionnel de ce sport de combat. Pendant 5 ans, de 16 à 21 ans, Tyson explique qu'il suivait l'hygiène de vie d'un animal, il ne faisait que travailler, manger à heures fixes, se fabriquer un mental de vainqueur, mais il a pris une décision folle : celle de s'abstenir sexuellement. De son premier match en amateur au championnat du monde, il n'a pas perdu un seul combat. C'est unique, incroyable. Son entraîneur meurt, Tyson est brisé de chagrin, il commence à baiser, à faire la fête jusqu'au drame qui selon lui a détruit sa vie : une danseuse dans un clip pourri l'accuse de viol. Est-ce vrai, vu la puissance de cet homme, ou faux, vu sa célébrité et son compte en banque (ahurissant les fortunes que font les boxeurs)? L'Amérique est un pays sans pitié, Tyson est condamné à 3 ans de prison ferme, à 21 ans, en pleine gloire, après tout ce qu'il a sacrifié. Il ne s'en remettra jamais. Quand il sort, il se défonce, dépense tout son fric, perd les matchs, jusqu'à mordre l'oreille de celui qui l'avait déjà fait perdre en lui foutant des coups de tête tout le temps. Il est exclu de la fédération. On le paye très cher dans la boxe privée, des combats shows à Las Vegas, il perd une autre fois avant de décider d'arrêter ce sport parce qu'il a trop d'estime pour lui pour l'insulter de la sorte. Aujourd'hui, il est beau et serein, mais profondément blessé.

Je ne peux pas, étant donné les circonstances, ne pas parler de notre idole à tous, ma génération en particulier - j'avais 8 ans quand Bad est sorti - qui vient de disparaître, Michael Jackson. Peter Pan incarné, il aimait les enfants parce qu'il pensait en être un, toujours, encore, à jamais. Endurci dans sa chair dès sa toute petite enfance par un père intransigeant et violent, qui a formé à la baguette celui qui est devenu, par son génie, la star incomparable dans l'histoire de la pop-music, Michael a refusé de grandir. Il ne s'est pas blanchi la peau pour ne plus être noir, par honte de sa négritude, c'est idiot, mais pour se transformer en un être non humain, ni femme ni homme, androgyne, ni adulte ni enfant, asexué, ni blanc ni noir, androïde, ni humain ni animal, extra-terrestre. Une fois de plus, l'Amérique a brisé un de ses plus grands artistes en l'accusant de pédophilie auprès d'enfants qui vivaient avec lui depuis des années. Il dormait avec eux, mais couchait-il vraiment?, la vérité est en train de sortir. Ce qui est sûr, il se défonçait avec les gosses, voilà ce dont on peut l'accuser. Sinon, comme tous les freaks, il est facile de le reconnaître coupable des pires atrocités. Il est jugé, traîné dans la boue par un procureur républicain facho qui a décidé de lui faire la peau, il paye des dommages et intérêts faramineux. Son corps est à l'autopsie, couvert de cicatrices à cause des opérations esthétiques, dans l'estomac, pas de nourriture, juste un cocktail de cachetons. Il ne mangeait plus, se droguait aux médocs, a vendu Neverland, et il est mort.

mardi 23 juin 2009

48. Chapitre 5 - La drogue (3)

Encore la littérature et la drogue, décidément ils aiment bien être perchés les écrivains. La drogue est même devenue un sujet central dans l'oeuvre d'auteurs aussi importants que Bret Easton Ellis. Ce n'est pas la peine de débattre, Ellis est-il un écrivain majeur de la littérature contemporaine? Oui, évidemment. Il est même une figure de basculement narratif et d'ouverture de la langue, comme Céline avec la parole populaire. Les marques, les enseignes, les noms de célébrités, les listes exhaustives, les motifs de notre environnement actuel sont tous présents en tant qu'unité de langage à part entière. La cassure du roman en plein milieu est l'autre création d'Ellis qui n'hésite pas à faire partir son héros dans une réalité totalement nouvelle au cours du récit. La structure du livre change, la soirée en boîte devient croisière, les mannequins laissent la place aux attentats terroristes, l'équipe de tournage qui suit Victor (ou est-ce dans sa tête?) devient véritable film catastrophe (à moins que ce ne soit la réalité?). La tête me tourne. C'est Glamorama, le chef d'oeuvre d'Ellis même si les plus snobs prétendent que ce n'est pas son meilleur livre. Jalousie impardonnable. Tous ses romans sont des coups de poing, Moins que zéro (son premier livre à 20 ans, immédiatement un succès) et son dernier ouvrage traduit en français Lunar Park, livre autobiographique où Ellis déjoue les règles du genre en dévoilant une réalité de plus en plus dingue, mais où tout semble vrai, sont un pur plaisir. Ellis est aussi mystérieux que double, lucide et schizophrène, bisexuel amoureux de la beauté, écrivain et narrateur, écrivain et personnages... Son prochain livre Imperial bedrooms, suite à Less than zero justement, avec les mêmes personnages, avec déjà Victor, héros de Glamorama, est disponible en anglais en attendant l'édition en France. Ellis, il faut tout lire, tout est bien, très très bien.

"Nous étions plongés dans un flash-back du réfectoire de Camden, partageant une Molson, lunettes noires tous les deux, l'oeil vitreux, une orange pelée intacte posée entre nous sur une table, et nous étions déjà en train de lire nos horoscopes et je portais un T-Shirt sur lequel on pouvait lire SI TU N'ES PAS DEFONCE TA PORTE L'EST, attendant que mon linge sèche, et elle alternait entre jouer avec un crayon et sentir une orchidée thaïlandaise qu'un admirateur inconnu lui avait envoyée et on entendait du heavy metal, pensions-nous, et cela nous rendait dingues et son dealer ne devait pas venir avant le mardi suivant et donc nous étions assez peu sensibles à un certain nombre d'événements et dans le ciel les choses commençaient à devenir sombres." (Glamorama, collection Pavillons, Robert Laffont, p. 212)

A la rentrée littéraire, donc septembre 2009, le nouveau roman de Frédéric Beigbeder, Un roman français, très autobiographique, serait très ellisien, très réussi.

lundi 15 juin 2009

47. Chapitre 5 - La drogue (2)

"Pour trouver accès à la question de "l'être-sous-drogue", il nous a fallu suivre la voie de la littérature. Nous avons choisi une oeuvre qui traite exemplairement de l'objet persécutoire d'une addiction : Madame Bovary." La philosophe américaine, post-punk et post-gender, Avital Ronell a tenté d'expliquer dans plusieurs textes, écrits à l'arrivée du crack dans les quartiers, ce qu'est l'addiction et la culture de la drogue. Elle aime à s'emparer d'objets courants que l'on pense maîtriser, à tort. Proche de Derrida, elle écrit aussi bien sur les philosophes (Nietzsche, Aristote, Kant ou Heidegger) que sur les écrivains (Goethe, Proust, Flaubert ou Dostoïevski). C'est une philosophe littéraire, très moderne et complexe par son érudition, sa capacité à interpréter (au sens de l'exégèse) les textes. Pour mon plus grand plaisir, elle a choisi pour son dernier essai traduit en France, Addict, Fictions et Narcotextes (Bayard, 2009) de questionner l'individu face à la drogue et la culture qui l'entoure à travers une oeuvre majeure, Madame Bovary de mon auteur adoré Gustave Flaubert. "La littérature, qui n'a certainement rien d'un badaud innocent et se retrouve au banc des accusés, la littérature, laboratoire de reproduction pour hallucinogènes, a quelque chose à nous apprendre sur les fractures éthiques et la relation à la loi. Le livre de Gustave Flaubert fut traîné en justice; on l'accusa d'être un poison."

Pour Freud, l'addict est celui qui est incapable de renoncer à quoi que ce soit, incapable de "porter le deuil", c'est un "non-renonçant". Celui-ci a aussi un problème d'insatisfaction incurable. Il cherche à se couper du monde réel, effrayé par cette confrontation obligatoire. "Anywhere out of the world", disait Baudelaire. Les drogues produisent une intériorisation supplémentaire. C'est une "course au néant à tombeau ouvert". Pourtant, la drogue n'a cessé de fasciner les artistes et les penseurs. Ernst Jünger fait goûter l'acide à Martin Heidegger, qui en conclut : "L'addiction est elle-même sous addiction." Ainsi, "l'être-jeté est une expérience de néant ou de nullité." L'addict se situe entre "l'expérience de l'impuissance et l'être-pour-la-mort". Il a la possibilité de choisir la destruction. Il est difficile de définir les drogues dans leur essence car "elles tirent leur force de leurs motifs virtuels et fugitifs", tout en existant vraiment (drôle de Dasein). L'héroïne est allemande car c'est un certain Bayer qui l'a commercialisée sous la marque "heroin", dérivé de l'adjectif "heroisch". Mais en tant que "parasite radicalement nomade", la drogue a connu une expansion considérable. Freud a étudié la cocaïne à ses débuts, il a d'ailleurs été réprimandé publiquement pour ça et attaqué sur le plan privé, parce qu'il annonce "les bienfaits contre le vieillissement et la fatigue, plus comme anesthésique local" sans se pencher sur l'autre face du produit. La dépendance, la transformation de la personnalité, l'obsession unique et dévorante pour le produit, la destruction physique et morale...

Emma Bovary symbolise la rencontre entre "l'être-addicté et le féminin". Le principal dealer est le surmoi, alimenté par une "clinique de fantasmes" crées par Flaubert. L'objet littéraire lui-même est considéré comme une drogue. La justice assimile l'hallucination à l'obscénité, Le Festin nu de William Burroughs fut jugé obscène. Dans la drogue, le sujet addict dissocie l'autonomie et la responsabilité, cette question est donc liée à celle de la liberté. Cela exigerait une véritable "éthique de la décision". Les symptômes d'Emma sont "le ravissement qui la coupe de la réalité, la plénitude hallucinée et la communication pure". Ses drogues sont la lecture, la religion, l'amour-passion et les grandes toilettes. Elles suscitent des "effets hallucinogènes, analgésiques, stimulants ou euphorisants", accompagnés "d'effroyables rechutes". Pour ne pas se confronter à une authentique altérité, Emma préfère "l'oubli et le simulacre que la vérité". La littérature et la drogue partagent le même horizon, elles sont "sur la même ligne, dépendent de techniques semblables et (subissent) des répressions juridiques du même ordre". Le procureur au moment du procès déclara : "Mieux eût valu la honte que le poison". Emma n'a pas ravalé sa fierté, elle a préféré se suicider plutôt qu'abjurer, d'ailleurs elle n'a jamais parlé de son angoisse, développant une "violence intériorisée". La pharmacopée n'est pas loin, Emma avale l'arsenic (comme une drogué s'empoisonne aux substances chimiques).

Dominée par l'imagination (fantasy), Flaubert parle d'ivresse à propos des états fluctuants de son héroïne. On reproche au toxicomane de "s'exiler, loin de la réalité, de la réalité objective, de la cité réelle et de la communauté effective, de s'évader dans le monde du simulacre et de la fiction". Une autre drogue est nécessaire pour remplacer "cet opiacé, la vie". Emma deale sa consommation de fringues avec le dealer Monsieur Lheureux. Elle emprunte de l'argent et à la littérature, sous la forme de citations. Elle est brutale - presque maltraitante - avec sa fille Berthe, qu'elle ne peut allaiter car elle doit nourrir son persécuteur. Berthe est le premier "crack baby". Monsieur Homais, pharmacien, est omniprésent et conclut le roman sur ses distinctions honorifiques. L'ennui est un symptôme de la mélancolie et produit un "être-au-monde-angoissé", en bonne disposition pour devenir un sujet de "narcotextes". Emma est anorexique, elle privilégie la lecture à la nourriture. Son "appétit dépravé" montre qu'elle est rongée par quelque chose. Il faut conserver ce qui serait sinon "dévoré par le deuil". Monsieur Homais pousse à la consommation littéraire, il met sa bibliothèque à la disposition illimitée d'Emma. Mais elle ne veut pas se désintoxiquer, car elle ne sait sur quoi s'appuyer, certainement pas l'amour ou l'admiration pour Charles qui rate piteusement son opération du pied-bot. Alors, Flaubert la résume ainsi : "elle s'abandonnait à cette facilité de satisfaire tous ses caprices." Son attitude est définitivement narcissique, elle fonctionne par "auto-hallucinations".

Avital Ronell nous apprend que Harry Levin a établit des parallèles entre la vie de l'auteur et celle de son héroïne. Gustave avait un grand frère, prénommé Achille et chirurgien comme leur père. Souffrant de la hanche, Achille père laisse son fils Achille l'opérer. La gangrène, les infections et les manipulations chirurgicales d'Achille fils tuèrent le père. Comme un talon d'Achille sectionné, comme un pied-bot, sens du nom Oedipe, comme le complexe d'Oedipe.

mercredi 10 juin 2009

46. Aparte (5)

Un immense bravo à Soan qui a hautement gagné la Nouvelle Star ce soir. Il est évidemment le candidat le plus intéressant, même si j'avais un petit coup de coeur pour Léïla, le plus justifié à remporter ce titre de "star" car il est en est une. Arty punk, ambiance comptoir au large de la Bastille, entouré de sa bande de copains artistes de toute obédience, crânes rasés, bras tatoués, Soan a donné au punk à chien ses titres de noblesse. C'est un vrai artiste, qui mène une vie d'artiste, et j'espère qu'il saura saisir cette occasion très drôle (on a bien compris que ses potes le chambraient de s'être engagé dans cette histoire à mille lieux de la culture parisienne) pour réaliser un très bel album. Ciao bello.

jeudi 28 mai 2009

45. Chapitre 5 - La drogue (1)

Une première approche strictement littéraire de la drogue, avant d'évoquer plus tard, dans un prochain billet, les implications artistiques de ce fléau contemporain, si significatif de notre époque déréalisée, monotone, on assiste à l'effondrement d'un monde, pour en créer un nouveau (ou peut-être des drogues moins nocives feront leur apparition, à la condition d'être consommées avec distinction, pas comme un produit de tous les jours dont on se baffre tel du Nutella). A la fin du XIXe siècle donc, comme nous l'avions évoqué (commentaires dans le billet précédent) à propos de Conan Doyle et de son héroïnomanie contaminant jusqu'à son légendaire personnage, Sherlock Holmes. Dans un excellent ouvrage, Arnould de Liederkerke, lui-même confronté aux problèmes d'addiction, dresse le portrait d'une génération d'intellectuels, artistes et médecins qui usaient volontiers des nouvelles drogues importées d'Asie, résultant d'une graine de pavot. La Belle époque de l'opium (La Différence, 2001) nous présente les différentes drogues absorbées par les différentes figures de l'époque.

Coleridge et Quincey, les fameuses Confessions d'un mangeur d'opium anglais de Thomas de Quincey. Les principales drogues (hormis la cocaïne tirée de la feuille de coca) sont des dérivés d'opiacés, l'opium est donc la reine de la came. Morphine et héroïne à gogo. Lautréamont, Les chants de Maldoror, Stevenson, Docteur Jekyll & Mister Hyde. Nerval, Gauthier et Baudelaire s'adonne à la cuisine d'une pâte faite à partir de chanvre et fondent le club des Haschischins. Sans même parler du célèbre livre qu'on dévore adolescent, Les Paradis artificiels. Apollinaire et Artaud, Michaux et ses nombreuses expériences sous mescaline. Il a même fait essayer ce produit hautement hallucinogène à son ami Jean Paulhan, qui trouva l'expérience intéressante.

Pour revenir à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, Jean Lorrain et Maupassant étaient éthéromanes. Imaginez-vous les dégâts neurologiques de l'inhalation d'un produit aussi chimiquement nocif? Maupassant est devenu fou pour avoir attrapé la syphilis dans un des bordels qu'il fréquentait tous les jours, mais ces années de drogue peuvent expliquer une telle déperdition de soi. Fargue, Jarry, Schwob et Jalous ont suivi ce qui est devenu un mode de vie, au-delà d'un phénomène de mode. Accroc à la morphine, prenez de l'héro, accroc à l'héro, prenez de la cocaïne... Une drogue efface l'autre pour récupérer ensuite l'emprise sur le sujet. Nous sommes au tout début de cette pratique, pas celle d'absorber des substances dangereuses, mais d'en user quotidiennement, comme d'un substitut à la douleur, à la fatigue, au stress. Il faudra plusieurs années de recul pour prendre toute la mesure des conséquences de la dope sur l'organisme et le psychique des junkies.

Paul-Jean Toulet avait tellement succombé à l'addiction qu'il fit le nègre pour les récits de drogue de Willy, qui ne les avait sûrement pas vécus (ce après avoir spolié le talent de la grande Colette). Le Grand jeu s'est perdu dans l'ivresse et la découverte des sensations nouvelles, inconnues suscitées par la drogue : Crevel, Rigaut et Daumal, mais surtout le très jeune et brillant poète Roger Gilbert-Lecomte (Oeuvres complètes, I & II, chez Gallimard). "Rêve opiacé" : "Voici les rouges dieux éléphantins,/Dressant leurs trompes annelées/Dans la fumée et les parfums/Des encensoirs : formes ailées,/Mythes lointains,/Rythmée immobilité des danses voilées..."

Un livre fort curieux, manuscrit des années 30 publié récemment, dont on ne sait rien de l'auteur si ce n'est qu'il est Russe et envoyait par extraits son roman à la revue Nombres. La langue est si moderne qu'on se demande s'il n'a pas en réalité été écrit par un auteur contemporain, initiateur d'une supercherie littéraire. En tout cas, Roman avec cocaïne de M. Aguéev est extrêmement précis sur l'apprentissage de la poudre blanche et décrit comment on tombe dedans sans même s'en apercevoir. Dès que le sachet est fini, après la dernière prise, Vadim se rue chez son dealer, dans une spirale infinie.

Il ne faut pas oublier notre père à tous, Sigmund Freud, qui ne refusait pas de respirer quelques petites doses de cocaïne pour profiter des effets énergisants et euphorisants de cette drogue. Mais il ne faut pas s'y tromper, sa sagesse l'a certainement mis à l'abris d'un excès pathétique qui conduit des jeunes gens à se traîner par terre pour qu'on leur offre un trait, un dernier trait, je te jure. Je tiens à célébrer un autre docteur, complètement fou celui-là, l'inventeur du LSD, Hofmann, qui nous a quitté l'année dernière. Il y a dix ans, dans les free-party électro, l'un des meilleurs trips qui circulait était le Docteur Hofmann, de couleur verte. Odyssée spatiale assurée.

mercredi 13 mai 2009

44. Chapitre 4 - Amour et Solitude (4)

Elevée dans la culture rock & folk, j'écoute les musiques de mes parents (déjà évoquées : Neil Young, les Stones, les Beatles, Le Velvet Underground, David Bowie...), notamment deux disques que mon père écoutait en boucle dès le matin, allongé sur une loveuse, profitant de la douce chaleur des matins calédoniens et de la bonne weed local (le climat est très approprié à ce type de culture où un petit pied devient un gigantesque arbre de deux mètres avec pour branches des têtes rouges, noires ou poivrées) : Diamond Life de Sade et Court and Spark de Joni Mitchell. Comment en suis-je venue à m'enfermer dans un appartement confortable, moi qui était une teuffeuse invétérée (les teufs technos quand j'avais 20 ans), à l'âme rock jamais éteinte? Il faut que je retrouve cette énergie punk qui me permet de décoller en toute liberté du réel. Je regarde un documentaire incroyable sur l'histoire de deux groupes américains qui ont fait renaître le rock des cendres dans lesquelles il s'était inhumer depuis la fin des années 70 : Dig! Ondi Timoner a deviné dès leurs débuts que The Brianjonestown Massacre et les Dandy Wahrols (plus pop que les BJM) deviendraient des groupes phares de la scène rock actuelle. Elle les a suivis pendant 7 ans, Anton, le chef de fil des BJM, le plus brillant de tous, sombre dans l'héroïne et l'incompréhension malgré la supériorité incontestable de sa musique, Courtney emmène les Dandy jusqu'au succès, avec des morceaux plus easy et sa petite gueule d'amour. La fascination réciproque entre les 2 leaders est ambiguë et empreinte de rivalité amoureuse.

En 1984, j'avais donc 6 ans, ma tante m'avait offert Love on the beat de Gainsbourg, ma passion pour lui est née à cet instant. J'admirais la couverture queer du visage maquillé de l'homme à tête de chou, fumant avec un porte cigarette dans une pose glamour, obscène, absolument cabaret. Les cris déchirants de la femme en rut (Bambou amaigrie par l'héroïne) avivaient mon goût pour les sons trashs, crades et violents, ceux du punk rock ou de la techno. Il y a dix ans, je m'éclatais sur les sons hard-core des spirals lors de free-party. Maintenant que je vis à Paris, dans un milieu plutôt chic, celui de l'édition, de la culture, des gens fins et lettrés, il n'y a plus de place pour moi au Rex. Je me sens trop vieille ou trop snob. Thomas Lélu me propose de l'accompagner au Baron avec les "branchés" et les minettes de 18 ans qui s'excitent autour. Une soirée Colette au Paris Paris, j'y trouve quelque chose de malsain qui pourrait compenser mon besoin d'autodestruction : se droguer à la cocaïne, la drogue des riches, en dansant sur la piste jusqu'à 6h du matin, finir dans un appartement grand luxe jusqu'à midi. Se défoncer jusqu'à plus soif, dans les chiottes, lécher la poudre qui a touché la cuvette, fumer une cigarette dans le couloir à poubelles et regarder les beautiful people devenir lentement des zombies, mort-vivants ne sortant qu'à la tombée de la nuit, totalement déconnectés et abrutis par les substances chimiques. Avant de les rejoindre, je prends un trait chez moi, pour me donner la force d'être en contact avec les autres, avec ces gens qui sont tout sauf des amis, et j'écoute Sally Shapiro, l'album Disco Romance, ou bien la version remixée par leur éditeur autrichien Discocaïne.

jeudi 30 avril 2009

43. Aparte (4)

Je tenais à vous dévoiler mon chouchou de la sélection du Festival de la Mode de Hyères. Il n'a malheureusement pas eu de prix, mais il a pu montrer aux yeux éblouis ses robes sublimes en mouvement (feuilleté, comme les pages d'un livre), ses silhouettes féminines, sexys et puissantes, destinées aux femmes à forte personnalité, ses bracelets manchettes Swarovski qui sont la forme la plus pure et élégante de porter des cristaux. Il s'appelle Maxime Simoens. Il aime les arts nouveaux et la pop. Je crois beaucoup en son talent. Nous en reparlerons un jour, peut-être dès juillet lorsqu'il participera à la fashion-week automne-hiver 2010. Dès que des photos complètes des 7 tenues sont dispos, je les rajoute en commentaire sur ce billet.

jeudi 23 avril 2009

42. Chapitre 4 - Amour et Solitude (3)

Dans la solitude, une forme de consommation compulsive et extrêmement ritualisée, est celle des médias. Au réveil, j'allume France Culture, la meilleure radio française de très loin. L'habitude d'un certain rythme et d'un certain ton vocal, media chaud, la radio inonde l'appartement d'une atmosphère réflexive et pourtant relaxante. J'aime les matinées thématiques (les lundis de l'Histoire, les mardis littéraires, les vendredis de la philosophie...) et les émissions en direct comme "Tout Arrive", à midi, en préparant le déjeuner. Tous mes amis auditeurs de France Cu évoquent la même sensation de bien-être, la possibilité de travailler en écoutant les voies mélodieuses des hommes de radio.

La télé occupe une place de premier choix, celle des longues soirées en solitaire, pour une fille de la génération télé (un peu vieille par rapport à la génération Internet). J'ai déjà évoqué mes consommations enfantines de cartoons et séries ados, mais je n'ai pas avoué ma déviance culturelle qui consiste à aimer les vrais émissions de télé trash, ce que j'appelle de la vraie télé. En dehors d'un bon film programmé sur le câble, il m'est impossible de rater 3 émissions en particulier : "Faîtes entrer l'accusé" (aussi angoissant et passionnant qu'un bon polar), "La Nouvelle Star" et ses candidats décalés et "Ca se discute" où les témoins racontent leur vie insensée, des vraies gens à qui il arrive des histoires pas possibles de rejet par les parents pour homosexualité, d'abandon d'enfant pour un mec, d'enfant battu qui récidive, de gens atteints d'une maladie orpheline qui n'a même pas de nom (un garçon est devenu débile à l'âge de 15 ans à cause d'une maladie inconnue, il est venu voir sa mère un jour et lui a dit : "Maman, je ne sais plus lire, ni écrire, ni même compter." Problème.)... Un aveu : "Confessions intimes" est une plongée spéléologique dans la France d'aujourd'hui, c'est un délice de se vautrer devant les hurlements d'un couple qui se fait la guerre parce que l'homme est fan de Johnny et la femme de Frédéric François. L'ennui maintenant est que cette émission est en même temps que "La Nouvelle Star", juste avant "Faîtes entrer l'accusé", bonjour le jonglage avec les chaînes de télé. J'aime aussi "Le Grand Journal" et la rediffusion quotidienne de la Star Ac' (pas le prime), surtout le jour des "évals". Que du bonheur! Canal + et M6 sont quand même les meilleurs chaînes d'entertainment, même si Arte garde la tête haute.

Mon rapport à la presse se limite à certains magasines, que j'achète à chaque fois (hebdo ou mensuel), toujours les mêmes, sans exception. Pour assouvir ma soif de mode : "Elle" toutes les semaines, "Vogue", "Jalouse", "Numéro", "Mixte" tous les mois, et "Purple" tous les 6 mois. Je lis en mangeant, donc en écoutant aussi la radio. Pour les magazines culturels, "Les Inrocks" et surtout "Télérama" toutes les semaines, "Chronic'art" tous les mois. Le rituel est strict, il faut que ces titres soient lus avant la parution des prochains, c'est parfois une course contre la montre. Quelle vie trépidante!

Sur Internet, le soir tard de préférence, YouTube, DailyMotion, MySpace pour écouter un nouvel artiste musique, l'achat de produits culturels sur Fnac.com et Amazon (ça me prend d'un coup, il me faut l'album Easter de Patty Smith, tout de suite, là maintenant, commande en exprès). Et bien sûr le blog de Marilou, et des mes confrères et consoeurs du net. Les sites littéraires pour finir, celui de l'Obs ou tous ceux qui contiennent des critiques de livres.

vendredi 10 avril 2009

41. Chapitre 4 - Amour et Solitude (2)

Oups, désolée pour le retard. Marilou est un peu à l'ouest en ce moment. La solitude renvoie à la notion inverse, celle de conjugalité. Sujet très intéressant car elle se développe aujourd'hui de plusieurs manières, une plus grande liberté des moeurs permettant de s'extraire du modèle fixe, bourgeois, du couple à deux, homme et femme. A partir d'une réflexion sur l'éclatement du système marital et familial, prenant appui sur la pensée et l'application de nouvelles formes dans le couple, par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, François Noudelmann éclaire ces problématiques contemporaines dans son essai Pour en finir avec la généalogie (Léo Scheer). Sartre et Beauvoir ont par exemple adopté chacun une de leur maîtresse, plus jeune et sans protection juridique, alors qu'ils ne se quittaient pas une seule seconde.

Les liaisons adultérines sont un sujet de comédie idéal, aussi drôle qu'émouvant comme l'a prouvé Billy Wilder avec La Garçonnière. Jack Lemmon est irrésistible en petit salarié d'une gigantesque société d'assurances (des plans de bureaux magnifiques à la Gursky) qui prête son appartement à différents supérieurs, jusqu'au grand patron qui entretient une liaison cachée avec l'adorable liftière Shirley MacLane, et l'abandonne le soir de Noël, épouse et enfants légitimes oblige. Je ne peux pas ne pas citer parmi les grands chef d'oeuvre de Billy Wilder Sunset Boulevard (le film est raconté par un narrateur qui meure au début du film et nous parle d'outre-tombe), et deux Marylin Monroe à mourir : Some like it hot et The Seven year itch.

La pièce de théâtre L'Echange de Paul Claudel est une manière d'envisager une histoire d'amour impossible, en échangeant les partenaires le temps d'une croisière, pour mettre face-à-face des couples contraires. Louis Laine pense pouvoir abandonner la profonde et lourde Marthe, pour la femme insouciante d'un milliardaire Thomas Pollock Nageoire, Lechy Elbernon, avant que la drame de l'autre ne lui échappe. Tromper l'autre peut le blesser au-delà de toute mesure, même si on l'aime encore et qu'il n'ait pas question de le quitter. C'est la fin d'un état fugitif de l'amour, du couple, de la famille, Le Bonheur, comme nous le dévoile Agnès Varda dans son film.

Ces situations de rupture affective mènent parfois à l'absurde, comme un homme, Le diabolique barbier de Fleet Street Sweeney Todd qui finit par tuer tel un cannibale sa femme et son enfant, sa condamnation au bagne et une nouvelle identité lui ayant interdit de les reconnaître - il en fait de la chair à pâté pour les tartes de Mme Lovett (Helena Bonham Carter, la femme de Tim Burton).

mardi 31 mars 2009

40. Chapitre 4 - Amour et Solitude (1)

Le créateur de la série Sex and the City, Darren Star travaille à un nouveau projet de sitcom féminin pour HBO où les personnages ne sont plus seulement des filles libérées et sexy, mais carrément des escort girl, ou pour dire les choses plus simplement des putes de luxe. Une fashion victim s'interroge forcément sur l'analogie avec la "poule de luxe" car la mode est une passion exorbitante. Au sens économique s'entend. Il est nécessaire de disposer de grandes sommes d'argent donc, à moins d'être héritière ou d'avoir fait fortune grâce à son talent et son travail, l'une des manières les plus évidentes est de se faire "payée" par un homme riche. La question de la prostitution. Marcella Iacub (auteur notamment de Qu'avez-vous fait de la libération sexuelle? et Le crime était presque sexuel et autres essais de casuistique juridique) est l'intellectuelle féministe à laquelle j'adhère le plus, véritablement, surtout dans ses positions libératrices sur la prostitution. Elle décortique une pensée machiste encore très installée dans la société actuelle, celle de mépriser la "fille facile". Une fille qui couche est une pute. Un homme qui couche est un coureur de jupons. Le rapport à la prostitution est insidieux dans le discours courant, on a vite fait de cataloguer une femme qui échange son corps et sa sensualité contre de l'argent : femme entretenue, courtisane, demi-mondaine, lorette, poule ou pute de luxe, call-girl, escort girl... Pourtant dans les années 70, on aimait à montrer que certaines étudiantes n'hésitaient pas à être call-girl à mi-temps, pour s'autofinancer, comme Jane Fonda dans le culte Klute, film angoissant et très esthétique de l'époque.

Pauline Réage/Dominique Aury n'hésitait pas à reconnaître la forte valeur érotique de l'argent et regrettait même de n'avoir jamais accepté d'être payée par un homme, pas une seule fois, en raison de son trop grand orgueil. Elle l'avoue dans les entretiens accordés à Régine Desforges en 1975, O m'a dit. Au XIXe siècle, la courtisane était d'ailleurs une institution sociale, faussement inavouée, entretenue par un ou plusieurs hommes aisés et respectables. Aujourd'hui, on peut être la maîtresse d'un homme marié, mais sans que cela ne rapporte un kopeck. La plus belle figure de courtisane est la Nana de Zola, transposée au cinéma par Renoir. Sa fin tragique, l'homme marié chassé par sa femme, ruinée par Nana vient la rejoindre en la contaminant de la petite vérole. Sa vie, comme celle de sa mère Gervaise, n'aura été qu'une longue tragédie.

Différentes approches suggestives de ce thème au cinéma, Les Biches de Claude Chabrol sont liées par ce lien de dépendance d'une femme à l'autre, rapport de domination qui s'inverse quand la femme plus âgée et plus riche se soumet à la cruauté de la plus jeune. Ce rapport complexe au pouvoir entre femmes est montré d'une manière sublime dans Les Larmes amères de Petra von Kant, de Fassbinder. La plus jeune, l'adorable Karin - Hanna Schygulla, torture Petra en lui racontant ses infidélités avec des hommes, alors qu'elle lui doit tout. Petra en a fait sa mannequin star, et lui reproche de trop boire pour sa ligne, elle-même complètement ivre au gin-tonic à midi. Elle sombre dans le désespoir quand Karin la quitte. Dans un tout autre registre artistique, David Lynch effleure la figure de femme - Isabella Rosellini - sous l'emprise d'un homme dans l'énigmatique Blue Velvet.

En musique d'accompagnement, une chanson de Brigitte Bardot, celle de Serge Gainsbourg et des années 60 - une femme à personnalité qui chante, pas une chanteuse - "Ne me laisse pas l'aimer".

lundi 23 mars 2009

39. Chapitre 3 - La Mode (6)

L'art et la mode. Ces deux domaines s'entrelacent depuis une dizaine d'années maintenant. Marc Jacobs est un grand collectionneur d'art contemporain, les photographes de mode sont des artistes reconnus comme Terry Richardson ou Juergen Teller, les campagnes publicitaires sont assurées par des photographes de renom comme Nick Knight et les artistes mettent en scène la mode ou travaillent pour elle (Murakami et Pharell Williams pour Vuitton). C'est une économie qui s'est rejointe dans un même mouvement. Les deux grands groupes de luxe français sont dirigés par des fous d'Art Contemporain, à l'initiative de grandes fondations, François Pinault et Bernard Arnault. Un livre explique cette gémellité devenue structurelle : I love fashion, L'Art contemporain et la mode, de Jill Gasparina (éditions Cercle d'Art).

Quelques exemples parmi les artistes que j'apprécie tout particulièrement : Sylvie Fleury et le "branding" - les marques - ou les briques de Slim-Fast en plâtre, présentées comme une pyramide/gondole dans les magasins. C'est une forme de critique du consumérisme, mais avec humour et esthétique. Jean-Michel Othoniel ornemente ses installations, avec des bijoux en perle, comme la station de métro Palais-Royal. Karen Kilimnik joue avec le star-système en mode rétro et devient une égérie de la fashion, à l'instar d'Elisabeth Peyton. Ou encore le drôlissime et inquiétant "I shop therefore I am" de Barbara Kruger.

Pour illustrer en musique cette aura magique de la mode, Diamonds are forever de Shirley Bassey (John Barry pour James Bond).

samedi 14 mars 2009

38. Chapitre 3 - La Mode (5)

Un peu de littérature pour prouver à quel point de réflexion esthétique, il est possible de hisser la mode. Le plus illustre à s'être confronté effectivement à la chronique de mode, comme genre littéraire, est Mallarmé dans La Dernière Mode, "Gazette du monde et de la famille" (La Pléiade, Oeuvres complètes, volume II). Pendant l'année 1874, il accumule les pseudos pour écrire ses articles fashion : Marguerite de Ponty, Miss Satin, Augusta Holmès... "Je reprends, après une interruption causée par les Fêtes et renouvelable plus d'une fois dans le cours de l'hiver, le sujet habituel à cette page, dont le titre est La Mode : soit le Goût général de la Saison. Les vingt-quatre Courriers doivent, pour qui les feuilletera plus tard, former une histoire exacte et complète des Variations du Costume pendant une année ; mais ce serait manquer à mon devoir d'historiographe des Toilettes et du caprice qui les varie, que de ne pas tenir compte d'autres détails, comme l'emploi de ces Toilettes à la Campagne ou à la Ville réglée par le High-life ou simplement les étalages d'étoffes faits auparavant par les Magasins." (Les Costumes de Sortir, Les Etoffes pour Costumes habillés, Toilette de Dîner, autant de conseils pratiques pour être au plus près de la mode.) Il serait merveilleux de retrouver une écriture contemporaine de la mode.

L'Institut français de la mode et les Editions du Regard ont publié un recueil de textes d'écrivains sur la mode : Mode & contre-mode, Une anthologie de Montaigne à Perec, où l'on trouve des extraits des oeuvres de Madame de Sévigné, Marcel Proust, Jean Cocteau, Oscar Wilde : "Tous les Américains sont bien habillés - ils se fournissent à Paris." (Une femme sans importance, 1893), Colette ou Balzac déclarant des ses "Méditations sur la mode", Code de la Toilette (1828) : "La mode est la reine du monde!" J'aime moins les textes de Paul Morand sur L'allure de Chanel (1976), malgré leur amitié respective, le style faussement désinvolte et moderne de l'auteur me gène. Sa misogynie transparaît malgré le sujet et ses propos sont conventionnels. "La création est un don artistique, une collaboration de la couturière et de son temps. Ce n'est pas en apprenant à faire des robes qu'on les réussit (faire la mode et créer la mode, c'est différent) ; la mode n'existe pas seulement dans les robes ; la mode est dans l'air, c'est le vent qui l'apporte, on la pressent, on la respire, elle est au ciel et sur le macadam, elle est partout, elle tient aux idées, aux moeurs, aux événements."

Amusant à consulter sur le plan socio-mode de vie, l'ouvrage collectif d'Hector Obalk, Alain Soral et Alexandre Pache, Les Mouvements de mode expliqués aux parents (Robert Laffont, 1984) : avant d'en faire des combinatoires, ils distinguent au milieu des années 80 le Pop, les Babas, les BCBG, les Minets, le Punks, les New-Wave hard et cool, et le Fun. Aujourd'hui, ce serait les teuffeurs, les punks à chien, les gothiques, les rappeurs, les mods, les hippies, les grunges, les skatteurs, les rastas, les émos, les fashion à mort ou les fluokids. Il suffit de lire les magazines féminins pour connaître les nouvelles catégories. Le livre suit une réflexion sociologique des styles de vie par Bernard Cathelat, Socio-Styles système : les styles de vie, théorie, méthodes, applications. Le tout contrôlé par les immenses campagnes publicitaires du luxe.

Dernier opus indispensable, le magnifique Dictionnaire International de la Mode (Editions du Regard, 2004). Dans la même collection, le Dictionnaire International du Bijou ou le Dictionnaire des Arts appliqués et du Design. Ces luxueux ouvrages sont une mine d'information et de documents fascinants. Une petite définition, comme ça, pour s'amuser. "Les mitaines : Gants qui ne couvrent que la première phalange des doigts. On trouve des mitaines en pointe brodée au XVIIe siècle, avec un lacet fermant la fente du poignet au XVIIIe siècle, courtes en filet brodé ou volanté au XIXe siècle ou encore longues et en dentelle jusqu'au début du XXe siècle. Schiaparelli les utilise volontiers dans ses collections et l'après-guerre les voit en chevreau rose lacé de blanc d'Hermès en 1947, pour accompagner une robe de bal de Balmain et en agneau noir avec dentelle de Valenciennes et noeud de Lionel le Grand en 1967 pour Jacques Fath. Aujourd'hui, en laine tricotée ou en peau, chaque doigt peut avoir une couleur différente." Moi, je les aime longues sur les bras, de tout motifs et couleurs, en laine, bien que celles en cuir soient très sexy.

vendredi 6 mars 2009

37. Chapitre 3 - La Mode (4)

Itinéraire des boutiques parisiennes les plus sympas, jolies et accueillantes. Très stylisées et confinées en même temps, pour le bon soin des femmes. La boutique que je préfère est Maria Luisa (38 rue du Mont-Thabor, Paris 1), concept-store où on trouve la meilleure sélection dans les meilleurs marques : Rick Owens, Martin Margiela, Balenciaga, Charles Anastase, Véronique Branquinho, Alexander McQueen, Revlon, Bernard Willhelm, Givenchy... - marques qu'elle a lancées au tout début, quand celles-ci n'avaient pas encore de vitrine. Le pendant teenager et branché est the famous Colette (213 rue Saint-Honoré, Paris 1), où il est toujours plaisant de chiner (le bon plan street-wear, les cosmétiques, les CD et DVD, les beaux-livres, les bijoux...). C'est une caverne d'Ali Baba déjà très select et un peu cher, étant donné les marques représentées. Dans une nouvelle boutique, L'Eclaireur vient de s'installer rue Boissy d'Anglas (au 10), l'ambiance rock et sombre est toujours là, et certaines exclusivités comme les sacs de Thomas Wylde. Dans le même quartier, pour les bijoux, je ne peux que recommander la géniale et brillante Lydia Courteille, qui créé des bagues et des colliers, ou des boucles d'oreille à partir d'une matière (turquoise, bois d'ébène, boutons en ivoir, émail ancien, camés...) et d'un motif : les fleurs, la mort, les animaux, les boules de cristal, les coeurs... Son écrin (231 rue Saint-Honoré) est une pure merveille.

Pour les marques qui ont plusieurs boutiques, je recommande Chloé : 54 rue du Faubourg Saint-Honoré (Paris 8), Chanel rue Cambon, mais aussi rue Royale - plus petite, plus intime -, Prada : 6 rue du Faubourg Saint-Honoré et pour les chaussures : 5 rue de Grenelle, Paul & Joe : 64/66rue des Saints-Pères (Paris 7), Fifi Chachnil et sa boutique poudrée : 68 rue Jean-Jacques Rousseau (paris 1), Eres : place de la Madeleine, Maje : 267 rue Saint-Honoré, la librairie Gallimard : 15 boulevard Raspail (Paris 7), Angelina pour un savoureux chocolat : 226 rue de Rivoli.. Mais je m'éloigne de la mode, là. Il n'est pas question de pauses shopping ici. Partout dans ces boutiques, les vendeurs et vendeuses sont très chaleureux.

Pour les chaussures, il n'existe qu'une seule boutique : Iris (28 rue de Grenelle, Paris 7) - les modèles les plus sophistiqués, et en même temps, absolument portables, les plus chics et mode à la fois de Marc Jacobs, Chloé, Véronique Branquinho, Victor & Rolf, Galliano... J'achète toujours les nouveaux modèles de la saison ici.

Pour la coiffure, je me dois de citer le salon de coiffure le plus inouïe de Paris, Alexandre Zouari, super chic et bling bling à mort, les coiffeurs et coloristes sont top, l'endroit est splendide et très distrayant, avec les femmes à chihuahua, celles refaites au plus haut point, les jeunes filles de riches familles, Sophie Favier... Enfin tout, c'est un plaisir!

Et pour finir, ce grand magasin qui me faisait rêver enfant, quand je venais en vacances en France, à Paris, ma mère m'amenait toujours au Bon Marché. C'était le château de la Belle aux bois dormants, les vêtements alignés comme autant de trésors, les lumières vives et douces du plafond voûté, les escaliers au milieu qui permettent de découvrir l'ensemble du lieu... Aujourd'hui encore, quand je vais y faire un tour, une petite émotion me sert le coeur, même si je n'évolues plus exactement dans la même magie, mais il en reste quelque chose.

Ce serait intéressant de dresser des shop-list pour toutes les villes.

vendredi 20 février 2009

36. Chapitre 3 - La Mode (3)

Sans qu'il soit nécessaire de le rappeler, la plus belle maison de couture dans le luxe est, on l'aura compris dans le billet *34, incontestablement Chanel. The one & the only one. Karl for ever. Et tout ça. Alors, quelles sont les autres marques qui s'imposent face à ce titan, dans le domaine du luxe et des "créateurs" (au sens de la petite marque hyper-chic/hyper-cher/juste à mourir/c'est trop dur la vie). En première place, sans discuter, une créatrice de génie qui associe l'image d'innovatrice à celle du luxe (étant donné la beauté, la qualité et le montant sur les étiquettes) : Tsumori Chisato. Elle est de loin la plus douée, dessinant elle-même ses motifs (esquimaux, jungle, Bollywood, lutains, loups, chouettes...) peints sur les robes ou les tuniques amples, allant absolument à tout le monde, originales et en même temps tellement poétiques, le col arrondie et ouvert, rajouts de broderie, paillettes incrustées, tout un imaginaire sublime et doux, en très peu d'exemplaires, un rêve de petite fille inabordable et destiné à une véritable collection de pièces de vêtements. Je m'arrête là, et pourtant c'est loin de ce qu'il y aurait à dire encore. Ah oui! Sexy en plus.

Viennent ensuite par ordre décroissant de favoris :

Dans le luxe : Chloë et ses robes romantiques, ses chaussures de fée des bois (à hauts talons), ses gilets en cachemire ample à gros boutons, ses sacs de londonienne upper class... Je la place en premier bien que ce ne soit plus le Chloë de la grande époque, celui de Phoebe Philo (2001-2005) où tout était à tomber. Albert Elbaz est inspiré au plus profond de l'élégance féminine dans ses robes parures de Lanvin, Marni est adorable pour les robes et les manteaux (en boule, c'est plus mignon), Prada très au-dessus des autres pour les mailles et les chaussures, et enfin Balenciaga by Nicolas Ghesquière pour les manteaux, les robes et les jeans en "réédition" (plutôt bon marché). Louis Vuitton est trop onéreux et clinquant, mais la période Murakami aura quand même été du plus bel effet. Burberry Prorsum est superbe, mais pour trouver des modèles faut aller à Londres (en dehors d'une minuscule sélection dans les immenses Galeries Lafayette). Yves Saint-Laurent ne me plaît guère depuis la DA de Stefano Pilati. Dior, c'est en dehors de notre monde. Je ne mentionne même pas D&G, Versace, Galliano ou Cavalli. Ils sont très brillants, mais comment dire, un peu too much quand même.

Chez les créateurs : tout d'abord, Martin Margiela et ses 2 lignes (la 6 plus habillée, la 4 plus teenager) où il n'y a rien à redire. C'est la perfection en tout : manteau, veste, robe, gilet, souvent oversize, toujours magnifiquement coupé, il fabrique le caban, la veste d'homme, la robe à bustier, le pantalon de plage, le gilet gothique... A chaque fois, on n'aurait pas imaginer que ce vêtement, celui qu'on veut vraiment porter tout le temps, en chaque occasion, existe. Martin Margiela l'a fait. Charles Anastase me fend le coeur quand je regarde le prix de ses manteaux et robes type petite fille au XIXè siècle dont je voudrais avoir tous les modèles (très petite fabrication, très peu d'exemplaires là-aussi - collection). Alors Rick Owens est juste le meilleur en création futuriste rationnelle : ses ensembles jupe ou pantalon, ses veste courtes et déstructurées, ses matières en coton moelleux... Je connais des femmes trèc chics qui ne portent que ça. Pour finir, Véronique Branquinho qui habille les femmes comme des hommes qui seraient des femmes. Une parka devient un manteau doublé cintré comme une robe ample et tenue, un haut à manches longues col V plonge dans un décolleté, et les sandales en bois deviennent celles d'une déesse grecque.

Les noms que j'aurais oubliés ici seront ajoutés dans les commentaires.

mardi 10 février 2009

35. Chapitre 3 - La Mode (2)

J'ai choisi de présenter en 2 billets mes marques de fringues favorites de petits à moyens prix, dans un premier temps, puis les marques de luxe et les créateurs hors de prix. Au dessus de toutes les petites marques girly à mourir, dans une gamme de prix moyen, pas si bon marché malgré certaines pièces très abordables, je place Isabel Marant. Elle est douée d'un talent incroyable, celui de créer à chaque saison, une diversité de modèles dans des styles différents, mais toujours hippie-chic. Les formes sont amples et sexy, les tissus doux et soyeux, les coupes larges mais saillantes. Sur une dizaine de "motifs" différents - déclinaison de vêtement à partir d'un modèle - je suis généralement fan d'au moins 6 ou 7. Elle a un talent fou. Je ne compte pas le nombre de robes et de manteaux que je conserve depuis plus de 5 ans, comme des "indispensables".

A l'inverse, comme il a fallu choisir entre les Stones et les Beatles, j'aime moins Vanessa Bruno, même si je lui reconnais un véritable talent. Seulement, ce n'est pas "mon" style, trop garçon, matières droites, coupes strictes, robes à col dentelle, je préfère les formes généreuses et féminines, en extra large. J'ai toutefois quelques pièces de Vanessa Bruno que j'adore.

Les 2 marques ont eu l'intelligence de créer 2 lignes, une plus sophistiquée, l'autre plus ado, avec des prix différentes : chez Isabel Marant, Isabel Marant et la ligne Etoile, chez Vanessa Bruno, Vanessa Bruno ou Athé. Cette dernière, moins chère, est d'ailleurs ce que je préfère chez Vanessa Bruno.

Alors, dans la gamme quand même pas donné-donné, je suis folle de Paul & Joe, leurs robes, pulls et tuniques sont sublimes, toujours fantasque et classe, très Hollywood sur le boulevard Saint-Germain. Vient ensuite Marc by Marc Jacobs, très sympa, genre NY déjantée et vintage, pour les chaussures, c'est un must (et alors là, les prix par rapport à la ligne Marc Jacobs, c'est juste hallucinant - que des robes de princesse inabordables). La question se pose d'intégrer ici Miu Miu, censée être la petite soeur de Prada, mais qui s'est imposée comme une marque de luxe, à peine déguisée. Les manteaux et les chaussures sont pourtant tellement jolis, même les ceintures dorées et les escarpins à bijoux. Une folie de temps en temps.

Ensuite, vraiment accessible à toutes les filles, Maje est une réussite absolue pour des modèles faciles à porter, bien découpés, agréables au toucher. Manoush, c'est du génie de créer des robes vintage insensées dans les couleurs et les tissus, et tellement adorables. Hartford pour les robes et hauts en coton tout simple. Bach est pas mal non plus, pour ses vestes notamment. Mais les grands créateurs de T-Shirts américains sont James Perse et Splendid, que des pièces nécessaires. Dans le street-wear, une surprise absolue est possible comme les joggings dessinés par Scarlett Johansson pour Reebok (juste un truc de bombe atomique).

Je pourrais continuer ainsi pendant des heures et des heures, les commentaires seront bien utiles.

Archives Syndication
juin 2009 (4)
mai 2009 (2)
avril 2009 (3)
mars 2009 (4)
février 2009 (2)
janvier 2009 (6)
décembre 2008 (5)
novembre 2008 (8)
octobre 2008 (5)
septembre 2008 (5)
août 2008 (5)
fil rss
fil rss commentaires



Copyright
Top