17. Karl Mengel dans "Indications"
Par Florent Georgesco, le lundi 14 décembre 2009 | Édition :: #17 :: rss
Je parlerai autant que possible, au fil de ce blog, d’autres maisons d’édition et revues. Ce sera une question d’occasion et de temps. Celui-ci me manque un peu, mais l’occasion est trop belle d’adresser un salut amical à l’excellente revue belge Indications, qui recense régulièrement les livres des ELS, avec pertinence et rigueur, et vient de consacrer, dans son numéro de décembre (qui est le numéro 380 : ce billet est l’hommage d’un gamin à une vénérable), l’article ci-dessous au premier roman de Karl Mengel, Les Séditions.
Indications paraît en février, avril, juin, octobre et décembre. Son secrétaire général est Thierry Leroy ; son rédacteur en chef, Lorent Corbeel. Elle est distribuée en France par Arcadia.

La menace internationale a un visage, mille identités et autant de vices
Insaisissable, cet homme n’a aucune limite. Ses noms varient au rythme de missions venues de commanditaires ennemis. Il obéit sans même se retourner, tandis que son identité lui apparaît comme un lointain souvenir. Cacherait-il un but ? Lui-même l’ignore. Karl Mengel mélange actualité, chute dans la perversion et sentiments humains et parvient à secouer le lecteur. Interpellant, on y voit plus qu’une histoire, peut-être un avertissement ?
« Une seule tête certes, mais plusieurs passeports et autant de crises identitaires. » Officiellement, il travaille en tant que traducteur à la pige aux Nations unies. Officieusement, il porte autant de noms que ses couvertures le lui permettent. Agent double, triple, voire plus, cet homme obéit à des commanditaires du monde entier. Agissant sous les ordres de tous les camps, il représente un danger pour tous mais aussi pour lui-même. Karl Mengel rapporte les séditions d’un seul homme qui assiste à sa propre perdition. Aurait-il perdu son identité parmi ses multiples alias ? Sans le moindre doute : oui. Perverti par ses penchants sadomasochistes et son goût pour la torture, il ne sait où il va et personne ne semble vouloir l’arrêter.
Sur une toile de fond aux couleurs internationales, le lecteur est amené à suivre les différentes missions du héros, ainsi que ses rares instants de répit durant lesquels il se plaît à l’analyse de son identité en perdition, de son passé. Cette toile, c’est un point sensible de notre actualité que soulève Karl Mengel : les enjeux politiques et commerciaux internationaux se règleraient donc à coups de trahisons et de promesses des grandes puissances, s’affrontant par l’intermédiaire de leurs agents secrets. L’auteur sème le trouble, d’autant qu’il partage des points communs avec son héros. « J’en ai d’autres comme ça dans mon coffre à passeports. Le docteur Mengel, sinistre costumier du Reich, était le fils d’un Karl ; je suis donc parfois ce père-là, mais sans e à la fin. » Troublant : vérité désagréable ou pure affabulation personnelle ? Karl Mengel laisse place à l’interrogation du lecteur.
Aussi, il devient l’accompagnateur de ce héros étrange, il le suit mais recueille également ses pensées profondes, ses doutes et ses envies. Évitant les longues descriptions inutiles, l’aventure se poursuit au fil des lieux que traverse le personnage. L’homme s’y exprime dans un langage direct, parfois choquant par la brutalité des scènes décrites. Il semble dépravé autant sexuellement que psychiquement et ne dissimule jamais le fond de sa pensée. Les images apparaissent crues et violentes, on réprime quelquefois un haut-le-cœur. « Vous niquez brutalement, elle te défonce sans le moindre égard et pourtant le va-et-vient à cette régularité, quand même oui, du métronome qui s’emballe. » Que les âmes sensibles s’abstiennent. Pourtant, loin de tomber dans la pornographie, le livre regorge d’appels à la rencontre des autres cultures qui égarent quelquefois le lecteur. La lecture de l’ouvrage nécessite une relative érudition intellectuelle, car sans cela le lecteur pourrait éprouver des difficultés quant à la compréhension de certains épisodes. Par ailleurs, cette connaissance étendue prouve l’intelligence du personnage qui semble imperméable aux actes qu’il pose, se préoccupant peu des erreurs commises. Il apparaît comme un être insaisissable et le lecteur s’attend à une mort inévitable. Et là encore, finies les certitudes !
Stéphanie Moors

Commentaires
1. Le lundi 14 décembre 2009 par Deville
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