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mardi 1 juin 2010
Par general,
mardi 1 juin 2010
Voici le billet consacré par Anne Sophie Demonchy sur son excellent site : La Lettrine, qui "passe le monde littéraire à la moulinette", à l'attribution du Prix de L'Inaperçu à Conquistadors, ce magnifique livre d' Éric Vuillard qui, avec le temps, grâce aux internautes et à la blogos^hère littéraire, passe et passera de moins en moins inaperçu.
S’il est un roman qui méritait sa place dans les colonnes des suppléments littéraires à la rentrée dernière, c’est bien Conquistadors d’Éric Vuillard (aux éditions Léo Scheer). Mais surprise, ce livre est passé de façon complètement inaperçue dans les médias… Toutefois, les internautes, eux, ne sont pas trouvés et l’on trouve quelques brillants billets sur ce roman magnifique et surtout, très bonne nouvelle pour l’auteur, il vient de recevoir le prix de l’Inaperçu. Lire la suite
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mercredi 26 mai 2010
Par general,
mercredi 26 mai 2010
Le Prix de l’Inaperçu a été remis hier soir à Éric Vuillard pour Conquistadors.
Partant du principe que les trompettes de la renommée ne sont pas à l’abri des fausses notes, ce prix, créé en 2008, récompense un livre qui méritait le tintamarre et n’a rencontré que la ferveur solitaire de quelques happy few. C’est un prix qui veut élargir le cercle, donner à admirer au plus grand nombre ce qui est réellement admirable, contre le mouvement général.
Conquistadors, qui est un grand livre (nous n’avons jamais douté de son destin) était le candidat idéal. Ce Prix de l’Inaperçu 2010 ne passera pas inaperçu, nous en sommes sûrs. Il a même des années devant lui pour prouver qu’il a eu raison, mille fois raison.
Le Prix a été remis au Café de l’Industrie dans une ambiance chaleureuse. L’annonce a été faite par Niels Ahl, notamment en présence de l'éditeur Philippe Picquier (récompensé pour La Plaine de Bi Feiyu au titre du roman étranger).
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lundi 10 mai 2010
Par general,
lundi 10 mai 2010
Un éditeur ne devrait peut-être pas le crier sur les toits, mais avoir un livre dans la sélection du Prix de L'Inaperçu, cela fait particulièrement plaisir. Il s'agit de récompenser les meilleurs romans qui n'ont pas bénéficié de la couverture médiatique qu'ils auraient mérité de recevoir. Certains éditeurs peuvent culpabiliser en se disant qu'ils avaient la responsabilité d'un grand livre et qu'ils n'ont pas réussi à le "faire passer" auprès des medias. Pour Conquistadors d' Éric Vuillard, ce n'est pas le cas. Les journalistes, les critiques l'ont lu, ils nous ont dit qu'il s'agissait sans doute d'un véritable chef d'oeuvre, mais ils ont souvent ajouté qu'ils se sentaient démunis, désemparés devant ce texte, car comment écrire et faire passer auprès des lecteurs une oeuvre qui plane aussi haut au dessus de la production habituelle?... D'autres nous ont expliqué, (ce qui n'est pas faux), qu'ils avaient besoin de beaucoup de place pour parler de ce livre et que cette place n'existait plus dans les medias pour le livre en général...Le Prix de L'Inaperçu vient réparer cette injustice et c'est une bonne chose dont il faut parler.
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mardi 16 février 2010
Par general,
mardi 16 février 2010
Cette semaine, le livre qui pourrait avoir le prix du « la critique ne m’a pas vu » ou la mention « N’a pas eu le buzz qu’il mérite ». C’est un pur chef-d’oeuvre méconnu. C’est sorti en août 2009 aux éditions Léo Scheer. Ca s’appelle Conquistadors et personne ne l’a vu arriver. Personne ne l’a lu ou presque. Évidemment, la critique n’en n’a pas parlé. Lire la suite
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dimanche 6 décembre 2009
Par Léo Scheer,
dimanche 6 décembre 2009
Le Bibliomane évoque Conquistadors à la manière de son pseudo.(1)
"Eric Vuillard nous offre, avec « Conquistadors », un des romans les plus atypiques de cette rentrée littéraire 2009, une fresque grandiose et sordide, pleine de bruit et de fureur, qui ne peut que nous forcer à nous interroger sur la condition humaine, sur ses doutes, ses errements et ses fautes inlassablement renouvelées. Un roman audacieux et lyrique, en forme de tragédie, servi par une écriture puissante, poétique et sensuelle, qui nous met face à nos propres démons et nous incite à réfléchir sur les motivations de nos sociétés contemporaines." Lire la suite
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lundi 30 novembre 2009
Par general,
lundi 30 novembre 2009
Un moment
L'occasion faisant le larron, j'y vais à mon tour d'une bafouille sur Conquistadors, avec l'avantage que des critiques méticuleuses (Ristat, Stalker, Marco) et des commentaires divers me libèrent de la hantise d'en oublier et de la vanité d'être définitif. Les premières m'ont donné envie de lire ce livre, les seconds de le défendre.
Peut-on s'ennuyer à la lecture de Conquistadors ? Certainement. Prétendre l'ennui inévitable est en revanche signe de la pire des stupidités : la bêtise arrogante qui rapporte toute chose à ses insuffisances.
Le jury d'un prix internautique a estimé que Conquistadors est un roman « hors norme » et l'a récompensé comme tel. Passons sur la maladresse du propos – il n'y a d'ambition littéraire qui ne veuille sortir du lot – pour en relever l'intention : souligner que Conquistadors échappe aux tentatives de le circonscrire à un genre. Épopée, roman, poème ? Oui, à la fois et sûrement davantage encore. Un roman historique ? Non, sûrement pas ; et doublement pas, car pas d'Histoire ni d'histoire, rien qui ne file en ligne droite.
Conquistadors est un livre impressionnant, dans son ambition et par la trace qu'il imprime, un livre à l'écriture habitée, presque hallucinée, un livre exténué, aussi, comme ses personnages, épuisant parfois, mais à la litanie prise de vie par des ivresses soudaines, des élans dans sa lenteur, des échappées dans sa circularité.
Éric Vuillard époussette les cuirasses et au bout d'une phrase inaugurale longue comme un inventaire accouche d'un « avançait » qui ébranle depuis l'été 1532 le cortège de Pizarre, des Pizarre et des autres qu'il m'est souvent arrivé de confondre – mais d'une meute, qu'importe de savoir à qui sont tous les crocs ? Le cortège s'ébranle, difficilement. Conquistadors n'est pas un livre difficile mais son souffle (intérieur) n'emporte pas le lecteur ; il n'est pas difficile, il est immobile. Si c'est une épopée, elle ne va nulle part.
Nous sommes à ce point, nous tournons autour, embourbés avant la fulgurante mondialisation de l'or et de la syphilis. Dans un temps circulaire – contre un temps historique – un temps qui nous est coalescent. Dans un tableau du Titien où « tout (serait) soudain pris dans tout, comme si la double comptabilité, l'eau bénite et la porcelaine formaient une seule lave vivante, dont les éléments disparates seraient tenus ensemble par le sang ».
Nous en sommes là , un lieu, un temps : le moment ; l'événement, après lequel « il n'y aurait plus de terre promise », « de royaume rêvé », « d'Éden sauvage », mais l'unité du monde, notre monde, d'où le roman s'écrit, quand les idoles ont été fondues dans les coffres en minuscules lingots, qu'une cabine se loue 1,50 dollar aux thermes de Pulcamarca. Là -maintenant où, depuis, l'avenir serait écrit, et le passé aussi « car nous ne saurons jamais ce que les événements ont enfouis sous eux. Ils se labourent seuls, sans cesse. » Et encore : « Les événements brûlent leurs racines. C'est de ça qu'ils se chauffent. »
Devant ce labour, à ce foyer, nous sommes tenus pendant qu'il est trop tard : nous avons le temps. Le temps, matière du livre. Dans le sang, la boue, la neige. Et l'or « qui allait les décevoir. » L'or en sa quintessence et non sa quête – au sens d'une progression. Pas de sens : « Les événements appartenaient à la même fourrure dont le monde se couvrait le corps (...) Mais le sens ne voulait pas être approfondi. Rien ne voulait être compris. La vie circule et danse. » Plus que des hommes de leur temps, les conquistadors sont des hommes du moment, ce moment dont ils ont la chair et l'étoffe. Ils ne sont pas des colonisateurs qui inscrivent leur projet dans le temps, mais des conquérants engagés par une geste abominable à laquelle seul le mirage de l'or donne un mirage de sens.
Nous sommes à un point aveugle, littéralement sidérant, qu'un des Pizarre ressent aussi confusément, constatant que plus une règle ne vaut, à tel point qu'un nègre peut trôner en litière sur un royaume vaincu. « Les mots restaient là , comme des pierres. Il y avait quelque chose d'inexistant dans les mots. Une fente secrète où il ne pouvait glisser son haleine et sa rage. »
Nous sommes à ce moment qui travaille en nous, dans sa succession et dans sa permanence, à « l'envahissement du Nouveau Monde » que Levi-Strauss oppose à sa « découverte ». « La destruction de ses peuples et de ses valeurs » qui, dit celui-ci, appelle encore « un acte de contrition et de pitié », quand, écrit Éric Vuillard « les Indiens, les péons, les nègres durent pour la suite des temps demander pardon du péché commis au détriment de leurs races. » (En épigraphe, en épitaphe, il place : « GLORIA VICTIS ! »)
La sidération est pour le lecteur un moment d'envoûtement. J'ai lu Conquistadors comme dans un rêve ; j'ai rêvé avec Vuillard. Éric Vuillard a rêvé la conquête et les conquistadors se lèvent de son rêve. « Au matin, tels des cadavres les hommes surgissaient lentement de la terre. » Et comme dans un rêve, il ne soutient pas la réalité en entier, se passe de grandes descriptions, de contexte, de chronologie, se concentre sur des impressions, des sensations, esquissant les nuages d'un ciel changeant.
Les conquistadors ont leurs raisons pour avoir quitté l'Espagne. Petites raisons : une mule, un cochon, un couteau. Mais de fait ils sont appelés : un destin doit se réaliser. Pas question bien sûr de nécessité historique, ils sont appelés a posteriori, par le rêve de Vuillard dont ils sont en quelque sorte possédés. D'où leurs exploits insensés : « Pendant que Pantagruel construisait le pont du Gard et les arènes de Nîmes en moins de trois heures, Pizarre faisait crouler un empire en moins de deux. » Une bande de coupe-jarrets défait une armée ; ils le peuvent parce qu'ils le doivent, c'est leur destin. « Après vingt-cinq ans passés à le pourchasser (Pizarre) faisait enfin face à l'adversaire qu'il s'était créé. »
Dans le moment, s'infiltre le souvenir d'un baiser, la saveur d'un fromage. D'un ailleurs plutôt que d'un passé. N'ont-ils pas toujours été où les Indiens les attendaient ? A peine subie, Atahualpa se souvient de sa défaite. Vague souvenir, comme un songe : « Elle semblait réaliser un désir, obéir à une révélation très ancienne qu'on lui avait dite, mais dont il ne se souvenait plus ». Les Espagnols conquièrent sans découvrir, dans un « déjà vu ». Leurs futurs exploits ont déjà été chantés « dans une cour d'auberge à Caceres ou à Burgos ». Ils sont déjà venus, ils ont déjà vécu. Éric Vuillard les rappelle, les ranime.
Le moment convoqué les réveille ; ils sont à jamais de ce moment, c'est le leur, ce moment sur lequel ils règnent comme des dieux. « Pizarre nommait les rivières, les collines, il donnait aux lieux les noms de l'avenir. » Dieux gibbeux : Roi-chèvre, dieu de corne, scorpion des collines, petits génies des foins dans ce « désordre des temps ». Petits dieux jaloux dont les états d'âmes flétrissent dans l'ombre tutélaire du « Dieu sévère de Moïse », celui « des retables et de la lumière qui recueillerait des pluies d'or ». Petits dieux et leur terrain de jeux, comme des enfants dans la toute-puissance. « Ils bramaient leurs déclarations au nez de peuples qui ne les entendaient pas ; ils s'adressaient aux mouches, aux tarentules, aux perroquets. »
Pour quel dessein ? « Étaient-ils venus de si loin pour réaliser en tous points les prophéties d'un peuple ? » Ils ne sont là que pour eux. Rien d'entièrement humain ne les meut. Qu'ils soient de notre espace-temps ne nous les rend pas plus proches. Bien « qu'un immense plateau dénudé nous sépare de ce qu'ils pensaient, craignaient, complotaient », les Indiens nous sont moins étrangers qui, comme nous, sont spectateurs de ces Espagnols caracolant, cavaliers de leur apocalypse. Les Indiens : « Mais qu'ont-ils vu au juste ? Ils ont vu ce que l'on rêve de voir. La fin. » Car : « Je ne verrai jamais un monde qui s'écroule, pense chacun de nous. Mais au fond, c'est notre grand désir : pieuse et brutale fin des temps. Et voilà qu'un peuple l'a vue. Il faisait beau. Le ciel était clair et l'air frais, lorsque défilèrent les armes rutilantes. »
Les conquistadors sont à la fin. Pour vivre ces nuits quand « la crainte et le désir du lendemain ramènent à nous les pensées enfouies. (...) Peut-être ne devient-on conquistador que pour ça. » Et à la fin du monde, ces types font froid dans le dos. Dans l'entropie de l'événement, ils se déchirent. Pour les Indiens « assis sur les gradins naturels de cette arène de collines », le match est disputé « et la tête d'Orgoñez passe de mains en mains comme un ballon de cuir. »
Le plus humain des cavaliers d'Apocalypse, c'est Almagro, l'homme à contretemps qui, arrivé plus tard, arrivé trop tard, n'est lui pas tout à fait du moment, mais de sa répétition (perte de l'innocence, nous dit Freud), rêvant qu'il aurait pu le partager dans une fraternité enfantine. « Peut-être ne reste-t-il des choses accomplies que les rêves tristes », se demande-t-il. Dans le regret du monde, de prolonger sa fin, proroger l'événement de la fin, il implore « un moment, juste un petit moment ».
nic le 30 novembre 2009
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dimanche 29 novembre 2009
Par Léo Scheer,
dimanche 29 novembre 2009
Nous avons évoqué ici les articles élogieux consacrés à Conquistadors, dont celui de Stalker, qui n'a pas pour habitude de nous ménager. Il n'y a donc pas de raisons de passer sous silence les critiques de ceux, qui, à l'opposé, semblaient jusqu'à présent nous avoir à la bonne, comme Discordance (l' "article" de Trots) et les commentaires qui l'accompagnent, tel celui ci : Lire la suite
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samedi 31 octobre 2009
Par Léo Scheer,
samedi 31 octobre 2009
Dans le N° 362 de novembre de artpress, un court mais remarquable article de Céline Gailleurd.
Conquistadors naît dans le feu, l'or, la poudre et le sang. Le récit s'ouvre en 1532 sur la conquête du Pérou. Il retrace la destruction de l'empire Inca par Francesco Pizarre accompagné d'une poignée de guerriers espagnols. Ce roman d'Éric Vuillard s'inscrit dans la continuité du Chasseur (Michalon, 1999) de Bois vert (Léo Scheer, 2002) et de Tohu (Léo Scheer, 2005), jusqu'à son premier long-métrage Mateo Falcone'' (2008, d'après la nouvelle de Prosper Mérimée), tous traversés par une même tension nerveuse qui naît de l'attente.
Traquer l'inconnu, se sentir face à face avec l'étranger, freiner la montée du carnage et voir comment le corps réagit dans l'épaisseur du silence, se laisser bruler parl'attente d'un événement inouï, d'une présence invisible, voilà ce que recherchent ces personnages.
L'écriture d'Éric Vuillard, comme lorsqu'il filme, est un coup de couteau qui ouvre l'intérieur pour mettre la matière à nu. Le récit de la conquète n'a rien d'un témoignage historique, il est bien plus que cela. Il renouvelle les voies habituelle qu'emprunte l'épopée.
D'une densité rare, le texte va à l'essentiel. Il relie, sans cesse l'Histoire à l'intime. Il tresse le destin d'un homme, Pizarre, avide, féroce, mais aussi vulnérable, au devenir du peuple indien. Il dit la soif de conquête mais aussi la peur, l'attente, la solitude du corps, donnant aux gestes de ces mercenaires espagnols une beauté envoûtante et religieuse. Il raconte ce qui en eux frémit ou se brise. Alors même que ces guerriers analphabètes, "pour la grande chasse à Dieu", ravagent la terre, fouillent le ventre des hommes et portent le feu, il rend sensible ce qui sans cesse leur échappe. Il donne à leur errance, au fracas de la destruction, une portée métaphysique. Un livre d'une vitalité unique.
Céline Gailleurd. 1 novembre 2009.
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vendredi 23 octobre 2009
Par general,
vendredi 23 octobre 2009
Sur le site La littérature du sous-sol de Marc Séfaris,(Ici, on parle littérature, mais ça se passe dans le sous-sol parce qu'on n'a pas été invité au salon.) cet excellent article consacré à Conquistadors d'Éric Vuillard.
Mirifiques déroutes
Conquistadors d'Eric Vuillard n'ira pas conquérir les grands prix littéraires de l'automne, question de réseaux, d'époque _ c'est pareil. Mais voilà une oeuvre à la densité peu commune, grave et escarpée comme une épopée, agile comme un roman, belle et fulgurante comme un poème. Lire la suite
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mardi 13 octobre 2009
Par general,
mardi 13 octobre 2009
Après L'or., prélude à Conquistadors d'Éric Vuillard publié sur Stalker, voici le billet consacré à ce livre par Juan Asensio aujourd'hui 13 octobre 2009 (Les exergues sont à la fin du texte) :
"L'or, ou la sangre del dios Sol
Au commencement, il y a l'or. C'est lui qui, par sa souveraine puissance, créa Dieu pour se donner un rival moins éclatant et contempler ainsi sa munificence dans son miroir infini. L'or, voyant que sa création était belle, décida qu'elle manquait d'un être qui serait capable de partir à Sa recherche, de Le traquer durant des années, sans avoir peur de fouler des terres inconnues ou de s'enfoncer dans les profondeurs obscures de la terre, où il se repose depuis des millénaires. Alors l'or, qui est Dieu et plus que Dieu, créa l'homme, un être insatiable, dévoré par la faim et la cupidité, qui n'aurait de cesse de vouloir Le posséder et en parer sa compagne avant de retourner à la poussière de laquelle il vient. L'or créa l'homme pour qu'il Le cherche et Le trouve et je ne sais s'Il vit que cela était bon.
J'ai écrit ces quelques mots, comme par amusement, alors que je venais de commencer ma lecture de Conquistadors, le magnifique quatrième roman d'Éric Vuillard, puis j'ai noté ces lignes écrites par l'auteur (pp. 144-5) : «Le premier jour, Dieu avait séparé la lumière des ténèbres et il avait nommé la lumière or et les ténèbres fer. Il n'y avait pas eu de second jour.»
En quelques mots, l'écrivain a ramassé le sujet de son livre, qu'il déroule en plus de quatre cents pages de poésie, d'effroi, de beauté et de violences. Dieu. L'or. Le fer. Dieu que tour à tour les conquistadors insultent, prient et implorent, veulent posséder dès qu'il se matérialise sous forme d'or, cet or que, cinq cents ans avant les Incas, les indiens Mochicas affirmaient être la sangre del dios Sol. Dieu qui paraît aux conquistadors plus lointain encore que ne l'est leur patrie et les femmes restées dans leur maison. L'or, l'or divin (cf. p 57), l'or omniscient, omnipotent et invisible (cf. p. 50), idole dont le culte sanglant (cf. p. 114) transcende les époques («Mais, bientôt, il n'y aurait plus de Terre promise où disperser nos tribus. L'unité du monde ferait fondre les idoles et les vouerait à terminer leur vie minuscule en lingots dans les coffres de la couronne», p. 61), l'or qui est devenu aux yeux des conquistadors un mirage de plus de réalité que leur propre vie en Espagne, lorsqu'ils n'avaient encore point quitté leur pays âpre et violent, l'or que l'on dirait avoir été extrait des ténèbres chaudes de la terre par la seule ténacité d'hommes dignes d'être peints par Goya (cf. p. 63 : «Pareils sont les tableaux de Goya. Des hommes taillés dans le charbon. Un mouvement de panique, une charnière. Ils vivent d’une satisfaction très forte mais fugace. Ils ne partagent rien, le soir ils s’allongent dans l’herbe rase. Après le repas, ils se rincent les mains dans la terre»). L'or qui, comme Dieu, ne peut être représenté puisque même la vue de montagnes d'or ne donne aux conquistadors qu'une seule certitude : l'or, ce n'est pas encore cela, Il se cache, Il ne peut pas simplement se réduire à ces objets de la vie quotidienne ou bien réservés au culte des dieux, Il ne peut même pas se calculer, se chiffrer ou se déchiffrer; en fait, comme Dieu, l'or n'est absolument rien d'étant. Son empire est infini et tous les hommes de la Terre, mis les uns derrière les autres pour constituer quelque interminable colonne de chiffres et de servitude, d'avarice et de cupidité, n'en constitueraient qu'un unique maillon (cf. p. 157). Le fer enfin qui est l'âge, et la matière, et l'instrument des hommes pour amonceler des montagnes d'or et, peut-être, parvenir, par la force, à contempler quelque écaille d'un or spirituel (puisque «Celui qui cherche Dieu verra une écaille de soleil», p. 163), Dieu peut-être ou sa trace, dont le métal précieux n'est pas même le symbole mais l'incarnation mauvaise, grotesque, impérissable et pourtant née de la terre et y retournant. Cet unique et monstrueux jour de la création enfin, qui paraît se consumer dans sa giration, dans une gyre qui, à la différence de celle de William Butler Yeats, ne s'élargit pas sur sa propre base, accomplissant ainsi des révolutions qui embrasent de nouveaux mondes, font naître de nouveaux destins, fécondent de nouvelles âmes. L'or et le fer sont liés, moins par quelque décision d'archonte ou de démon que par la mystérieuse alchimie d'un temps qui n'obéit pas aux lois de la physique. Lire la suite
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dimanche 11 octobre 2009
Par Léo Scheer,
dimanche 11 octobre 2009
Sur son site : Strass de la philosophie, Jean-Clet Martin reprend deux extraits du remarquable fil de commentaires de l'article de Jean Ristat sur Conquistadors. (Sur le même site, un billet signé Pierre Vinclair sur : "De quoi un retour à l’épopée, aujourd’hui, peut-il être le retour ?" à propos de "la structure personnage-intrigue-narrateur qui donne sa forme au roman".
Regards croisés à propos du roman "Conquistadors" d'Éric Vuillard.
jcm :
La langue de Vuillard charrie comme une durée minérale. Elle s'inscrit en la lenteur d'un temps qui ne passe plus, un temps larvaire, un temps délayé de phrases précautionneuses, instantanées, brèves, semblables à des plages d'éternité. S'y ouvrent les pustules crépitant le visage de ceux que la maladie infiltre sans leur laisser aucun espace. On dirait le rythme d'une foulée ralentie dont la succession se trouve suspendue, auréolée du galop du cheval, du sifflement des épées pour fendre la chair tout au long de la vapeur des forêts avec la lune qui ne passera plus, déposée là dans le présent végétal de la lecture, entre l'éclat des yeux ébahis. L'Autre, les conquistadors ne sauraient "Lui" laisser place sous l'enceinte de leur tête étroitement casquée. Existait-il aux yeux du Dieu qui l'immole. Dieu aussi a son Autre... ... ...Lévinas renversé (pardon du raccourci posant très autrement l'Autre). Je me disais donc que si, entre les doigts, ça se passe très vite, grain par grain, le sable lui-même ne passera pas, il se dépose, et reste là , pour toujours, au fond, avec des vestiges et des casques et des os et... Je me disais aussi : au fond, l'Autre, l'étranger, il est tout près de nous, de l'autre côté d'un océan. Pas besoin de l'infini du Dieu cartésien pour se donner un extérieur et échapper au solipsisme. Je trouve que le rythme, le style de Vuillard nous font penser ainsi un autre monde, mais très ici pourtant. Une torpeur! Je me disais à moi même que ce serait très intéressant de lire Vuillard au moment où le livre s’était ouvert à mes mains. Je suis finalement très impressionné par le rythme de la phrase qui produit de la lenteur parce qu'on n'a pas besoin de mémoire, chaque geste étant comme posé dans l'instant. Là où la mémoire est mobilisée, c'est plutôt dans le passage de l'une à l'autre, comme par des sauts qui donnent le sentiment brusque de la bataille, voire d'un ensemble vaporeux, statistique, stochastique. Et cela vous expulse dans un fond immuable, presque hors du temps, fossilisé.
C'est ce que j'ai voulu dire. Mais ce n'est qu'un effet ralenti, un ressenti de lecteur...
Alain Baudemont :
Ils sont les dormeurs du val qui ne goûteront plus jamais la beauté du dormir sous le soleil, et exactement dans le vert printanier (...) plus jamais la Mère-Nature, qui s'en balance comme de son premier buisson, ne bercera, ne réchauffera ces corps brisés, ces corps mélangés de chair-ferraille, ces corps, tous terriblement vautrés dans l'herbe rouge (...) ils sont tous morts, ces allongés soldats de fortune, tous morts, et rien, pas le moindre effet de luminosité jaune ou de petit rayon doré de Soleil, Lui, toujours présent, ne réchauffera, ils sont morts, tous, et déjà froid (...) La mort, c'est froid, la mort, c'est le silence, la mort, c'est rouge, dira, en aval dans le temps, mais d'où rien de la pire violence ne se sera amenuisé, un certain Colonel Chabert, souvenons nous, un Colonel d'Empire, décrivant une autre bataille, une autre folie conquistadore (...) à son avoué, Maître Derville, totalement ébahis. Oui, pour être en accord avec jcm, qui n'a pour son commentaire absolument pas thor, oui et d'accord avec jcm, excellent observateur (coutumier en droit) des choses et des mots, et qui a raison de souligner qu'extrême et ahurissant est cette solitude soldatesque "déposée là dans le présent végétal de la lecture", extrême et médusant est "cette succession suspendue", extrême et stupéfiant ce quelque chose "qui ne passe plus", et aussi bien suis-je moi même abasourdi, ahuri, déconcerté, ébaubi, éberlué, ébloui, ébouriffé devant cette redoutable précision du Narrateur, qui m'assène qu'ici dans ce champ de folie pure, l'homme est cerné, inéluctablement collé, sans issue, incarcéré comme en forteresse, à cette force primordiale, à cette Mère-Nature qui l'entraîne dans le néant. Le noir absolu. Ainsi, dans cet absolu néant, dans cet implacable mur végétal ou inexorablement disparaît l'Homme, et pour ne pas y demeurer, il avait fallu faire fente, part et dans l'écriture, fendre, par conséquent faire ouverture, mais sans se tromper, mais quoi, au juste (...) il avait fallu faire vortex "entre l'éclat des yeux ébahis", il avait fallu absolument trouver un passage, le passage, en quelque sorte, il avait fallu se téléporter par et dans l'écriture, retrouver une sorte de trésor perdu, retrouver "le vrai trésor" et pour ainsi dire retrouver les lumières d'étoiles (...) par extension, trouver ce Doré des Lumières "À présent que je crois fermement, très excellent Roi et seigneur, que pour moi et mes compagnons, vous n'avez jamais été rien d´autre qu´un tyran cruel et un ingrat".
Je me moque de savoir comment bien lire le Vuillard des conquistadors, de savoir comment bien lire le narrateur-Vuillard à la plume dorée, pourvu que je lise, moi aussi, et avec Lui.
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mardi 6 octobre 2009
Par general,
mardi 6 octobre 2009
J’ai fini le roman d’Eric Vuillard. J’ai pris mon temps. On a parfois le sentiment de lire un livre important, et c’est le cas, je pense. Et cela, indépendamment du J’aime/j’aime pas. Les romans disons historiques, je déteste ça, à vrai dire. Je n’y trouve pas mon compte. Sauf que dans ce cas précis, je me suis dit : c’est quand même quelque chose ce roman.
On l’a déjà dit ici ou là , c’est un récit ambitieux. Eric Vuillard ne fait pas semblant, il vous fiche une claque de 450 pages, lourde, la claque, et pas une page ne semble l’ignorer. Vuillard est là derrière, il ne se laisse pas oublier, il en met plein la vue.
Sa prose est spectaculaire. D’abord, elle donne à voir, on pense aux scènes de bataille, évidemment, bien que cette dimension spectaculaire anime chaque détail. Elle donne à voir donc, mais aussi, elle se donne à voir. Il fallait quand même oser une prose pareille, style Siècle d’Or. Certes le style convient peu ou prou à l’époque relatée, et il fonctionne à plein régime, mais le code ne nous laisse jamais oublier que tout cela, gloire des conquêtes, goût du rutilant, a vécu. La prose d’Eric Vuillard est le siège d’un paradoxe : elle charme violemment, fascine, et nous tient à distance. Elle est à la fois le moyen de la fascination, et son antidote.
D’ailleurs cette magnifique prose épique est régulièrement sabrée par le narrateur. Je pense aux passages soudains à la première personne, Eric Vuillard semble nous parler de lui, de lui à la lumière (sombre) des protagonistes. Dès lors fini le vernis épique à la troisième personne. Le tableau se craquelle, la tapisserie se déchire, il y a quelqu’un derrière.
Et puis aussi, parfois, le style brutal, énergique, visant haut, usant de périodes belles et imposantes, se casse la gueule, par l’usage d’une familiarité, ou d’une référence contemporaine. L’effet est le même, à mon sens : l’épopée est alors minée par la dérision, délectable dérision.
Et puis enfin, si l’on ne s’attarde pas, dans Conquistadors, (la prose se presse, avance, inéluctablement, et nous tient en haleine, aux côtés de ses barbares qui n’en finissent pas d’avancer vers on ne sait quoi ) se creuse une espèce d’écart monumental entre la Haute Langue et la toujours plus grande déchéance des « héros ». Leurs essoufflements, leurs incertitudes, leurs détresses, leurs violences, ne nous apparaissent jamais autant que lorsque la langue se veut encore belle. Moins elle s’essouffle, plus le désir au cœur du récit semble s’éparpiller, perdre sens, et but. Moins elle s’essouffle, plus elle se montre , agissant, comme je le disais plus haut, comme un véritable outil critique.
Et c’est bien ce que semble nous demander Eric Vuillard, j’espère ne pas me tromper : de considérer cette période troublée, non pas pour simplement cultiver l’autoflagellation de la bonne conscience, mais aussi pour observer, étudier ce qui nous entoure, bref pour rendre le lecteur à même de penser le contemporain.
De passer par une langue datée pour éclairer le présent, c’était un beau pari. Je crois qu’Eric Vuillard l’a réussi.
Mais je dis ça je dis rien...
Yannick, le 5 octobre 2009, sur le blog des ELS.
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lundi 5 octobre 2009
Par Florent Georgesco,
lundi 5 octobre 2009
Pour continuer de jouer les speakerines, après la remarquable intervention de Gabriel Matzneff vendredi soir, j'ai le plaisir de vous signaler la participation d'Éric Vuillard à Tout arrive, l'émission d'Arnaud Laporte, aujourd'hui, à 12 h 50, sur France Culture.
P. S. On peut écouter l'émission ici.
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dimanche 4 octobre 2009
Par Léo Scheer,
dimanche 4 octobre 2009
Ne le trouvant pas sur le Net, je reproduis ici le très bel article de Jean Ristat dans Les Lettres Françaises du 3 octobre 2009 Nouvelle série N° 64.
Florent me signale que l'article est en ligne ce matin (lundi 5 octobre) Ici. Je rappelle qu'Éric Vuillard (rare aussi dans les media) est l'invité de Arnaud Laporte et Laurence Millet dans leur émission "Tout arrive", aujourd'hui lundi 5 octobre à 12h 50.
"Une épopée à la gloire des vaincus."
"Éric Vuillard est un auteur rare. J'ai dit, en 2006, tout le bien que je pensais de son roman, Tohu. Il vient, en cette fin d'année 2009, de publier un autre roman, Conquistadors, qui confirme mon sentiment d'alors : Éric Vuillard est un écrivain avec lequel il faut compter désormais. Il a pris son temps, et il a bien fait : Conquistadors est un grand livre qui ne laisse pas le lecteur intact. Lire la suite
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jeudi 1 octobre 2009
Par Léo Scheer,
jeudi 1 octobre 2009
Nous sommes particulièrement heureux de voir apparaître sur le site des Chroniques de la rentrée littéraire le premier billet dans la blogosphère consacré au livre d'Éric Vuillard : Conquistadors. (L'ouvrage est sélectionné pour le prix des bloggeurs). L'auteur sera l'invité d'Arnaud Laporte et Laurence Millet dans leur émission sur France Culture : Tout arrive, le lundi 5 octobre entre 12h50 et 13h30.
En attendant voici la Chronique de Vincent Wackenheim pour les C.R.T
"Notre imaginaire se nourrissait jusqu’à ce jour, en matière de conquêtes espagnoles, et de destruction des cultures précolombiennes, de quelques vers des Conquérants de José Maria de Heredia, (« …routiers et capitaines, Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal. » etc. etc.), de la gueule de Klaus Kinski dans Aguirre, la colère de Dieu, voire, pour les nostalgiques, des costumes de Tintin, du capitaine Haddock, ou de Tournesol sur le bucher dans le Temple du soleil. On croyait en avoir fini avec cette épopée-là .
On pourra désormais ajouter Conquistadors d’Eric Vuillard sur nos étagères, tant ce roman devrait marquer cette rentrée littéraire de son souffle, sa violence, son or, sa langue – aussi par la naissance de l’homme moderne qui se passe de Dieu, car devenu son égal, mais par la destruction. Lire la suite
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vendredi 4 septembre 2009
Par Laure Mazzega,
vendredi 4 septembre 2009
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jeudi 3 septembre 2009
Par Léo Scheer,
jeudi 3 septembre 2009
Pour une oeuvre comme celle d'Éric Vuillard, la conquête des medias est une expédition aussi rude que celle décrite par lui dans Conquistadors. C'est une question de raréfaction de l'air et de difficulté à respirer à partir d'une certaine altitude. Chaque ligne imprimée dans la presse sur ce livre m'enchante; surtout lorsque ce sont des mots comme ceux de Claire Julliard dans le Nouvel Observateur d'aujourd'hui. Elle écrit :
"Éric Vuillard signe un quatrième roman d'une prodigieuse intensité. Non pas un roman historique mais un livre sur l'histoire, une réflexion sur la guerre et le pouvoir, un livre de moraliste d'une portée universelle. "On y voit s'ouvrir la tragédie de notre monde, celui où nous vivons, par un grand fait divers où la mappemonde, Dieu, l'or et la poudre se rencontrent."
Le résultat est une longue procession funèbre, une épopée de sang, de boue, d'une beauté sordide. Le récit d'un vertige et d'un désenchantement."
Ces quelques lignes sont très importantes pour moi car elles démontrent que la grandeur et la beauté de la littérature française peuvent encore toucher les critiques littéraires, et que tout cela n'est pas aussi "mort" qu'on le dit trop souvent.
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samedi 29 août 2009
Par Léo Scheer,
samedi 29 août 2009
Je pense qu'on va beaucoup entendre parler de Conquistadors le roman de Éric Vuillard et qu' une autre épopée, celle que connaîtra le livre dans les media, commence aujourd'hui avec l' article de JEAN-CHRISTOPHE BUISSON dans le Figaro Magazine qui a trouvé ces trois bonnes raisons de lire cet ouvrage exceptionnel.
L'HISTOIRE La folle quête de l'or des conquistadors espagnols au Pérou et au Chili au XVIe siècle. Comment ils tuèrent des milliers d'Indiens puis s'entretuèrent avec la même allégresse pour garder pouvoir, richesse et territoire. Des Andes glaciales aux lacs de sel en passant par la forêt amazonienne et les plages du Pacifique, un récit aux éclatantes couleurs sang et or.
LES PERSONNAGES Tu es une civilisation mais au fond, tu es seul... Comme dans le film hallucinant de Werner Herzog Aguirre, la colère de Dieu, derrière leurs casques et leurs armures de fer, les frères Pizarre (et leurs compagnons) souffrent d'être éloignés de leur terre, de leur famille et des valeurs chrétiennes qu'ils sont supposés incarner. L'érudit Eric Vuillard creuse avec beaucoup de finesse leur psychologie, comme celle des empereurs des civilisations locales écrasées sous les sabots des chevaux de ces Huns d'Espagne égarés chez les Incas.
LE STYLE Alternant scènes de bataille parfois dantesques et errances propices aux réflexions mi-amères mi-mélancoliques et aux remords, Conquistadors n'est pas un roman historique « classique ». Plutôt une balade littéraire : pas, trot, galop, les ruptures de rythme sont nombreuses et parfois déroutantes. Mais quel souffle !
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jeudi 20 août 2009
Par Léo Scheer,
jeudi 20 août 2009
Après : Au commencement est le lecteur, Le Représentant : le "maquignon" de l'édition, Le stakhanoviste du stylo rouge, L'Editrice, guide et chasseur de textes, Le Monde des Livres de ce 20 août consacre, sous le titre : Attaché de presse, l'ultime maillon son 5e article sur les métiers de l'édition, il est signé par Christine Rousseau.
Attaché de presse, l'ultime maillon.
Après vingt-cinq ans passés à exercer un métier aussi ingrat qu'exaltant, rien ne semble avoir émoussé l'enthousiasme d'Anne Procureur. Tout juste l'attachée de presse des éditions Léo Scheer est-elle intimidée par la perspective d'un entretien, d'ordinaire réservé à ceux qu'elle défend : aujourd'hui, c'est à son tour de passer à la question pour évoquer une profession qui lui a ouvert de multiples univers et permis d'assouvir sa passion pour la littérature, la peinture et le cinéma. Une passion transmise dès l'adolescence par ses parents. Lire la suite
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jeudi 9 juillet 2009
Par Léo Scheer,
jeudi 9 juillet 2009
Avec Conquitadors, Éric Vuillard rend à la littérature sa grandeur et au langage, à l'écriture, leur puissance d'évocation qu'aucune image ne pourra jamais égaler. Èric est un ami et j'aime beaucoup rire et bavarder avec lui, nous partageons un repas de temps en temps, nous sortons parfois ensemble. Il vit à Vannes, un peu reclus et n'aime pas trop venir à Paris. Je crois bien le connaître, pourtant, quand je lis son texte, j'ai l'impression qu'un alien s'est emparé de lui. A la lecture, je l'entend, j'entends sa voix, je vois ses gestes, ses mains qui virevoltent, son visage se hausser, le ton s'amplifier et les yeux s'ouvrir grand; cependant j'ai la certitude que quelque chose, que quelqu'un, que je ne connais pas traverse le texte et surgit, presque inhumain. J'en sors époustouflé et un peu groggy, comme si j'avais été pris trop longtemps dans une tempête. Depuis que j'ai rencontré Éric Vuillard, c'est à dire au moment où j'ai créé ma maison d'édition, j'attendais ce livre. Je l'attendais de lui. Aujourd'hui il est là . Imprimer mon nom sur sa couverture donne un sens à toute cette aventure car je sais qu'elle restera là pour longtemps.
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vendredi 3 juillet 2009
Par Léo Scheer,
vendredi 3 juillet 2009
Cher François,
merci pour votre lettre amicale qui permet de rétablir quelques erreurs d'interprétation que j'ai pu commettre et qui concernent nos deux démarches (dont j'ai toujours pensé qu'elles étaient tout à fait compatibles). Je pensais, mais dans une logique trop hâtive et rudimentaire, que, lorsque vous mettez en vente un texte numérique en ligne, vous ne souhaitiez pas que le même texte soit accessible gratuitement sur un autre site. (Ce serait d'ailleurs mon point de vue à votre place) j'en ai donc conclu, à tort, que vous demandiez une exclusivité; J'espère que vous me pardonnerez mon erreur (qui n'avait rien dans mon esprit d'une "attaque), j'ai le plus grand respect pour votre démarche rigoureuse et courageuse, et cela ne me viendrait jamais à l'esprit de vous "attaquer". (désolé si ma formule a pu être interprétée comme telle. Peut-être que je me laisse prendre par l'ambiance de notre blog...)
leo
En tout cas, voici, pour qui suivent nos expériences le message reçu ce matin, que j'ai eu envie de reprendre ici tant il rejoint nos discussions actuelles sur l'édition et le Web :
"Cher Léo (et vos m@nuscrits)
juste un salut amical, si vous voulez bien
Il y a de cela maintenant pas mal de mois, Léo Scheer nous avait fait comprendre, à moi et quelques autres amis, que son blog était d’abord celui de ses éditions, et pas une plate-forme générale de discussion. Je m’en suis discrètement retiré, d’autant plus facilement que nous n’avons pas la même pratique du respect personnel dans les commentaires, et leur déferlement anonyme. Lire la suite
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mardi 20 novembre 2007
Par Léo Scheer,
mardi 20 novembre 2007

Si vous voulez rencontrer l'équipe de la revue Cinéma, c'est ce soir, à la Librairie Ciné Reflet pour le lancement du N° 014.
Cinéma, c'est la revue d’esthétique et d’histoire du cinéma.
Son rédacteur en chef est Bernard Eisenschitz et le comité réunit Jacques Aumont, Bernard Benoliel, Erik Bullot, Michèle Lagny, Dominique Païni, Jean-François Rauger et Stéfani de Loppinot.
Eric Vuillard m'a dit qu'il serait là .
P.S. La revue contient un DVD offert, avec deux films d' Adolfo Arrieta : le Crime de la toupie (1965) et Merlin (1990).
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lundi 19 novembre 2007
Par Léo Scheer,
lundi 19 novembre 2007
J'ai retrouvé, hier soir, avec beaucoup de plaisir, Éric Vuillard, l'auteur (génial) de "Tohu", un des livres dont je suis particulièrement heureux d'être l'éditeur. Il m'a montré son premier film, dont il vient de finir le montage. Le titre : "Ne vois-tu pas que je brûle" est tiré d'un rêve rapporté par freud et ré-analysé par Lacan, sur l'interface "imaginaire/réel". Le film produit cet effet de fascination esthétique du rêve. On pense à Mallarmé ou à Pound, à certaines images amples de paysages du cinéma soviétique. (Éric a trouvé dans les Causses un paysage qui évoque la "Toundra" et il a réussi à faire ressortir des rails qui ne servaient plus, pour réaliser un traveling de 100 m, refusant la "steadycam"). J'espère vraiment que ce fim sera vu par les amateurs d'esthétique du cinéma, car il propose une écriture tout à fait nouvelle et inhabituelle dans le cinéma français.
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dimanche 1 juillet 2007
Par Léo Scheer,
dimanche 1 juillet 2007

Pendant ce temps là , Houellebecq tourne l'adaptation de La possibilité d'une île, ici avec Fernando Arrabal.
Les auteurs sont de plus en plus attirés par la réalisation de l'adaptation au cinéma de leurs propres oeuvres. Je pense qu'il s'agit d'un phénomène important et qu'à l'avenir les éditeurs devront devenir des producteurs. Les nouveaux moyens techniques numériques, qui permettent de faire des films avec des coûts moindres, devraient ouvrir ce domaine à des auteurs qui jusqu'à présent, n'osaient même pas y penser. J'ai revu Eric Vuillard avant hier, il commence bientôt le tournage de son premier long métrage...
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