69. RL 43. Véronique Olmi, Le Premier Amour
Par Anne Procureur, le vendredi 22 janvier 2010 | Critique/Archives :: #69 :: rss
Véronique Olmi, Le Premier Amour, Grasset, 300 pages, 18 euros
C’est en lisant la quatrième de couverture du Premier Amour que j’ai décidé de me plonger dans le dernier livre de Véronique Olmi. Et j’ai bien eu raison. J’étais amusée par ces mots : « Une femme prépare un dîner… remonte les escaliers, éteint le four », puis « soudain, sa vie bascule ». Ce « soudain, sa vie bascule » placé face à des situations banales et quotidiennes m’a paru très séduisant. Anna Karénine n’est pas loin, et tout passionné de mélodrames à la Douglas Sirk ne saurait résister à la lecture immédiate d’un roman ainsi présenté par son éditeur.
Véronique Olmi elle-même, dès les premières phrases, réussit à nous embarquer dans son histoire. « Ma vie a basculé le 23 juin 2008 à 20 h 34, à l’instant même où j’ôtais la feuille de papier journal qui protégeait le Pommard. » Émilie, la quarantaine bien passée, le soir de son vingt-cinquième anniversaire de mariage, claque la porte de son domicile, monte dans sa voiture et décide de retrouver l’amour de ses seize ans, son premier amour, Dario. Sur la route, elle se souvient de sa jeunesse et fait le bilan de sa vie d’épouse et de mère de trois grandes filles. « C’était l’époque où ma sœur Christine chantait C’est ma prière et Le Lundi au soleil en se regardant dans la glace des heures durant. » Émilie a donc seize ans, une sœur fan de Mike Brant (on la comprend, croyez-moi !) et folle de Ringo – « le mari de Sheila, c’était son type d’homme ». On sourit. Plus loin : « je pense à cette grande sœur qui avait quelque chose de plus que moi, un chromosome pas très sympathique, le 21 ». On ne sourit plus. Et c’est toute la force de ce roman, qui alterne des situations cocasses et des moments tristes et douloureux. On continue la lecture, on a envie de savoir pourquoi Émilie quitte son mari, Marc, un soir de fête, pourquoi Émilie ne se sentait pas aimée par ses parents, pourquoi ses filles se sont éloignées et n’ont pas fait toujours les bons choix, pourquoi Dario est resté dans la mémoire de cette femme comme le bel amour d’une vie chahutée par des déceptions et des manques. Souvent, au détour de descriptions de la vie d’Émilie, Véronique Olmi sait nous dire d’émouvantes vérités : « Pourquoi faut-il qu’un jour nous n’ayons plus sur nos enfants le pouvoir de la consolation ni celui du rêve ? » Ou encore : « Cette proximité constante de la Méditerranée, comment aurais-je pu savoir que c’était le premier cadeau que la vie me faisait et qu’il y en aurait peu après de cette valeur-là. Je m’étais réveillée chaque matin dans le beau. Et je ne le savais pas. » Oui, la vie d’Émilie bascule, mais sans bruit et sans tapage, elle glisse plutôt vers une sourde mélancolie. La vie ne se rattrape pas, nous gardons des souvenirs, des regrets, des manques, des mots que nous n’avons pas su dire à des moments propices. Mais ce que nous dit aussi Véronique Olmi, c’est que le temps ne console pas et que nous sommes des personnes peu sages. Le Premier Amour est un beau roman, intelligent, drôle, généreux, bouleversant ; il tient toutes les promesses de sa quatrième de couverture.
Anne Procureur

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