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lundi 16 août 2010

110. RL 48. La rentrée littéraire. Entretien avec Katrina Kalda

La Revue littéraire n°48 (septembre 2010)

Katrina Kalda est née en 1980 en Estonie. Elle a étudié les lettres à l’École normale supérieure de Lyon. Elle vit et travaille en France. Un roman estonien est son premier roman.

Photographie : Tallinn vu du ferry Stockholm-Tallinn (DR).


Katrina Kalda

Un roman estonien

Entretien avec Florent Georgesco

(Propos recueillis par courrier électronique le 13 juillet 2010)

Florent Georgesco : Je ne peux commencer notre conversation autrement qu’en vous demandant de me raconter l’histoire de ce texte, et donc un peu de la vôtre. D’abord, le français est-il votre langue maternelle ? Si ce n’est pas le cas, quels chemins vous ont conduite à devenir un écrivain français ?

Katrina Kalda : Non, le français n’est pas ma langue maternelle ; je suis née en Estonie, de parents estoniens. J’ai appris le français plus tard, à notre arrivée en France, lorsque j’avais dix ans. Ceci étant dit, il me semble souvent que le français est ma première langue, non seulement parce que j’ai grandi et étudié en France, et donc également beaucoup lu en français, mais aussi parce que mon rapport au français est beaucoup plus simple que celui que j’entretiens avec l’estonien. En dehors du fait que je serais sûrement incapable de produire un texte littéraire en estonien, dont j’ai une approche beaucoup moins « savante », il me semble qu’écrire dans sa langue maternelle est quelque chose de très compliqué, et je me demande parfois comment font les écrivains qui y parviennent ! Par ailleurs, le français est une langue faite par et pour l’écriture ; cela est d’autant plus évident pour quelqu’un qui est né dans une langue finno-ougrienne, longtemps restée exclusivement orale, ce dont semble témoigner sa graphie elle-même ; c’est donc une chance d’avoir pu apprendre le français.

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lundi 10 mai 2010

106. RL 46. À la recherche de Tony Duvert. Entretien avec Gilles Sebhan

La Revue littéraire n°46, mai 2010
(Propos recueillis par courrier électronique le 9 avril 2010)

À propos de Tony Duvert. L'Enfant silencieux de Gilles Sebhan (Denoël, 2010).

Gilles Sebhan est l'auteur de Haut risque (Parc, 2003), Presque gentil (Denoël, 2005), La Dette (Gallimard, 2006) et Fête des pères (Denoël, 2009).

Photo issue du site de Dennis Cooper : DC's.

Gilles Sebhan

À la recherche de Tony Duvert

entretien avec Florent Georgesco

Florent Georgesco : Tony Duvert est mort pendant l’été 2008, à une date qu’on ne connaîtra jamais, puisqu’il était à ce point seul que lorsqu’on l’a retrouvé, son cadavre était dans une décomposition avancée. Je suis désolé de commencer en des termes si brutaux, mais telle est la réalité, telle est cette vie. Duvert avait alors 63 ans. Il avait disparu de la scène littéraire depuis deux décennies. C’est en quelque sorte le long silence dans lequel il s’était enfermé qui vous a conduit à écrire ce livre, où vous le fouillez, le retournez en tous sens pour y découvrir la vérité de cet homme si parfaitement singulier. Vous écrivez que vous aviez désiré, quelques années auparavant, le retrouver dans sa retraite. C’est ce que vous faites aujourd’hui, alors qu’il est trop tard.

Gilles Sebhan : J’avais une vingtaine d’années quand j’ai découvert l’œuvre de Tony Duvert. J’ai tout de suite été frappé par le beau scandale de son écriture. Récidive, Journal d’un innocent ou Quand mourut Jonathan avaient pour moi la force des grands textes et une liberté de ton peu commune. Mais bien sûr, un autre scandale frappait d’emblée : c’est que Tony Duvert ne publiait plus. À l’époque, on pouvait encore penser qu’il s’agissait d’un silence provisoire. Peu à peu ce silence s’est appesanti. Parfois je parlais avec tel ou tel du mystère qui était en train de se faire autour de cet auteur, nous disions que nous pourrions aller lui rendre visite, comme Burroughs et Kerouac sont allés voir Céline dans sa retraite de Meudon. Nous le disions sans jamais le faire. Nous ne savions pas où il pouvait se trouver. La seule légende qui circulait, c’est qu’il était reclus en province. Aujourd’hui, je me dis que cette idée d’aller voir Tony Duvert était une folie. Il n’avait pas besoin de nous, lui qui s’était coupé de ses plus proches amis. Le temps a passé, j’ai commencé à publier des livres. Et puis, à l’été 2008, la nouvelle de sa mort, des conditions de sa mort, m’a frappé de plein fouet, comme un nouveau et plus terrible scandale. Non pas tant sa mort bien sûr que le silence autour de sa mort, d’emblée. J’avais toujours pensé qu’au moins sa mort déclencherait un intérêt pour son œuvre. Mais j’ai bien compris que la mort de Tony Duvert était en train de parfaire sa disparition en tant qu’écrivain. C’est ce qui a déclenché en moi la volonté d’organiser un hommage. Je n’ai donc pas tout de suite pensé à écrire un livre, cette idée est venue quelques mois plus tard. J’avais rencontré des gens, j’avais appris des choses sur Tony Duvert, et brusquement le livre est venu. Il s’est imposé, je ne peux pas le dire autrement. En deux mois, il était fait.

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samedi 17 avril 2010

103. RL 45. Un roman inconnu de Graham Greene. Entretien avec François Gallix

La Revue littéraire n°45, avril 2010
(Propos recueillis par courrier électronique en février 2010)

François Gallix est professeur émérite de Littérature contemporaine de langue anglaise (Paris IV-Sorbonne) et codirecteur de l'ERCLA. Il est l'auteur de livres et d'articles sur différents romanciers du XXe siècle, parmi lesquels D. H. Lawrence, Joseph Conrad, Ford Madox Ford, Graham Swift ou Kazuo Ishiguro ; on peut citer, en particulier, The Power and the Glory, Le Credo de Graham Greene (Ellipses, 2006) et (avec Vanessa Guignery) Plus sur Greene (Atlande, 2007).

Photo : Graham Greene (source : The Guardian).

François Gallix

Un roman inconnu de Graham Greene

Entretien avec Isabelle Viéville Degeorges

Isabelle Viéville Degeorges : Cher François Gallix, vous êtes professeur émérite de littérature anglaise à la Sorbonne, où vous animez l’ERCLA (centre de recherche sur les « Écritures du roman contemporain de langue anglaise »), mais également traducteur, de l’anglais vers le français. À tous ces titres, aucune des arcanes de la littérature anglo-saxonne actuelle ne vous est inconnue. Mais surtout, vos recherches autour de Graham Greene vous ont récemment amené au Graal de tout chercheur : une découverte authentique. C’était à Austin, au Texas.

François Gallix : En 2007, La Puissance et la Gloire était au programme de l’agrégation et j’ai voulu travailler sur le manuscrit de ce roman écrit par Greene en 1939, conservé à l’université d’Austin, au Texas, où se trouve une grande partie des archives de Greene : manuscrits, tapuscrits, carnets, brouillons, correspondance, agendas, scénarios, livres écrits et lus (souvent annotés), une vraie mine pour le chercheur amateur de paléographie et à l’affût de découvertes ! Je suis resté un mois et j’ai pu consulter la totalité de ce fonds unique, en me concentrant plus particulièrement sur certains textes. J’ai alors constaté qu’une longue nouvelle policière de Greene (ou un bref roman : 5 chapitres, 56 pages manuscrites, 70 pages dans la transcription), « The Empty Chair » (« La Chaise vide ») (1), n’avait été recensée dans aucune des biographies de Greene (pourtant fort volumineuses), ni exploitée – peut-être parce qu’elle est incomplète et assez difficile à déchiffrer. Greene lui-même, contrairement à ses habitudes, semble ne jamais s’y être référé, ni dans ses carnets, ni dans ses textes autobiographiques, ni dans sa correspondance où il avait pourtant l’habitude de commenter au jour le jour ce qu’il écrivait.

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