26. RL 42. Brock Clarke, Guide de l’incendiaire des maisons d’écrivains en Nouvelle-Angleterre
Par La rédaction, le jeudi 17 décembre 2009 | Critique/Archives :: #26 :: rss
Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier". Le livre est en librairie depuis l'automne 2009.
Brock Clarke, Guide de l’incendiaire des maisons d’écrivains en Nouvelle-Angleterre, traduit de l’anglais (États-Unis) par Renaud Morin, Albin Michel, 440 pages, 22 euros
C’était un accident. Vraiment il ne voulait pas. En gros il n’y est pour rien. Et pourtant il l’a fait. Oui, Sam Pulsifer a incendié la maison d’Emily Dickinson en Nouvelle-Angleterre. Il en a profité pour faire passer de vie à trépas le couple de guides en train de copuler allégrement dans le lit de la poétesse. Évidemment commencer la vie de cette façon pose un sacré problème. Car Sam a été puni pour son méfait. Il a fait de la prison, dix années bien tapées dans une prison d’État, pour un jeune homme il y a mieux. Mais ensuite, cela ne s’est pas arrêté. Les gens ont continué à le traiter d’incendiaire. Il y en a même qui ont tracé des graffitis sur le mur de la maison de ses parents. Meurtrier, criminel, salopard… Mais tout cela n’est rien, non le pire ce sont les autres, ceux qui ont écrit, ceux qui ont demandé un service à Sam. Incendier la maison d’un écrivain, un autre, de Marc Twain à Henry James en passant par Edward Bellamy. Il y a des milliers de raisons d’incendier la maison d’un écrivain. Les queues de touristes incultes qui bouchonnent sur le trottoir et gênent le voisin, les écrivains dont on aimerait bien qu’ils soient suffisamment célèbres pour avoir leur demeure détruite, au moins on parlerait d’eux, ou alors simplement ceux dont on pense qu’ils ont usurpé la place d’une célébrité alors que ce sont de véritables connards. Peut-on traiter un écrivain de connard ? Oui, évidemment, s’écrient tous ceux qui ont une maison d’écrivain à incendier. Sam Pulsifer, cela commence à lui porter un peu sur le système, les écrivains. Il décide de fuir au plus vite, au plus loin, couper les ponts à tout jamais avec la Nouvelle-Angleterre et ses écrivains. Il tombe sur une chic fille et l’épouse. Il en profite pour lui faire deux gosses et toucher du doigt le bonheur. Juste du doigt. Le passé est là qui revient frapper dare-dare en la personne du fils des guides qui copulaient dans le lit d’Emily Dickinson. Encore elle. Encore eux. Alors Sam prend son destin en main et retourne chez papa et maman. Là les choses ont un peu évolué en dix ans. Papa est-il alcoolique ou adultère ? Maman est-elle jalouse ou carrément dingue ? Petites retrouvailles familiales, tout ce petit monde se saoule à la bière pendant que les maisons d’écrivains de Nouvelle-Angleterre… Quoi les maisons d’écrivains de Nouvelle-Angleterre ? Eh bien, elles… flambent, brûlent et se consument dans un embrasement des plus stylés.

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