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samedi 14 août 2010

17. Visibilité LEO 007

Le 13/08/2010 à 21h:18, je reçois ce message d'un Corse-Grenoblois :

Leo, voici quelle serait la visibilité de vos M@nuscrits si tous les commerciaux de Flamarion savaient se servir d'un semi-automatique, ce qui semble manifestement être le cas de celui qui fournit la Fnac de Grenoble (photo chopée sur le site du sieur Becdanlo.)

Heureux homme. Un walter P38, ça aide toujours dans une négociation.

Bref, vous voici prié de vous muer rapidement en éditeur-voyou.

Dépéchez-vous, c'est à la mode. Et puis la Corse... Idéal pour les travaux pratiques.

lundi 9 août 2010

16. Une lettre de Marie-Agnes Michel.

Une lettre a été déposée pour moi par Marie-Agnes Michel sur M@nuscrits. Je pense que Marie-Agnès m'accordera qu'il est naturel qu'elle soit intégrée à mon blog personnel :

"Monsieur Léo Scheer,

d'après votre blog vous reviendrez à la mi-août. Permettez-moi de vous assurer que durant votre absence vous avez été un hôte fort courtois; vous qui m'avez offert le gîte, le couvert et la liberté.

(vous fûtes un hôte fort courtois était tentant, mais ça fufotait)

Ce fufotement démontre je le crains qu'un séjour dans cette aile de votre maison n'est néanmoins pas inoffensif. Je ne peux bien sûr qu'évoquer ma propre expérience, chacun la sienne devant l'écriture et plus encore son écriture face aux autres.

Le deal étant d'être lu, le deal ici est respecté: on est lu. Mais pas n'importe comment. On se désape (les pseudos ne couvrent guère) ou on reste dehors. Avec les habillés. Quant au texte, lui aussi fait son strip sur l'écran. Indécent. ON VOIT TOUT. Saute-au-paf ces grosses lettres. Comme un texte sur l'écran avec les gens qui respirent derrière, ceux qui ont posté un texte et ceux qui les lisent, et ceux qui lisent sont ceux qui en posteront demain, ou la semaine prochaine, ou au moins qui y penseront, et alors voilà, tous en même temps parfois, forcément, ça crée un truc. D'artificiel? Ah. Qu'est-ce qui est une maladie mortelle sexuellement transmissible 'fabricable' en laboratoire? Je vous laisse réfléchir.

Désolée, un autre accès de M@laria. (Pas étonnant, on trouve de tout, ici. Un vrai souk.) Mais j'en étais à l'artificiel et aux maladies mortelles, ou sexuelles... j'ai perdu le fil.

Bah, qu'importe, pourquoi ne pas perdre le fil d'une lettre écrite tandis que le bar d'en face joue à fond « il est cinq heures, Paris s'éveille... » Tous les matins sous prétexte qu'il est cinq heures."

Au minimum ils pourraient jouer une chanson différente chaque matin, grosso modo on a compris le principe. Au pire ils pourraient, s'ils y tiennent absolument, amorcer avec « il est cinq heures, Paris s'éveille » et clac embrayer sur une autre. Mais non. Moi je prétends que passer chaque matin à la même heure la même chanson à fond – mon quartier a le visa nocturne – c'est rigoureusement artificiel. Or n'en va-t-il pas de l'édition aujourd'hui comme de ce bar ? J'insiste: l'édition. Pas les éditeurs en particulier. Il leur est évidemment impossible de tout publier. La sélection condition de la survie. Vogue la galère et basta - enfin, pour ceux qui ne sont pas à la baille.

Nonobstant ici on les entend, les soupirs des galériens.

Nan, j'plaisante ;+)

à la vie & la mort, croix de bois/croix de fer.

Changer de style au gré de l'heure, n'est-ce pas le comble de la liberté d'écrire? poster un texte sur impulsion, n'importe quand, de n'importe où, l'idéal pour un écrivain? Quels skills développerait-on ? sans retour en arrière. Sans correcteur, sans délai de sécurité. Ce pis-aller d'aujourd'hui, cet 'aimable hobby', deviendra-t-il une discipline à part entière? L'est-ce déjà? Car j'imagine qu'il existe des sites d'écrivains... rassurez-moi, il en existe bien? - quoiqu'un site réservé aux écrivains procurerait-il un frisson équivalent de danger? on n'y serait (manquerait plus que ça?) pas confronté à N'importe Qui.

Ces M@nuscrits ne sont pas inoffensifs, ils balbutient de nouvelles formes.

Qu'importe la forme, au début. Pourtant elle se dessine là, et ailleurs, là où les instruments sont disponibles – un joli mot. Grâce à vous, aux m@nuscrivant(e)s et autres abonné(e)s du paradis, j'en ai ressenti la vibe. Le flot, le flux.

Merci.

M-A.M. Août 2010.

jeudi 5 août 2010

15. Lectures de vacances. Frédéric Lenoir.

J'ai l'habitude, le matin, d'aller acheter les journaux à la maison de la presse de Saint Florent et de m'installer à la terrasse du Bar du Passage, juste à côté, pour regarder les titres et lire un ou deux articles. Il y avait beaucoup de monde ce matin là et je modifiais légèrement mon cheminement rituel pour passer devant le rayon des livres, dans le fond à gauche. Devant moi : les couvertures des ouvrages aperçus chaque semaine dans le classement des meilleures ventes de l'Express, mais en "vrai". Je me décide à faire l'expérience, et j'en achête un, en ne me laissant strictement aller qu'à ma seule curiosité. Je choisi Comment Jésus est devenu Dieu de Frédéric Lenoir, dont j'avais lu de très nombreux et très excellents articles.
J'ai trouvé ce livre, publié par Fayard, tout à fait remarquable. Il explique, avec une très grande clarté, ce qui semblait indescriptible de complexité : les quatre premiers siècles de l'histoire de Christianisme et de l'Église.
Dans les autres monothéismes, plus radicaux, comme le Judaïsme ou l'Islamisme, les choses sont beaucoup plus simples. Il n'y a qu'un Dieu, c'est lui qui "dit" et lui seul, et ce qu'il dit, c'est la Loi, et basta (je dis ça pour l'ambiance corse de ma lecture de vacances).
Ce qui est extraordinaire dans le Christianisme, c'est cette idée, géniale, qu'ils sont trois : Dieu le Père, le Seigneur Jésus : le Fils et le Saint Esprit (le logos pour certains). La mise en oeuvre de cette Trinité démultiplie les "possibilités" à l'infini. Le livre de Frédéric Lenoir décrit comment au cours des quatre premiers siècles s'est joué la dénition du "Credo" avec toutes ces combinatoires possibles autour de ces trois entités et des contextes historiques dans lesquels elles s'inscivait : déclin de Rome et du polythéisme et montée en puissance des "Barbares".
Quels incroyables affrontements intellectuels, philosophiques, politiques, d'une violence inouïe, pour se mettre d'accord sur les dix lignes qui diront de la façon "juste", ce à quoi l'on doit croire, si on est Chrétien, sans la moindre contestation possible, si on veut une Église qui tienne la route. La Foi. L'Église. Avec la complexité systémique introduite par la Trinité, nous sommes quasiment au niveau de précision d'une science exacte. La moindre inflexion, la moindre variante introduite pour telle ou telle raison, et c'est l'anathème, l'exclusion, l'hérésie, le blasphème, l'inquisition, la croisade... la guerre. Si le livre nous démontre que ce qui s'est joué au commencement pour dire ensemble ce à quoi on croit de la même manière, on se rend bien compte que ce n'est pas quatre siècles dont il s'agit mais bientôt vingt et un, car il n'y a aucune raison pour que cette chose se stabilise vraiment.
Quand cela arrive, cela peut se faire au détour d'un Concile, ce n'est jamais véritablement une question de dynamique interne de la pensée religieuse, il s'agit, la plupart du temps, d'un compromis à trouver entre le pouvoir politico-militaire et le pouvoir religieux. Le fait, pour Rome, de passer en si peu de temps des persécutions et des martyrs au choix par Constantin de la Religion officielle de l'Empire en est un signe assez ahurissant.
Ce que j'ai trouvé particulièrement passionnant dans le travail fait par l'auteur, c'est l'analyse du rôle décisif joué par les "Hérésies" pour la formation et le développement de ce système. En refermant le livre je me disais que toute la force de séduction de cette démarche religieuse, de la singularité de cette forme de Foi, résidait dans la richesse et dans l'intelligence de ses Hérésies, qu'il s'agisse du Docétisme, de l'Adoptianisme, du Monarchianisme et du Modalisme ou encore du Subordinatianisme mais surtout de la formation de pensées très structurées comme chez les Gnostiques ou les disciples de Mani, ou certaines, encore vivaces comme l'Arianisme ou la doctrine Nestorienne.
Dans son épilogue, Frédéric Lenoir fait une distinction judicieuse entre les religions monothéistes du livre comme celles de la Bible ou du Coran, où c'est Dieu qui parle, et la Foi Chrétienne, qui est la Religion d'une Personne et non d'un Texte. Mais en même temps, ce qui fascine, ce sont ces millions de pages écrites au cours de ces vingt siècles pour situer, aussi précisément que possible, les substances du Père, du Fils et du Saint Esprit et, au passage, structurer à travers cette simple discussion, toute notre civilisation.

jeudi 22 juillet 2010

14. Congés.

Pendant la période des congés des ELS (jusqu'au 16 août), c'est là que ça se passe.

jeudi 8 juillet 2010

13. Laurent Margantin. Perspectives.

Voici le point de vue de Laurent Margantin, que je partage pour l'essentiel, tel qu'il l'exprime sur le site de François Bon, le tiers livre (Littérature & Internet) :

"Je ne suis pas favorable à l’édition numérique parce qu’il s’agit d’un outil nouveau, innovant sur le plan technologique – je ne suis pas féru de technique. J’écris, du moins j’essaye, et je suis passionné depuis longtemps par la littérature.

Et il se trouve que, comme beaucoup d’auteurs nés comme moi à la fin des années soixante, j’ai pu observer une rapide détérioration de ce qu’il est coutume d’appeler la « vie littéraire » axée de plus en plus sur les sorties de l’automne, sur quelques grands noms qui, hélas, ne sont plus que des noms vendeurs sans que les œuvres qu’ils donnent à lire soient novatrices ou importantes sur un plan littéraire.

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dimanche 4 juillet 2010

12. Marguerite Duras / Claude Berri. Littérature / Cinéma

Le passage du livre au film, de la littérature au cinéma, est un processus passionnant et mystérieux. Dans une première approche, l'adaptation de L'Amant devait être structurée autour de sa lecture par l'auteur. L'Imec a mis en ligne ce très beau document inédit, repris sur le site de la revue La Règle du jeu, où l'on peut voir et entendre l'auteur, le producteur et son équipe, monter la première marche de cette construction. Quelques temps plus tard, le film existera sous une forme différente, mais cette première impulsion, dont nous avons la chance d'avoir gardé la trace, me semble décisive.

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dimanche 27 juin 2010

11. M@nuscrits.

Je reçois des demandes d'étudiants qui souhaitent rédiger des "mémoires" sur l'expérience M@nuscrits dans le cadre de leurs études. Je refuse pour le moment de les rencontrer car je me rends compte que j'aurais, moi-même, beaucoup de mal à l'analyser. C'est clairement, dans mon esprit, beaucoup trop tôt.

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jeudi 17 juin 2010

10. Scum Manifesto./ Solanas / Catherine Corringer.

Hier soir, je suis allé 104 Avenue Jean Lolive à Pantin, pour assister à la saisissante performance de Catherine Corringer sur sa version du texte de Valerie Solanas Scum Manifesto, qui reprend des expressions originales en anglais.

Voici le texte de Solanas tel qu'on trouve sur le Net :

"Vivre dans cette société, c’est au mieux y mourir d’ennui. Rien dans cette société ne concerne les femmes. Alors, à toutes celles qui ont un brin de civisme, le sens des responsabilités et celui de la rigolade, il ne reste qu’à renverser le gouvernement, en finir avec l’argent, instaurer l’automation à tous les niveaux et supprimer le sexe masculin.

Grâce au progrès technique, on peut aujourd’hui reproduire la race humaine sans l’aide des hommes (ou d’ailleurs sans l’aide des femmes) et produire uniquement des femmes ; conserver le mâle n’a même pas la douteuse utilité de permettre la reproduction de l’espèce. Le mâle est un accident biologique ; le gène Y (mâle) n’est qu’un gène X (femelle) incomplet, une série incomplète de chromosomes. En d’autres termes, l’homme est une femme manquée, une fausse couche ambulante, un avorton congénital. Être homme c’est avoir quelque chose en moins, c’est avoir une sensibilité limitée. La virilité est une déficience organique, et les hommes sont des êtres affectivement infirmes. L’homme est complètement égocentrique, prisonnier de lui-même, incapable de partager, ou de s’identifier à d’autres ; inapte à l’amour, à l’amitié, à l’affection, la tendresse.

Cellule complètement isolée, incapable d’établir des relations avec qui que ce soit, ses enthousiasmes ne sont pas réfléchis, ils sont toujours animaux, viscéraux, son intelligence ne lui sert qu’à satisfaire ses besoins et ses pulsions. Il ne connaît pas les passions de l’esprit ni les échanges mentaux ; il ne s’intéresse qu’à ses petites sensations physiques. Il n’est qu’un mort-vivant, un tas insensible, et pour ce qui est du plaisir et du bonheur, il ne sait ni en donner ni en recevoir. Au mieux de sa forme, il ne fait que distiller l’ennui, il n’est qu’une bavure sans conséquence, puisque seuls ont du charme ceux qui savent s’absorber dans les autres. Emprisonné dans cette zone crépusculaire qui s’étend des singes aux humains, il est encore beaucoup plus défavorisé que les singes parce que, au contraire d’eux, il présente tout un éventail de sentiments négatifs - haine, jalousie, mépris, dégoût, culpabilité, honte, blâme, doute - pis encore, il est pleinement conscient de ce qu’il est et de ce qu’il n’est pas.

Bien qu’il ne soit qu’un corps, l’homme n’est même pas doué pour la fonction d’étalon. À supposer qu’il possède une compétence purement technique - bien rare en vérité - on ne peut déceler aucune sensualité, aucun humour dans sa façon de s’envoyer en l’air. Quand ça lui arrive, il culpabilise, il est dévoré de honte, de peur et d’angoisse (sentiments qui ont leurs racines profondément ancrées dans la nature du mâle, et même l’éducation la plus éclairée ne peut en venir tout à fait à bout). Ensuite, la jouissance qu’il en tire est proche du néant. Et pour finir, obsédé qu’il est par son désir de bien s’en sortir, de battre un record, de ramoner consciencieusement, il se soucie peu d’être en harmonie avec sa partenaire. C’est encore trop le flatter que de le comparer à un animal. Il n’est qu’une mécanique, un godemiché ambulant. On prétend souvent que les hommes utilisent les femmes. Les utilisent à quoi ? En tout cas, sûrement pas au plaisir.

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samedi 5 juin 2010

9. Bio.(20)

À la fin des années 90 j'avais l'impression d'avoir fait le tour de mes activités "opérationnelles" consacrées à l'émergence de la "société de l'information".

J'eu envie de retrouver mes anciens amis et passais de passer de plus en plus de temps avec eux, nous consacrant à des activités aussi peu opérationnelles que possible.

J'exprimais la saturation que j'éprouvais par des petits ouvrages publiés chez Sens & Tonka dans une collection que nous avions créée avec Jean Baudrillard et qui s'appelait : L'Ombre du Zèbre n'a pas de rayure. Tout un programme.

Les trois années consacrées par la planète à l'affaire Clinton/ Lewinsky, m'apparurent tellement significative de la vacuité de l'ère qui s'ouvrait devant nous que je publiais dans cette collection un court texte dont le titre traduisait bien mon état d'esprit de l'époque : Pour en finir avec la société de l'information.

Hubert Tonka se diffusait lui-même et les dix livres de notre malheureuse collection n'arrivèrent jamais jusqu'aux librairies. Je découvrais alors l 'importance de la distribution dans le métier d'éditeur.

Vers la même époque, j'avais accepté la proposition de mon ami Jean-Luc Montérosso, d'organiser des séminaires, tous les mois, dans le magnifique auditorium de la Maison Européenne de la Photographie dont il est le directeur. Les séminaires se déroulaient en une dizaine de séances autour d'un thème unique avec des intervenants que je choisissait.

Nous avions, par exemple, consacré une année au livre de Jean Baudrillard : L'Échange impossible que je trouvais important, en permettant aux participants de dialoguer avec l'auteur. Chaque séance étant précédée par la projection d'un document réalisé à partir de la lecture d'un chapitre du livre par Nathalie Rheims. C'était superbe.

J'avais inauguré ces cycles de conférences à la demande de Pierre Klossowski que je voyais beaucoup pendant les dernières années de sa vie. Lors d'une de nos rencontres rue de la Glacière autour d'une bouteille de Porto, la conversation s'était envenimée avec sa femme, Denise, qui prétendait que son livre La Monnaie vivante était complètement incompréhensible et que même Lyotard, qui s'en était beaucoup servi pour son Economie libidinale, avait eu du mal avec ce livre énigmatique.

Vexé, l'auteur alla fouiller dans une armoire et revint avec un dossier d'environ 2.000 pages manuscrites. Il le posa devant moi et me dit que tout était là et qu'il me confiait la mission de démontrer à Denise et à tous les lecteurs que cet ouvrage était limpide en organisant un grand colloque autour de ce texte et de ses archives.

Quand je rentrais chez moi, avec ces précieux documents du texte qui était culte pour moi sepuis 1972, je découvrais une vingtaine de message de Pierre sur mon répondeur, répétant "en boucle" que la mission qu'il m'avait confiée était de la plus haute importance et que si je rencontrais le moindre point obscur, je ne devais pas hésiter à lui en parler.

Pierre Klossowski avait une très belle écriture, très régulière, mais il avait la fâcheuse habitude de ne jamais paginer. Je découvrais une deuxième caractéristique de sa technique d'écriture qui, au départ, me sembla très intéressante, mais qui m'apparut soudain assez inquiétante. L'auteur partait d'une version assez longue, puis la reprenait avec la même la même écriture, les mêmes mots, les mêmes phrases, introduisant progressivement de légères modification et parfois des coupes sombres dans ce qui lui semblait trop "universitaire". Je découvrais ainsi que des chapitres entiers consacrés à Kant dans la première version, avaient complètement disparu de la version définitive, ce qui expliquait en partie l'obscurité de certains passages.

Mais surtout, je découvris que ces 2.000 pages étaient complètement incohérentes. J'appelais Denise pour lui dire mon découragement, elle m'avoua qu'un jour, transportant le dossier, il lui avait échappé des mains et avait "explosé" au sol, qu'elle avait remis les pages en vrac, dans n'importe quel ordre.

Il me fallut six mois pour reconstituer tant bien que mal ces archives. Le colloque consacré à La Monnaie vivante eut donc lieu, et Pierre, malgré son grand âge avait réussi à être là, ponctuant la séance de "Bravos!" accompagnat la lecture de son texte . Chaque séance était précédée d'un documentaire réalisé à partir des photographies de Pierre Zucca et d'une lecture par Nathalie Rheims.

C'est au cours de ces séances et au fur et à mesure de la publication des premiers livres de Nathalie que je sentis monter en moi l'envie de tourner la pages des 20 années consacrées à la "communication" et de créer ma maison d'édition, ne serait-ce que pour devenir l'éditeur de Nathalie Rheims, car nous avons, depuis notre rencontre, toujours tout fait ensemble, et pour renouer avec mes anciens petits camarades, perdus de vue depuis la fin des années 70.

Trois premiers livres, dans les trois domaines qui m'intéressaient, allaient me permettre de me frotter à cette nouvelle activité : la littérature avec Explications de Pierre Guyotat, la Philosophie avec le colloque consacré à la Plasticité par Catherine Malabou et l'art avec Autoportraits de David Nebreda. Ils composaient le premier triangle de mon initiation sur laquelle je reviendrai dans un prochain épisode..

Previously on Bio-Blog : Episodes N° (1), (2), (3), (4), (5), (6), (7), (8), (9), (10), (11), (12), (13), (14), (15), (16), (17), (18), (19)

samedi 15 mai 2010

7. Viralité virtuelle & grégarité réelle.

Pour la masse, le passage de l'Internet au réel se traduit par une transformation de la viralité en grégarité. Ainsi, lorsqu'un individu lambda parvient à créer un rassemblement de 10.000 de ses 20.000 amis sur Facebook à une heure dite en un lieu dit, il devient l'opérateur de cette transformation. C'est simple en apparence, mais pour en arriver là, cela suppose l'emboitement de nombreux mécanismes complexes.

La viralité, qui est le principe le plus structurant du Net, suppose que le contenu du message devienne secondaire par rapport à sa vitesse de propagation. Un message a contenu "lourd" est handicapé dans sa course. Le principal atout d'une l'information est une vacuité optimum permettant une transmission rapide sans modification, puis qu'il y a très peu de choses, en elle, qui pourraient être modifiées.

La grégarité, dans le monde réel, est une traduction de cette vacuité du message, mais ce creux permet à la masse de se constituer dans une émotion commune qui remplace tout message et toute conscience. Il y a une sorte d'extase de la masse qui s'opère par le simple spectacle qu'elle s'offre à elle même. On ne vit pas la même chose en regardant un match ou un concert à la télévision ou en étant dans le stade avec les autres. Les masses galvanisées par un leader politique opèrent, sur elles mêmes, une autre forme très semblable de "lobotomie".

Les drogues, l'alcool, la musique, la transe etc sont des outils qui peuvent être utiles pour parvenir à cet état. Ce dernier ressemble un peu à ce qu'on devine chez la proie, cette sorte d'abandon qui peut être identifiée à une jouissance, au moment où le prédateur l'ayant saisie, elle renonce à tout être.

Le virtuel ne produit pas ça. Ce n'est pas son objet. On peut avoir 100 millions d'amis sur Facebook, cela ne pourra jamais produire le centième de l'émotion générée par une rencontre réelle, même avec quelqu'un qui ne serait pas un ami sur Facebook ou sur Meetic. Le virtuel, par son travail sur la viralité de l'information, creuse l'espace à l'intérieur duquel la masse va pouvoir jouir d'elle même, sans se soumettre à autre chose qu'elle-même. Dans ce système, tout pouvoir devient inutile et archaïque, remplacé par cette régulation cybernétique du "social".

Nous ne sommes plus très loin de la question soulevée dans le Discours de la servitude volontaire : Pourquoi obéit-on ? Dans ce contexte, on obéit pour s'oublier et se perdre dans la masse et, par cet abandon, retrouver la seule expérience possible d'une liberté originelle, perdue, qui ne sera jamais retrouvée. Il y a, chez Reich, comme parfois chez les fous, quelques intuitions fulgurantes de ces mécanismes et de leurs rapports avec la sexualité, véritables visions d'un avenir possible de notre civilisation. Nous avions publié un livre de S.F. dont c'était le thème central : Bienvenus à Sexpol de Christophe Fiat (qui aurait pu, lui aussi, recevoir le Prix de l'Inaperçu).

dimanche 9 mai 2010

6. Parenthèse de la modernité et échec de la post-modernité.

Je n'aborde ici que ce qui peut concerner un Blog-Note, c'est à dire l'ensemble des paramètres les plus élémentaires de notre vie quotidienne, du moins ceux que j'ai la possibilité d'apercevoir depuis mon ordinateur au moment et à l'endroit où je les observe.

J'ai, devant le spectacle qui s'offre à mon regard, une double impression : d'une part, on dirait qu'une parenthèse est en train de se refermer : celle de la modernité et, d'autre part, que nous devons dans le même temps accepter le constat d'une véritable impasse de ce qu'on a cru devoir être son horizon : le post-moderne.

Au moment où la vie quotidienne se restructure autour des nouveaux réseaux de communication et que la socialisation est réactivée par ses outils magiques, on dirait que ce qui a mené à cette révolution tranquille tombe en panne, buggue, à l'instant même d'atteindre son propre but.

Tout ce qui, depuis la rupture romantique, nous promettait une vie meilleure et le progrès dans la modernité, touche à sa limite et et nous montre, chaque jour un peu plus, que "ça ne marche pas". La modernité aura été faite de ces soubressauts de libérations, d'affranchissements tous azimuths, conduisant les individus et les groupes sociaux vers une liberté rêvée dont il s'avère, aujourd'hui, qu'on ne sait plus quoi en faire, qu'il ne s'agissait finalement que de livrer ces individus "libérés" à leur solitude et à la perte du sens de leur propre vie.

La destructuration de toutes les grandes institutions traditionnelles, famille, mariage, éducation, patrimoine... n'a laissé qu'un champ de ruines, sans perspectives ni alternatives. C'est d'ailleurs en celà que l'Islam est le seul véritable défi auquel aura été historiquement confronté cette modernité, en particulier dans sa version américaine.

Le post-moderne pouvait constituer une issue, ne serait-ce que par la mise en équivalence généralisée de toutes les valeurs qu'il symbolisait. Mais il suffit de naviguer un peu sur le Net pour constater que ça ne "marche pas" non plus, que le Net ne produit aucune "civilisation" du dépassement des valeurs (c'est plutôt une régression à laquelle on assiste) et que le post-modernisme n'aura été qu'un courant d'avant-garde de l'art contemporain sans débouché concret et sans influence sur notre vie quotidienne.

Il y a une part de responsabilité collective dans les illusions d'une génération, la mienne, nourrie par Marx, Freud et Nietzsche et persuadée qu'il ne restait plus qu'à se libérer de ceux-là pour que le tour soit joué et permettre à tout le monde de s'en sortir. Ce ne fut pas le cas et, rétrospectivement, je reste perplexe devant tant de naïveté.

La vie sur le Net, ce qu'elle annonce de ce qui deviendra la vie dans le réel, n'est ni moderne ni post-moderne, elle ne sait pas même, pour le moment, ce qu'elle est, et donc, encore moins, ce qu'elle pourrait devenir. Il semble clair cependant qu'elle nous invite, et c'est l'orientation de ce blog-note, à revenir aux fondamentaux de nos civilisations pour essayer d'y puiser de quoi bricoler à la marge.

mercredi 21 avril 2010

4. Oeuvrés et dés-oeuvrés.

En choisissant l'oisiveté comme notion centrale du chapitre le plus court de ses Essais, (ce qui, à priori, peut sembler logique), Montaigne lance au lecteur un de ses paradoxes, fil d'Ariane pour l'aider à cheminer dans le labyrinte de sa pensée. Si, par cette notion, il précise très concrètement qu'il entend ici interrompre toute activité, il souligne, aussi, que durant cette interruption, il entreprend de mettre son esprit en sommeil, pour le laisser, dit-il, en pleine oisiveté s'entretenir soi-même, et s'arrêter et se rasseoir en soi.

Manque pas d'air "le Montaigne"! Comme dirait Céline.*

Si la lecture des Essais donne à certains l'impression d'un esprit qui s'est "rassis en soi", "en pleine oisiveté", ils doivent avoir une vie intérieure particulièrement riche. Mais c'est peut-être le mot "oisiveté" qui est devenu trop simplet. Peut-être devrait-on plutôt parler de "désoeuvrement" pour mieux approcher ce paradoxe. (Un peu comme Nabe lorsqu' il écrit 700 pages pour dire qu'il a arrêté d'écrire.). La question de ce qui est "à l'oeuvre" se pose avec d'autant plus acuité qu'on laisse son esprit se "rasseoir en soi". Y a-t-il autre chose, dès lors, qui soit "à l'oeuvre", pour soi, que la mort ?

Toutes les écritures et toutes les pensées naissent de cette tension contradictoire entre l'oeuvre et le désoeuvrement, indissociable du sentiment de honte, (dès lors qu'on prend le temps d'écrire ou de penser), d'être dans le desoeuvrement. Et pourtant l' "oeuvre", elle, ne peut se frayer un chemin que par ce passage, aussi étroit que dangereux.

Ce paradoxe prend un sens plus large lorsqu'il déborde les questions individuelles de l'âme et de ses mouvements pour toucher les ressorts secrets de l'histoire, toujours hantée par l'hypothèse de son "arrêt". Tout se passe comme s'il y avait d'un côté un monde qui ne songe qu'à "s'arrêter" et se "rasseoir en soi" collectivement, (Il suffit d'observer à quel point tout est devenu prétexte à "s'arrêter"), et de l'autre, un monde qui ne songe qu'à "commencer" (la même chose d'ailleurs). Et rien, semble-t-il, entre les deux.

  • ...je suis tombé sur une page d'une lettre qu'il écrivait à sa femme, le Montaigne, justement pour l'occasion d'un fils à eux qui venait de mourir. Ca m'intérressait immédiatement ce passage, probablement à cause des rapports que je faisais tout de suite avec Bébert. Ah! qui lui disait le Montaigne, à peu près comme ça à son épouse. T'en fais pas va, ma chère femme ! Il faut bien te consoler !... Ca s'arrangera !... Tout s'arrange dans la vie... Et puis d'ailleurs, qu'il lui disait encore, j'ai justement retrouvé hier dans des vieux papiers d'un ami à moi une certaine lettre que Plutarque envoyait lui aussi à sa femme, dans des circonstances tout à fait pareilles aux nôtres... Et que je l'ai trouvée si joliment bien tapée sa lettre ma chère femme, que je te l'envoie sa lettre !... C'est une belle lettre ! D 'ailleurs je ne veux pas t'en priver plus longtemps, tu m'en diras des nouvelles pour ce qui est de guérir ton chagrin!... Ma chère épouse ! Je te l'envoie la belle lettre ! Elle est un peu la comme celle de Plutarque !... On peut le dire ! Elle a pas fini de t'interésser!... Ah ! non ! Prenez- en connaissance ma chère femme ! Lisez-la bien ! Montrez-la aux amis. Et relisez-la encore ! Je suis bien tranquille à présent ! Je suis certain qu'elle va vous remettre d'aplomb !... Vostre bon mari. Michel.

Louis-Ferdinand Céline. Voyage au bout de la nuit.

lundi 19 avril 2010

3. Tout et son contraire.

Je repars de ce fragment (Livre I, chapitre VIII) des Éssais qui traduit bien dans quel état d'esprit j'aborde ce Blog-Notes.:

Dernièrement, quand je me retirai chez moi, déterminé autant que je pourrais, à ne me mêler d'autre chose que de passer en repos, et à part, le peu qui me reste à vivre, il me semblait que je ne pouvais faire plus grande faveur à mon esprit que de le laisser en pleine oisiveté s'entretenir soi-même, et s'arrêter et se rasseoir en soi. J'espérais qu'il pourrait désormais le faire plus aisément, étant devenu avec le temps plus pesant, et plus mûr .

Nous savons qu'ainsi livré à lui-même son esprit lui semblait chevaucher une sorte de "cheval fou", débordé par ses fantasmagories, au point qu'on peut se demander s'il n'avait pas recours à quelque substance pour parvenir à se rasseoir en soy, dans cette forme de solitude. Je n'en suis pas là, face à ce Blog-Notes, mais je reconnais que je sens remonter en moi toutes mes contradictions, celles auxquelles je me suis tant attaché. À cause d'elles, je n'ai jamais eu le goût d'écrire. Dès que j'alignais une idée, j'avais immédiatement envie de soutenir le contraire et je trouvais tout aussi ridicule de me tenir à la première que d'y ajouter la deuxième. Ce qui me plait dans l'exercice du Blog, c'est le sentiment (certainement illusoire) d'une liberté, d'un loisir de dire tout et son contraire, sans que cela puisse avoir la moindre conséquence.

dimanche 18 avril 2010

8. Traité.

Voici les mots-clef que nous avons utilisés, Abeline Majorel et moi, pour mettre en ligne le "brouillon" de la V1 (première version) du Traité de savoir vivre à l'usage des jeunes blogueurs, (humble hommage à Raoul Vaneigem) qui sera publié par Librio (Flossie Felix) dans la collection des inédits à 2 €. Le classement sera différent, il commencera par Extime et finira par Intime (qui reste à écrire). Il y aura aussi probablement une traduction originale des chapitres des Essais de Montaigne qui ont été utilisés pour ce "Traité" préparés par Bénédicte Boudou qui dirige l'équipe d'universitaires et de chercheurs qui travaillent actuellement sur le Dictionnaire Montaigne qui sera publié aux ELS cet automne. Je tiens à remercier tout particulièrement ceux qui, par leurs commentaires avisés, nous ont aidé à avancer, Abeline et moi, dans ce petit ouvrage qui devrait me servir de plateforme pour définir les nouvelles règles qui seront utilisées pour les blogs du site des ELS, pour l'expérience de M@nuscrits et pour les différents prolongements de ces réflexions dans le domaine de l'édition.

1) Blog.
2) Blogosphère.
3) Pseudo.
4) Fil.
5) Troll.
6) Trollisme.
7) Conférence.
8) Wannabe.
9) Modération. (Suite).
10) Harcèlement.
11) Billet.
12) Communauté.
13) Commentaire.
14) Copinage.
15) Loi de Godwin.
16) Réputation.
17) Extime.
18) Communauté. II. (Suite).
19) Hypertexte.
20) Flooding.
21) Diffamation., (Suite)
22) Serendipity.
23) Micro-Blogging. (Art de A.M)
24) Identité.
25) Buzz.
26) Intime.

- De l'art de conférer. Chap VIII. Livre III. des Essais de Montaigne.
- De l'oisiveté. Chap VIII. Livre I. des Essais de Montaigne.

1. Premier billet du Blog-Notes de leo

Contrairement aux apparences, ceci n'est pas un Bloc-Notes.

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