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dimanche 13 janvier 2008
Par Revue Littéraire,
dimanche 13 janvier 2008
Cyril Montana : "La Faute à Mick Jagger" Le Dilettante, 224 pages, 17 euros
Mousse est une baba cool, elle appartient à cette génération beatnik qui est en quête d’ailleurs. Trente ans plus tard, elle se nourrit de yaourts et de citrons, est habitée par l’esprit de Mick Jagger, « dieu de l’amour et de la destruction », et cherche à se libérer de l’esprit de Demis Roussos qui parasite ses ondes télépathiques. Elle disparaît régulièrement pour s’adonner à des bains d’algue clandestins dans des baignoires d’hôtels, jusqu’à ce que Simon soit prié de venir la chercher et de payer la note.
Simon, c’est le fils de Mousse. Il est hypersensible. On le voit ainsi s’émouvoir à Oradour-sur-Glane ou se passionner pour les documentaires animaliers. Viennent s’ajouter à toutes ces émotions une fiancée hystérique et suicidaire, sans compter la mère hippie en perdition. Trente ans plus tôt, celle-ci avait décidé de prendre la route. Simon avait d’abord atterri chez sa grand-mère, qui se passionnait pour Marcel Amont, le patinage artistique à la télé et le chauffage centralisé au sol. Puis son père, tout aussi bab que la mère, le ballotta de ferme-garderie beatnik du Morvan en maison glauque du Luberon où défilaient « intellectuels révolutionnaires » et autres « clochards célestes ». Enfin, Paris où il se retrouva à partager une chambre lugubre avec un père drogué et malade. Simon aussi est en quête d’ailleurs : il rêve de normalité, des surprises de Pif Gadget, de lunettes et d’appareil dentaire. Il adore les HLM neufs et De Funès. Sa réalité est tout autre. Son père préfère Dewaere à Gabin, Gainsbourg à Joe Dassin.
À travers le regard de Simon, ce sont deux époques qui sont évoquées, tour à tour, au fil d’anecdotes, souvenirs et menus événements. De cette narration rompue entre distance et présence, hachée entre le passé et le présent, naît un récit drôle, coloré, acide, électrique, tendre, quelquefois poétique. Chaque chapitre se présente comme un plan-séquence, un îlot, un arrêt sur image. Mais ces bouts de temps suspendus, reliés les uns aux autres, prennent sens, se répondent et font progresser le récit. Simon plante le décor de son enfance et nous livre parallèlement sa vie d’adulte. Deux époques distinctes, mais qui juxtaposées finissent par s’entrechoquer. Simon c’est ça : le résultat de cette confrontation, un peu désordonné, pas mal dérouté.
L’écriture est vive et précise, elle trace une suite de portraits ou de situations pittoresques et imagés. Bien plus que l’histoire en elle-même, ce sont le ton et la construction qui captent notre attention. Le récit est léger, désaccordé, rythmé, souvent fantasque. Chaque personnage englobe un univers fait de couleurs, de sons, d’objets. Chaque portrait, chaque moment est un saut dans une époque, dans un décor, dans une ambiance. Cyril Montana nous transporte dans un univers très romanesque, version 70’s et nouveau millénaire : péripéties dérisoires et décalées. En somme, le récit de deux générations un peu dépassées par le monde et sa réalité. Tout cela fait de La Faute à Mick Jagger un livre original, drôle et captivant. Le titre est déjà un appel à la lecture, il attise notre curiosité et nous promet un récit déjanté et amer. Ce ton persiste au fil des pages, de plus en plus délectable, pour peu que le lecteur soit, lui aussi, en quête d’ailleurs.
Marion Prigent
Ndrl : Un article de Clarabel.
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dimanche 6 janvier 2008
Par Revue Littéraire,
dimanche 6 janvier 2008
Nous poursuivons la publication en ligne des notes de lecture de La Revue Littéraire N° 33 à paraître le 25 janvier 2008 pour lancer la discussion autour de la première sélection des Prix@"B".
Antoni Casas Ros : "Le Théorème D’Almodovar" Gallimard, 160 pages, 12,50 euros
Roman ? Récit autobiographique que l’imagination vient nourrir et prolonger ? Nous ne savons rien d’Antoni Casas Ros, sinon qu’il est l’auteur de cette pépite, premier texte fort, dense, incroyablement maîtrisé.
« J’écris uniquement pour comprendre comment une autre fête peut se trouver au centre du vide », voilà le théorème que le narrateur, mathématicien émérite, se propose de démontrer sachant que les données du problème sont celles-ci : « Pour avoir une vie, il faut un visage. Un accident a détruit le mien et tout s’est arrêté une nuit, à vingt ans. »
Avant la fête, c’est une vie recluse qui attend celui dont le visage est défiguré au point qu’il n’ose se confronter à autrui. Alors, pour gagner sa vie, faire des rencontres virtuelles et garder un contact ténu avec le monde, il y a internet et sa toile.
Mais par-dessus tout, il y a l’imaginaire. Là, pas de frontière. On peut rêver qu’on rencontre Almodovar, que « l’étendue de son regard » permet « d’écouter son visage » et de mettre en scène sa propre vie. C’est peut-être cela le théorème d’Almodovar : « il suffit de regarder assez longtemps pour transformer l’horreur en beauté ». L’œil du cinéaste « est celui de quelqu’un qui sait que le blanc et le noir ne doivent jamais faire du gris mais vibrer en flirtant outrageusement l’un avec l’autre, ébahis par la soie d’un coup de langue qui toujours abolit le hasard ».
Et puis, on peut rêver qu’il vous a présenté Lisa, travesti au corps androgyne tout droit sorti d’un de ses films, qu’elle seule saura délaisser la forme en tombant amoureuse de l’essence, qu’elle vous confectionnera un masque de carton pour sortir au grand jour. Et l’on sera comme les autres car « quel visage peut traverser le temps sans devenir un masque » ?
Oui, avec Lisa, on pourrait tendre vers l’absolu qu’on s’est fixé : une relation qui ne serait plus coincée dans « l’alternative : sentimentalité-indifférence » et revendiquer une troisième voie, celle d’un simple partage.
À la réflexion, on peut même décider d’accueillir dans sa vie le cerf qui a causé le dramatique accident de voiture dont on a été la victime. On peut l’héberger, le caresser, le nourrir tel un fantasme de renaissance après les années sombres.
C’est un monde sans Dieu qu’implique le théorème, un monde où l’être se fond dans la grâce d’une parcelle de temps qui s’écoule pour faire toute sa place à l’intensité du moment, un monde où l’individu se laisse simplement traverser par le grand flux sans projection dans l’après. Un monde athée revendiqué. Mais l’est-il vraiment ? Le vide d’Antoni Casas Ros est rempli de cette prodigieuse proximité avec soi-même, solitude acceptée autorisant l’impeccable osmose avec l’instant, et cette faculté – le sait-il ? – est souvent l’apanage des mystiques qui, comme lui, prennent leur envol pour regarder la terre de très haut. Peut-être bien du Ciel, qui sait ?
Cécilia Dutter
Ndlr. À écouter et à lire sur le site de Télérama, la présentation et la critique de Nathalie Crom.
Sur le site de l'auteur, né en Catalogne française en 1972, vous pouvez lire le début de son roman et un entretien avec son éditeur Seix Barral ou il annonce son prochain livre : "Chroniques de la dernière révolution".
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jeudi 3 janvier 2008
Par Revue Littéraire,
jeudi 3 janvier 2008
Héléna Marienské : "Le Degré suprême de la tendresse" Éditions Héloïse d’Ormesson, 210 pages, 19 euros
Bel exercice de style que nous offre la troublante Héléna Marienské. Comme quoi une tête bien faite… vous connaissez la suite ! Bel exercice de style donc, n’en déplaise à son auteur qui revendique là un ouvrage politique et féministe. Si, si, elle y croit et même plus, elle y tient ! Comme ses héroïnes, gourmandes, qui tiennent aussi la chose avant de la croquer… Alors donc, le degré suprême de la tendresse selon Héléna ou selon Dali, macho par excellence, quelques mots savamment choisis pour définir le cannibalisme. Et de cannibalisme ici, il est grandement question ! Du plus doux, du plus suave, du plus exquis ou comment trancher le sexe masculin sans plus d’égard…
Pour résister à l’attentat phallique ou par joie de la dialectique, pour contrer le pouvoir classique ou tout simplement plaire à son public, l’auteur nous offre quelques pastiches plus ou moins académiques traitant d’un sujet singulièrement frénétique.
À la manière de Michel Houellebecq ou les errances de l’homme terne et complexé, souffrant d’une maniaco-dépression car son appendice naturel, au mieux de sa forme, n’excède pas les onze centimètres. Armé d’un sécateur et d’un double-décimètre, il soumet les mâles de couleur à une érection forcée avant de leur tailler la chose bien nette pour éviter tout débordement inutile…
À la manière de Tallemant des Réaux, l’angélique marquise Héloïse séduit un roi mais lui préfère un capitaine de galère bien velu, lequel n’a de cesse de lui ouvrir la bouche et d’y coller ce qu’il ne devrait pas. Bien mal lui en prend, la jubilation attendue se teintant de rouge sang…
À la manière du bon docteur Destouches qui envoie ses compliments les plus recherchés à son cher Roger Nimier, compliments que nous ne retranscrirons pas ici par souci de la bienséance…
À la manière de Jean de La Fontaine qui sut écourter le monument divin d’un rat belliqueux…
À la manière de Christine Angot : « j’avais craché le morceau comme on dit »…
À la manière de Michel de Montaigne ou comment une jolie pucelle se méprit sur les intentions de son vieux mari et croqua de bon appétit la saucisse toulousaine que ce dernier lui offrit pour ses étrennes…
À la manière de Vincent Ravallec, narrant les aventures de Chupa Chups, nouvelle bombe du Crazy Horse qui voit des bandits partout, de Joe Dalton à Philippe de Villiers, et s’empresse de les couper menu…
À la manière de Georges Perec, sans E… ni compassion pour un arrogant phallus à l’obscur fatum…
À la manière d’Héléna Marienské avec talent, un rien de génie et une ironie… MORDANTE !
Stéphanie des Horts
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Par Revue Littéraire,
jeudi 3 janvier 2008
La Revue Littéraire N° 33 (1er trimestre 2008) sera en librairie le 25 janvier. En attendant, et ce sera notre contribution initiale aux délibérations pour la première sélection du Prix@"B", (cf liste complète des ouvrages publiés dans la rentrée d'hiver) voici les 25 livres qui y feront l'objet d'une chronique :
- Patrick Rambaud, Chronique du règne de Nicolas Ier, Grasset
- Yann Moix, Mort et vie d’Edith Stein, Grasset
- Frédéric Roux, L’Hiver indien, Grasset
- Antoni Casas Ros, Le Théorème D’Almodovar, Gallimard
- Alessandro Perissinotto, Mail à mon juge, Gallimard
- Jérôme Garcin, Son excellence, monsieur mon ami, Gallimard
- Louis Calaferte, Direction, Carnets XIV, 1992, Gallimard/L’Arpenteur
- Joël Egloff, L’homme que l’on prenait pour un autre, Buchet-Chastel
- Dawn Powell, Le Café Julien, Quai Voltaire
- Héléna Marienské, Le Degré suprême de la tendresse, Héloïse d’Ormesson
- Sax Rohmer, Le Mystérieux Docteur Fu Manchu, Zulma
- Pascal Garnier, La Théorie du Panda, Zulma
- Stefan Heym, Les Architectes, Zulma
- Cyril Montana, La Faute à Mick Jagger, Le Dilettante
- Annie Saumont, Les Croissants du dimanche, Julliard ; Gammes, Joëlle Losfeld
- Philippe Besson, L’Homme accidentel, Julliard
- Nicolas Fargues, Beau Rôle, P.O.L
- Cormac Mac Carthy, La Route, L’Olivier
- Michèle Desbordes, Les Petites Terres, Verdier
- Eric Chauvier, Si l’Enfant ne réagit pas, Allia
- Laurence Tardieu, Rêve d’amour, Stock
- Claire Vassé, Le Figurant, Panama
- Brigitte Kernel, Fais-moi oublier, Flammarion
- Patrick Raynal, Lettre à ma grand-mère, Flammarion
- Miranda July, Un bref instant de romantisme, Flammarion
La première sélection des Prix@"B" sera de 4 ouvrages pour chacun des 9 prix "B", soit 36 titres. Nous attendons vos propositions.
Pour commencer, puisque Gillou le Fou semble très impatient à ce sujet, je mets en ligne la note de lecture de Stéphanie des Horts sur le livre d'Héléna Marienské : "Le degré suprême de la tendresse". Dans les sélections "B", les livres apparaissent, par principe sans le nom de l'éditeur, comme nous n'y sommes pas encore, je précise qu'il s'agit d'un livre publié aux Éditions Héloïse d'Ormesson. (Billet ci-dessus)
P.S. J'ajoute à la liste un roman que nous avons reçu trop tard et que je suis en train de lire avec beaucoup de plaisir : "Émile et les menteurs" d'Alain Besançon qui paraîtra en février aux Éditions de Fallois.
P.P.S. Je rappelle que nous avons pour principe de ne pas traiter dans la R.L. les ouvrages publiés aux E.L.S.
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