23. RL 42. Jean Mailland, Le Journal des arbres
Par La rédaction, le mercredi 16 décembre 2009 | Critique/Archives :: #23 :: rss
Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier". Livre paru au printemps 2009.
Jean Mailland, Le Journal des arbres, L’Amourier/Le Bruit des autres, 288 pages, 20 euros
par Géraldine Barbe
Jean Mailland est l’auteur des plus belles chansons d’Anna Prucnal, sa femme et principale muse. Il a également travaillé pour le cinéma et la télévision. Il a publié des poèmes, des pièces de théâtre, des romans aussi, la plupart du temps chez « L’Amourier » et « Le Bruit des autres », fidèles éditeurs qui se sont cette fois réunis. Écrit de 1986 à mai 1995, ce Journal des arbres – qui est aussi celui des mots et des écrivains –, long, léger, si profond qu’on s’y enfouit, Jean Mailland l’a défriché, tel le bois dont il est question dans ce qui est aujourd’hui un livre, pour notre bonheur absolu.
Le propos est simple : retracer les dix années de travail entrepris dans le bois qu’Anna lui a offert pour son anniversaire, près de la maison qu’ils habitent à l’époque en bordure de la forêt d’Othe, dans la Champagne pouilleuse (« une région qui a des allures de Pologne »). Ce 26 avril 1985, Jean Mailland, citadin poète, fêtard artiste et amoureux décide : « ce bois sauvage, je m’octroyais sans vergogne le droit de l’apprivoiser. »
(…) Pour retrouver son vocabulaire
Les mots de l’enfance
Les sens premier des mots
Déterrer les mots de sa mémoire
Aller à la racine des mots
Aller à la cime des mots
Faire
Une halte dans sa vie
Comme une reprise de respiration (…)
L’entreprise est la suivante : « Commencer à vivre le bois. À nommer les arbres en leur donnant le nom des écrivains, des poètes, des cinéastes qui sont dans ma mémoire et dans la bibliothèque. » Ce qui aurait pu demeurer une sorte de jeu, le défi personnel ou la simple détente d’un écrivain, jardinier du dimanche, devient rapidement un véritable enjeu, propice à un voyage aussi philosophique que sensuel. « Maintenant que j’ai trouvé l’acte philosophique de l’arrachage des ronces, je m’y emploie sans ennui. »
C’est avec précision, rigueur (ne pas risquer de froisser les auteurs-arbres en mettant des ennemis côte à côte), une passion poussée jusqu’à l’obsession que Jean Mailland pioche, ratisse, élague, débroussaille, sème et récolte les mots qui habitent le Bois, personnage aux mille visages choisis, aimés, choyés.
« 4 janvier, Paris.
Obsession : terminer la grande allée. À peine arrivé à Paris, le Bois me manque, je me réfugie dans les images de lui qui surviennent en moi, dans cet imaginaire que je me construis. Je crois maintenant pouvoir le décrire dans sa totalité (…). » Page après page, avec un sérieux absolu et un humour constant, un amour de la vie en somme, le bois devient chant, le chant devient bois, le lecteur devient promeneur, le promeneur devient philosophe sans même y avoir songé. « Avec les matières des arbres, sont fabriqués les livres. J’ai voulu rendre les livres aux arbres pour retrouver vivante ma bibliothèque. »
Le contrat est tenu et la poésie jaillit.

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