27. RL 42. Véronique Ovaldé, Ce que je sais de Vera Candida
Par La rédaction, le jeudi 17 décembre 2009 | Critique/Archives :: #27 :: rss
Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier". Livre paru à l'automne 2009.
Véronique Ovaldé, Ce que je sais de Vera Candida, L’Olivier, 293 pages, 19 euros
par Géraldine Barbe
D’un précédent livre de Véronique Ovaldé, Les hommes en général me plaisent beaucoup, je gardais un souvenir mitigé de terreur enfantine, d’amour dangereux et de violence sourde. Trompée par le titre joyeux et le rouge à lèvres vermillon sur toutes les photos de l’auteur, je pensais que ce nouveau roman serait léger, illusion démentie dès les premières lignes : même ton, même écriture à la fois douce et menaçante, dangereuse comme un bonbon empoisonné. Sur l’île mystérieuse de Vatapuna, l’air de rien, le clapotis de l’eau en fond sonore, ça sent la mort à chaque page. D’ailleurs, la première phrase nous annonce la fin prochaine de Vera, l’héroïne que nous ne retrouverons que quatre-vingts pages plus loin, après nous être intéressés aux destins (sombres) de sa grand-mère, Rose Bustamente, et de sa mère, Violette, dans cette petite île imaginaire d’Amérique du Sud.
Ce que nous savons de Véronique Ovaldé, c’est qu’elle écrit tous les matins aux environs de 5 heures. L’écriture en atteste, qui fait confiance aux fulgurances de l’imagination, au mystère, à la nuit. Nous avons d’abord la sensation que chaque phrase produit la suivante. L’auteur suit son imagination débridée et son intuition encore nocturne pour inventer des personnages sans les analyser ni feindre de les comprendre parfaitement, telle Rose Bustamente qui pêche des poissons volants après avoir été la plus jolie pute du coin. Le fil délicat et bien évidemment doré de l’histoire se déroule, des événements et personnages plus ou moins terrifiants viennent peupler l’île autour de « Rose la magnifique ».
Le lecteur aimerait faire partie de ce rêve éveillé – très certainement fascinant – mais n’y parvient pas tout à fait. L’inventivité pleine de finesse de Véronique Ovaldé est tellement riche, abondante, qu’elle en devient pléthorique et gêne le travail de notre propre imagination. L’accumulation de comparaisons, d’images oniriques, de ressorts magiques bloque la boîte à transformer les mots en images. L’auteur déploie avec dextérité « coïncidence, intuition, déduction, détermination » mais nous laisse sur le bord, incapables de partir. On suit le déroulement du récit, finalement très habile et très construit, comme on écouterait un conte lointain, désincarné ; on est intrigué sans être touché.
Heureusement tout se passe mieux dès que Vera, âgée de 14 ans, prend sa place de personnage principal dans la deuxième partie du livre. Elle quitte l’île mystérieuse aux fatalités tragiques pour le continent et ses réalités concrètes. Dans la ville de Lahomeria, Vera et ce que l’on voulait tant savoir d’elle prendront enfin corps, grâce au très beau personnage d’Itxaga, journaliste à l’amour patient mais réel, authentique prince charmant. Même si l’on peut encore déplorer quelques décrochages inutiles ou peu crédibles, le personnage de Jules Ramirez, par exemple, le récit emporte, les personnages attachent enfin. Le retour programmé à Vatapuna ferme la boucle, c’était sans doute nécessaire, Vera a des comptes à rendre et doit y mourir. Seule. Je m’en serait passé mais là c’est mon côté midinette qui parle.

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