(…) Pour retrouver son vocabulaire
Les mots de l’enfance
Les sens premier des mots
Déterrer les mots de sa mémoire
Aller à la racine des mots
Aller à la cime des mots
Faire
Une halte dans sa vie
Comme une reprise de respiration (…)

L’entreprise est la suivante : « Commencer à vivre le bois. À nommer les arbres en leur donnant le nom des écrivains, des poètes, des cinéastes qui sont dans ma mémoire et dans la bibliothèque. » Ce qui aurait pu demeurer une sorte de jeu, le défi personnel ou la simple détente d’un écrivain, jardinier du dimanche, devient rapidement un véritable enjeu, propice à un voyage aussi philosophique que sensuel. « Maintenant que j’ai trouvé l’acte philosophique de l’arrachage des ronces, je m’y emploie sans ennui. »
C’est avec précision, rigueur (ne pas risquer de froisser les auteurs-arbres en mettant des ennemis côte à côte), une passion poussée jusqu’à l’obsession que Jean Mailland pioche, ratisse, élague, débroussaille, sème et récolte les mots qui habitent le Bois, personnage aux mille visages choisis, aimés, choyés.
« 4 janvier, Paris.
Obsession : terminer la grande allée. À peine arrivé à Paris, le Bois me manque, je me réfugie dans les images de lui qui surviennent en moi, dans cet imaginaire que je me construis. Je crois maintenant pouvoir le décrire dans sa totalité (…). » Page après page, avec un sérieux absolu et un humour constant, un amour de la vie en somme, le bois devient chant, le chant devient bois, le lecteur devient promeneur, le promeneur devient philosophe sans même y avoir songé. « Avec les matières des arbres, sont fabriqués les livres. J’ai voulu rendre les livres aux arbres pour retrouver vivante ma bibliothèque. »
Le contrat est tenu et la poésie jaillit.