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samedi 22 mars 2008
Par Angie David,
samedi 22 mars 2008
Passionnant entretient accordé par Jean-Jacques Schuhl au magazine de mode Purple (dernier numéro, printemps/été 2008). Il évoque notamment sa manière d'écrire, de faire du montage à partir d'extraits de textes en tout genre. Dans ses sources d'inspiration, à part l'art et la nuit, il cite fréquemment la mode : "Tout est dans la musique. L'inflexion indique non seulement une esthétique mais aussi une morale, ça donne une phrase vagabonde qui évoque quelque chose d'un peu bancal et clandestin. La phrase devient un peu louche, un peu voyou mais pas trop... Le clochard n'est bien qu'un peu aristocratique : pour la phrase pareil! Elle peut choquer mais il faut qu'elle garde un peu de la Tradition. Le haillon de certains groupes pop ou le choc négligé du Duc de Windsor, il faut le balancement des deux... Les vêtements même chose! Gabrielle Chanel et Yves Saint-Laurent, à leur grande époque, ça a été à la fois la déglingue et la rigueur. Avec Saint-Laurent, c'était clair, il reliait l'allure trouvée dans la rue et la tradition qu'il a su casser. La robe qui tient à peine, etc. Dans l'écriture aussi : tout est dans la forme, dans l'allure de la phrase, dans la façon dont elle se profile. Proust utilise la métaphore d'une robe pour parler de son oeuvre, il dit : "Je suis comme un couturier qui coud une robe." Moi, ce serait une robe qui aurait une ligne assez tenue, mais aussi beaucoup de coutures, certaines apparentes, d'autres pas du tout. Mais pas une robe en patchwork : on ne verrait pas tout de suite que c'est épars et hétérogène. (...) Le montage et la composition m'intéressent sans doute plus que l'écriture." Alors, Mode et Littérature?
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vendredi 14 mars 2008
Par Angie David,
vendredi 14 mars 2008
Comme beaucoup de lecteurs de ma biographie sur Dominique Aury ont reproché l'absence d'index à la fin du livre, c'est chose faite sur le site. Vous pouvez le télécharger sur la page d'accueil du livre.
J'espère que cela amusera les lecteurs d'aller voir la liste des noms cités dans cet ouvrage. La cohabitation de ces noms est très amusante. De plus, il est intéressant que le site des éditions deviennent un complément aux livres publiés.
Index Dominique Aury. (Établi par Laura Musseau)
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lundi 10 mars 2008
Par Angie David,
lundi 10 mars 2008

Je viens de lire une des bd mangas de filles, d'une auteur japonaise extrêmement talentueuse. Les dessins sont oniriques et enfantins, mais aussi cruels et absurdes. C'est un mélange de plusieurs contes japonais. C'est splendide. Un cadeau de ma meilleure amie (depuis la NC), Gabrielle, toujours douée pour repérer des oeuvres totalement contemporaines et construites sur une culture. Vous pouvez découvrir tout le catalogue de la maison d'édition qui publie ces petits bijoux picturaux et délirants, Imho.
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jeudi 6 mars 2008
Par Angie David,
jeudi 6 mars 2008
Pour clore cette collection automne/hiver 2008, les deux marques chic et choc, Lanvin et Vuitton, options divergentes dans l'expression du luxe. Lanvin a toujours incarné le summum de l'élégance (pour les hommes également) et Albert Elbaz a choisi, cette saison, d'accentuer le côté "habillé". Robes bustiers et manteaux de satin, des lignes horizontales (frange ou motifs rayés), vision sexy de l'esprit gothy qu'entretient le créateur depuis plusieurs années. Géométrique et dark (n°36/56). Un gros manteau pull absolument ravissant et plus casual (n°9/56). Les noeuds sont très présents dans les tenues (cet été, c'est plutôt dans les accessoires). L'autre ligne qui se dessine est l'allure bustier-pantalon cigarettes noirs, sur stylettos noires à talons hauts. Les épaules sont aussi très dénudées. Posture érotique renforcée par la présence du vynile. En deux mots : c'est très chic. En face, Louis Vuitton utilise les goûts branchés de Marc Jacobs pour atténuer l'effet bling-bling de la marque, tendance que partage Dior (les deux du groupe LVMH). Suite de tenues sobres, jupes noires, pulls en cachemire sur chemise blanche. Très "school-girl" pour faire rêver les japonaises en furie, avenue des Champs-Elysées. Beaucoup de manteaux en cachemire, point sur lequel Louis Vuitton abandonne son air nouveau-riche, pour revenir à l'imagerie des malles sur un quai de gare, dans un film des années 60. Un long manteau splendide à capuche et zip, sorte de couverture retaillée (n°7/50). Au départ, les silhouettes mélangent des couleurs pâles, enfantines, puis s'assombrissent dans des coupes très années 80 (en gros, le pantalon large aux hanches qui se resserrent en bas), poétisées par une fine influence hip-hop. Les coiffures strictes et décadrées sont décalquées des mangas. J'aime ce long manteau fermé par une broche (n°13/50). C'est donc plutôt choc.
Ensuite, plus modestes et pourtant délicates, Miu Miu (petite soeur de Prada) et Nina Ricci. Muccia Prada a décliné le thème du sport-wear, dans des matières surprenantes. Quasiment des combinaisons de plongée. Les caleçons qui s'arrêtent aux genoux, souvenez-vous : les "cyclistes". Toutes les mannequins portent un bonnet noir et lisse, comme ceux qu'imposent les piscines municipales. Je préfère quand elle se rapproche du côté sport féminin avec les robes sweat-shirts, en coton, tout doux (n°14/38). Sinon, elle découpe ces matières épaisses en faisant des grands trous, qui laissent apparaître en arrière-fond le vêtement porté dessous, pour en faire ressortir les couleurs vives (fluos). Le caleçon devient étonnamment utile quand il est porté sous une robe large, protégeant les cuisses (n°33/38). Selon style.com, Muccia Prada s'est principalement inspiré des tenues de jockeys. A l'opposé, Nina Ricci repris par Olivier Theyskens (qui a quitté Rochas quand la maison a fermée). Les robes sont fluides, les hauts volent au-dessus des pantalons strench, des vestes courtes les recouvrent (n°10 & 30/51). Couleurs hivernales allant du vert mousse au marron caramel. Silhouettes androgynes, presque masculines, au début. En dehors d'une sublime robe en velours de princesse médiévale (n°36/51). Peu de manteaux, les robes sont chaudes, longues jusqu'aux mains et aux chevilles. Style hippie et fée des bois, OT abandonne discrètement ses tendances ouvertement gothys pour renouer avec cette façon ancienne qui reste attachée au nom de Nina Ricci. Quand j'étais petite, venant en France pour les vacances depuis la Nouvelle-Calédonie, j'achetais chaque fois en duty free un flacon L'Air du temps pour ma grand-mère, fascinée par le bouchon de ce parfum, deux colombes qui s'embrassent.
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lundi 3 mars 2008
Par Angie David,
lundi 3 mars 2008
Trois des plus prestigieuses marques ont défilé, avec pour point commun la continuité d'un même style.
Une de mes marques préférées est Chloé, DA récemment reprise par Paulo Melim Andersson. Chloé a été façonné par trois créateurs exceptionnels : Karl (dans les années 70 et 80), Stella MacCartney et Phoebe Philo (période que j'ai connu et adoré, il y a 5 ans). Selon moi, le romantisme rock et sophistiqué qu'avait apporté à Chloé Phoebe Philo, a placé cette marque dans le luxe branché. Deux qualités pas toujours réunies. Maintenant, beaucoup de choses sont restées, mais simplifiées. Les robes et les vestes, spécialités de Chloé, sont ravissantes. Des robes imprimé fleuri, en matière floue (Phoebe Philo utilisait beaucoup l'organza), sous de magnifiques vestes ou manteaux, toujours oversize et à la coupe parfaite. Les empiècements et la broderie anglaise ornent les robes, donnant une allure à la fois hippie et dark (n°8/32). Tous les modèles pratiquement se déclinent en bleus foncés et profonds, jusqu'au noir. Les jupes, comme chez Chanel, se portent courtes sous de longs manteaux. Cela est sans nul doute "pretty", mais assez sage.
La grande maison Hermès exposait les modèles dessinés par Jean-Paul Gauhtier (pour la sixième année). Une allure cherokee, jupes à frange coupées en biais, sur bottes en daim étroites. Les peaux et les fourrures sont la spécialité d'Hermès, donc passons sur les multiples cuirs utilisés. L'autre tradition d'Hermès, que j'apprécie nettement plus, le cachemire, qu'il soit manteau, châle, plaid & autres doudous. Gauthier reste fidèle à la maison en variant sur le thème des trenchs, blazers et cardigans. Les silhouettes deviennent elfiques, enveloppées de ces tissus moelleux (n°40 et 41/57). Quelques motifs orientaux viennent rehausser les tons marrons et beiges, marrons et noirs.
Figure incontournable, John Galliano n'est pas un créateur que j'aime personnellement (je n'en porterais pas, ou juste pour faire le show), mais il est intéressant à suivre dans son extravagance. Une chose le rachète complètement à mes yeux, c'est que ses robes ont comme été faites sur mesure pour une amie à moi, sur elle, l'effet est bluffant, somptueux. Sinon, le défilé montre des tenues qui appartiennent plus aux costumes qu'aux vêtements. Entre l'opéra chinois et le néo-cabaret, les couleurs sont franches. Un sublime gilet en cachemire gris pâle arrive brusquement, au milieu de ce carnaval (n°17/53). Option années 80 : les collants opaques flashy (rouge, violet, bleu électrique...) qui viennent contraster avec les tenues, elles-mêmes de couleur vive & opposée. La fin tourne à l'opéra rock et Galliano reste celui qui offre le plus de spectacle (spectaculaire) dans ses créations.
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samedi 1 mars 2008
Par Angie David,
samedi 1 mars 2008
Le défilé le plus attendu est bien sûr celui de Karl pour Chanel. Un carrousel géant présente les mannequins aux côtés d'énormes sac 2.55, de perles et de camélias. Les modèles sont extrêmement soignés, issus d'un savoir-faire exceptionnel. Dans le film de Loïc Prigent, Signé Chanel, on voit le processus d'élaboration insensé qui est mis en oeuvre. Les ouvrières de haut-rang sont responsables des ateliers tailleur ou flou (robes). Karl dessine les croquis et supervisent tout. Des tissus jusqu'à la coupe. Il fait appel aux plus compétents, travaillent avec certains depuis 35 ans, même quand ils sont difficiles à joindre comme la passementière Madame Pousieux. Pour l'automne-hiver 2008, Karl fait une allégorie autour du tailleur et de l'escarpin Chanel. Ceux en tweed chiné sont comme toujours sublimes, enveloppants et courtes, le plus souvent, comme le n°30/57. Des pull oversize sur des minijupes en jean, style teenager. Karl nous montre que l'on peut être sexy l'hiver. Les cols sont très ouverts et les poches ne manquent jamais. Les manteaux noirs recouvrent des mini-robes de soirée, laissant découvrir les jambes recouvertes de collants (les bras, de mitaines) en dentelle à motifs. On dirait les rubans que Chanel utilise pour fermer les boîtes des modèles achetés. Les contrastes traditionnels entre le noir et le blanc, le noir et le beige. Mais aussi le gris perle pour les manteaux et les vestes.
Couturier rock, Alexander McQueen dressent les cheveux de ses modèles comme des flammes statufiées. Quelques combinaison pantalon et beaucoup de robes ou jupes années 50. Celles à bustier sont extrêmement évasées (sous une accumulation de jupons en crinoline), sur des tailles très serrées. Certaines robes longues et moulantes dévoilent des jambes entièrement gainées de cuir (cuissarde ou leggings). Des lignes droites, blanches, grises ou noires (n°21/42). Les modèles sont repris dans des matières plus épaisses (fourrure, velours et grosse toile brodée). Silhouettes qui se raccourcissent tout en gardant leur amplitude. Au fur et à mesure, un thème se devine dans l'abondance des broderies : McQueen s'est inspiré de l'empire colonial anglais des Indes.
Plus discrète, Rue du Mail (reprise de Martine Sitbon) propose des formes rigoureuses et larges. Des robes volantées à bretelles sont très jolies (n°11/44), sur les autres modèles, il y a peu d'ouvertures ou de cols. C'est une variation sur un même style, dans l'allure, comme dans les couleurs. Martine Sitbon a choisi celles des insectes, essentiellement en satin, bleu/vert, violet/bleu, les mordorées. Finalement, la tenue la plus réussie est la première (robe large à col ouvert). Vous aurez compris que je n'aime pas être serrée à la gorge.
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vendredi 29 février 2008
Par Angie David,
vendredi 29 février 2008
Aujourd'hui, deux créateurs (que l'on trouve chez Maria-Luisa), Haider Ackerman et Anne-Valérie Hash, plus une star, Stella MacCartney.
Haider Ackerman crée des modèles très proches en apparence de ceux de Rick Owens. Mais au lieu d'enrouler les corps dans l'amoncellement des pièces de tissu, il les drapent, puis les nouent d'une manière simple et naturelle. Une partie des cuisses est recouverte jusqu'à laisser place aux jambes habillées de leggings mille fois trop long, qui se plissent alors dans une forme rappelant le drapé. Une onde de matières chatoyantes défaites et nouées en même temps.
Anne-Valérie Hash enchaîne une série de combinaisons et vestes dans un imprimé à gros carreaux, gris et orange pâle, façon Oliver Twist. Très géométrique, tout en bousculant les proportions, c'est un peu overdress genre petite robe et fourrure. D'ailleurs, un très joli tailleur court (n°10/35) est fabriqué en peau (ou cuir) de poulain. Je sais pas vous, mais ça me glace un peu.
Stella, enfin, poursuit dans la lignée de ses silhouettes oversize, robes et pulls très larges, des "sweaters dress", ceinturées ou lâches, très baba-cool. Et en même temps sexy, car courts sur les jambes. Un sublime manteau-cape, très écolière (n°14/44). Les longues robes serrées aux épaules et les manteaux à manches ballon dévoilent des imprimés anglais anciens. C'est so british, on l'adore.
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jeudi 28 février 2008
Par Angie David,
jeudi 28 février 2008
Retenons notre attention sur le défilé du plus oriental de nos créateurs belges et flamands, Dries van Noten. Combinaisons et robes en soie imprimée de motifs chinois ou japonais (gravures et estampes). Parfois madras ou cachemire (comme les vieilles écharpes baba-cool). Des gros pull en mailles reprennent quant à eux les couleurs de Klimt, chamarré de rose et beige doré. Mon modèle préféré, une robe imprimée sous une veste en tweed (n°18/59), mais aussi les pulls brodés portés nonchalamment sur des jupons vifs. Droit, mais pas serré, les tenues de Dries van Noten sont toujours confortables (critère essentiel pour les porter ensuite). Dans le choc entre le froid du satin et la chaleur des fourrures, il nous emmène dans les montagnes du Pakistan.
L'autre créateur, Riccardo Tisci pour Givenchy quitte les rivages de Corto Maltese (les ensemble pantalon et caban de l'année dernière étaient à mourir d'élégance), pour une allure plus punk. Fuseau noir ou pantalon vinyle, une kyrielle de chaînes et sautoirs en métal doré autour du cou, le caban juste posé sur les épaules. Plus féminin, moins androgyne, les doudounes vernies donnent un air upper-class (n°21/45). On est plus dans le Givenchy des années 60, que dans les silhouettes garçon manqué.
Puis Karl Lagerfeld (pas chez Chanel) propose des tenues chics en noir, sobres, simplement soulignées de low-boots vernis à lacet. Un manteau bleu années folles (n°12/36). Moins de coup de coeur pour les blazers blancs avec noeud papillon noir. Mais la fin est sublime, robes fourreau rehaussées d'une veste courte et large en strass (n°33/36).
Pour conclure, la tendance à retenir est le corps couvert de matières tendres, chaudes et moulantes, sur tous les bras et les jambes, avec par dessus des vestes amples et hivernales.
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Par Angie David,
jeudi 28 février 2008
Depuis dimanche dernier, les défilés les plus intéressants ont été, selon moi, ceux de Martin Margiela et Undercover. Les lignes de Margiela sont comme d'habitude épurées, les filles ont les cheveux lâchés. Je préfère les tuniques et pyjamas amples & souples, aux vestes trop accentuées au niveau du col (fourrures et bouées de tissu) ou des épaules (carrées type 80). Chez Undercover, les tuniques oversize et les pantalons street-wear accompagnent des silhouettes futuristes, la tête en longueur comme des ET baroques. Galliano pour Dior a volé, pour les coiffures, le style d'Amy Winehouse et Jackie Kennedy. Un peu trop tailleur décliné assez classique, sauf celui en cuir gold (n°35/61) et robes trop rétros.
Ann Demeulemester réussit toujours ses vestes tombantes & déstructurées, notamment une très jolie série cape et manteau en violet. Chacun en pantalon et bottes noirs, ils avancent avec une allure grunge, parfois un peu trop déchiquetée. Pour Balanciaga, Ghesquière est encore plus strict dans ses coupes et ses matières. Retour de la cuissarde qui glisse et imprimés très forts. Ma chouchoute (pour le prêt-à-porter, bien sûr), Véronique Branquinho, utilise des textures fluides et douces, rigoureuses tout en étant confortables. Une veste en cuir à mourir (n°12/43). Des combinaisons leggings sur escarpins. Une veste longue à carreaux (n°32/43). Dommage que les cols ne soient pas plus ouverts, sauf pour les modèles boutonnés (qu'il suffira de dégrafer).
Tout est visible sur style.com
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mardi 22 janvier 2008
Par Angie David,
mardi 22 janvier 2008

Adorant Tim Burton et étant fan de Johnny Deep (l'un allant d'ailleurs avec l'autre), je suis allée à l'avant-première organisée par la revue Positif, au Centre Pompidou, avec mon ami Antoine de Baecque. C'est un absolu chef d'oeuvre, associant Edward aux mains d'argent et Sleepy Allow, plus tout son univers gothique anglais du XIXe siècle. L'image (les décors sont tous réels, sans post-prod) est magnifique, l'histoire fabuleuse. "Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street" est une légende londonienne que plusieurs écrivains ont repris, elle est sans doute inspirée d'un fait divers réel. Succès de comédie musicale à Broadway en 1979, créé par Stephen Sondheim, Tim Burton reprend le thème à l'identique en donnant au récit sa pleine illustration poétique et sombre.
Sweeney Todd est un barbier anglais revenu, après 15 ans de bagne en Australie, condamné injustement par un juge atroce qui voulait lui piquer sa ravissante épouse. Quand il apprend qu'elle est morte, il n'a plus qu'une idée, se venger et récupérer sa fille retenue prisonnière par le juge, devenu son tuteur. Avec l'aide de Mrs Lovett, magistrale Helena Bonham Carter en personnage cupide et menteur. Tombée amoureuse de Sweeney, elle feint d'être sa complice, dans un épouvantable dispositif. La fin est oedipienne, tragique. Pourtant l'humour noir, immoral et parfois burlesque (Sacha Baron Cohen en génialissime barbier charlatan, Sinor Pirelli) alterne avec des scènes d'égorgements spectaculaires. Miss Lovett cuisine les corps des clients tués par Sweeny pour ses fameuses "pies".
Comédie musicale respectée au refrain prêt, le film est chanté par les acteurs eux-mêmes, d'une manière profonde, souvent grave ou effrayante. Esthétique baroque et fantastique, conte pour adultes enfants, romantique et subversif à la fois. La monstruosité est la même, androgyne et trouble (ici, le cannibalisme), que Charlie et la Chocolaterie où les enfants étaient plongés dans un cauchemar acidulé.
Un grand film de Tim Burton.
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vendredi 4 janvier 2008
Par Angie David,
vendredi 4 janvier 2008
Nous poursuivons ici la publication en ligne des notes de lecture à paraître dans La Revue Littéraire N° 33. La première sélection des Prix @ "B" sera publiée le 1er Mars 2008.
Nicolas Fargues, Beau Rôle, POL, 2007, 284 p., 16 euros.
De la part d’un aussi joli garçon que Nicolas Fargues, il est étonnant qu’il ait choisi pour titre l’expression « beau rôle ». Même si elle renvoie à la position que le narrateur est censé occuper, celle d’un acteur pas vraiment star, mais un peu connu quand même pour un film commercial (White Stuff) qui ne lui sied guère. Cet acteur, Antoine Mac Pola, est doté d’une réflexion surprenante sur la géopolitique, l’écologie ou encore les rapports de classes. Difficilement crédible en acteur repenti qui exprime son opinion sur un peu tout, Nicolas Fargues fait peut-être exprès de lui prêter des monologues infinis truffés de lieux communs. Ce n’est qu’un acteur après tout. Les références multiculturelles qu’il développe avec astuce paraissent là aussi un peu douteuses parce que ce n’est pas le propre d’un acteur starlette d’être un puits de science. Comme le héros de Bret Easton Ellis, Victor, dans Glamorama, qui, lui, est absolument à sa place et dont le film qu’il croit tourner est un décor fantôme, une équipe de cinéma est censée le suivre partout : réalité ou délire psychotique de Victor ? Aucune résolution à la fin. Ici, Nicolas Fargues nous projette dans une réalité plus tangible, si ce n’est la dénomination mystérieuse d’un groupe ethnique créole (Antilles ou Océan Indien ?), les Concordines. Il s’agit soit d’une invention, soit d’une ignorance totale de ma part (mea culpa). Victor, chez Bret Easton Ellis, s’exprime dans sa langue "fashion", est adapté au milieu qui l’entoure et baigne entre deux eaux (entre deux Xanax).
Sous le personnage de séducteur dandy voulu par Nicolas Fargues, se cache une histoire familiale particulière : Antoine, le héros, est métis. Sa mère est française et son père est… En tout cas, vient des Concordines. Il n’est pas seulement qu'une vedette désinvolte, mais aussi un homme qui s’interroge sur ses racines. Antoine utilise d’ailleurs fréquemment des phrases en créoles et des mots anglais ou espagnols, traces de son éducation européenne. Au départ, c’est un ancien ami d’école qui le retrouve et lui demande de faire une petite intervention dans sa classe (style Actor’s Studio, sur Paris Première). Pas mécontent de lui, Antoine accepte pourtant avec générosité. Il donne alors son avis sur le cinéma américain et français, sans éviter les écueils de ce genre de discours. Mais une autre chose l’obsède bien plus, une fille qui l’a quitté et qu’il tente désespérément de faire revenir. Elvira, l’inaccessible femme, dont la quête le mènera jusqu’au bout du livre. Après cette preuve de simplicité pour son ancien ami de classe, Antoine retourne aux Concordines, chez son père, avec lequel il entretient une relation houleuse. Lui qui a été élevé par sa mère en France a toujours du mal à trouver sa place dans la famille paternelle. Tragédie classique des métis qui se font rejeter par les deux camps, n’étant jamais vraiment ni d’un bord ni de l’autre. Pour impliquer davantage son personnage, Nicolas Fargues lui attribue des propos assez démagogiques (« Ils sont mille fois plus contemporains que moi ») ou prend fait et cause contre les préjugés sociaux; ce qui rappelle au passage qu’il travaille pour l’Alliance Française. D’ailleurs, selon lui, tout Français devrait s’expatrier quelques années pour échapper au système, et ainsi mieux comprendre l’humanité dans sa différence.
C’est alors qu’apparaît une nouvelle figure féminine, celle d’Aliénor Champlain, actrice, pour le coup, vraiment célèbre. Dilemme bien connu : on regrette la femme qu’on n’a plus et on désire celle qu’on n’a pas encore. Comme beaucoup d’actrices intéressées par l’argent, elle s’est retrouvée dans les bras d’un certain Pierre-Noël Le Fur (ce nom me dit quelque chose), habitué à claquer du fric pour épater la galerie. Plus tard, Antoine exprime son agacement envers la technologie moderne de communication et récite quelques principes des Droits de l’Homme. Il faut dire qu’il a de qui tenir en tant que fils de « Nelson Mac Pola ». Alors Elvira lui revient en tête (est-ce celle qui fit l’objet de son dernier livre : J’étais derrière toi ?). Le problème de la double culture se pose à nouveau : on le traitait de « bounty » quand il était enfant (nom plutôt mignon en soi, c’est bon les Bounty). La France n’est pas non plus ce pays idéal, comme le croient ses cousines, concernant le racisme notamment. Il cite Frédéric Beigbeder et son roman L’Amour dure trois ans. Mais il oublie parfois le contexte culturel dans lequel il se trouve. L’écriture est belle et maîtrisée, les références nombreuses et intéressantes, bien que Nicolas Fargues n’invente pas, comme l'a fait B.E.Ellis, une langue avec ses codes, capable de traduire une culture. J’étais derrière toi avait été écrit dans l’urgence, ici la langue est presque trop appliquée. La fin est romantique, un peu vague. Dans Beau Rôle, tout est bien qui finit bien, malgré le retour possible d’importuns, voire celui de la femme jadis aimée.
Angie David
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jeudi 23 août 2007
Par Angie David,
jeudi 23 août 2007
Je cherchais une bonne occasion pour commencer officiellement à écrire sur le blog des éditions LS. Elle est là, toute trouvée, c'est le premier film de Céline Sciamma, Naissance des pieuvres. J'avais tellement envie de le voir - encouragée sur ce point par Antoine de Baecque - que je suis allée au cinéma, alors que je ne vois les films qu'en DVD. Bien que le mot soit galvaudé, il n'y en a pas d'autres, j'ai adoré. Ce film avait tout pour me plaire (teenage et girly movie sur des jeunes filles découvrant les vertiges de la sexualité), mais il est plus que ça. Céline Sciamma évite les écueils du genre et donne un point de vue sensuel et original, elle est sans aucun doute une des nouvelles grandes cinéastes françaises. Son héroïne, Marie, lui ressemble sûrement beaucoup. Elle est garçon manquée, intelligente et déjà en mesure d'aimer comme une femme. Elle tombe amoureuse de Floriane, la bombe du coin, et est prête à tout pour elle, même à subir la rivalité des garçons (pas très intéressants, juste mignons). Elle délaisse quelques temps sa meilleure amie, celle qui est un peu grosse, mal dans sa peau, avant de la retrouver sur une certitude : elles savent ce qu'elles veulent et sont capables de tout pour réaliser leurs rêves. Floriane reste en eaux troubles, malgré la grâce qu'elle déploie dans les concours de natation synchronisée (où une bonne partie du film se passe, la piscine étant une des seules activités de cette petite ville de banlieue).
On découvre à la fois le talent discret, tout en économie et en justesse, de Céline Sciamma, mais aussi un nouveau visage. Adèle Haenel (qui joue Florianne) est une des filles les plus spectaculaires que j' ai vue depuis longtemps. Elle a cette beauté exhorbitante des adolescentes qui ne connaissent qu'en partie la force de leur pouvoir de séduction, le corps en éclosion, les manières rudes, l'attitude ambiguë. Elle pense être à même de donner tout l'amour du monde, et pourtant elle s'interdit de le faire (l'amour). Encore indéterminée dans ses choix sexuels, elle veut plaire à tout prix et pour ce faire, raconte des histoires. Marie, apparemment moins construite, est en réalité plus sûre d'elle. Elle aime Floriane et le lui prouvera par un acte aussi puissant que pudique. Mais je ne vous en dis pas plus. Il faut aller voir Naissance des pieuvres, au plus vite, et prier pour qu'il soit édité en DVD (ce qui me permetterait de l'intégrer à ma DVDthèque, entre L'Effrontée et Moi, toi et tous les autres).
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