Voici comment Gabriel Matzneff présente, dans sa préface, ce roman d’un nouveau genre, où, réunissant les e-mails (les émiles en langage matznévien) qu’il a envoyés à toutes sortes de destinataires – amis, amantes, lecteurs... –, il les compose en un virevoltant feuilleton :
« Ce livre est le premier pour lequel je n’aurai noirci ni carnet, ni cahier, ni feuilles volantes (...) ; dont il n’existe aucun manuscrit. C’est mon premier bébé de l’ère virtuelle, mon premier bébé électronique. Les Émiles de Gab la Rafale sont aussi le premier livre où les mots jaillis de mon cœur et de mon cerveau, les soubresauts de mon humeur volage, sont datés à l’heure, à la minute près : ce n’est pas un livre, c’est un électrocardiogramme, un sismographe. Je l’ai baptisé roman (...) parce que cette vie bariolée, contrastée, me semble aussi romanesque que la plus ingénieuse des fictions. »

GABRIEL MATZNEFF, né en 1936, est reconnu, dès ses premiers livres (salués par Montherlant, Mauriac, Gracq, Cioran, Hergé), comme l’un des écrivains les plus importants de sa génération. Il est l’auteur d’une œuvre multiforme, publiée à La Table Ronde, chez Gallimard, Julliard, Stock ou Payot, qui comprend trente-six livres, parmi lesquels on peut notamment citer des romans, Nous n’irons plus au Luxembourg (1972), Isaïe réjouis-toi (1974), Ivre du vin perdu (1981), Les Lèvres menteuses (1992), Mamma, li Turchi ! (2000), Voici venir le Fiancé (2006), des essais, Le Défi (1965), Les Moins de seize ans (1974), La Diététique de lord Byron (1984), Le Taureau de Phalaris (1987), Maîtres et complices (1994), De la rupture (1997), Vous avez dit métèque ? (2008), des récits, Le Carnet arabe (1971), des poèmes, Super flumina Babylonis (2000), un journal intime, Cette camisole de flammes (1976), Un galop d’enfer (1985), Les Demoiselles du Taranne (2007). Dernier livre paru : Carnets noirs 2007-2008 (Léo Scheer, 2009).

Extrait

Vendredi 2 octobre. 12 h 34, à Eugène J.
Sur cette terre, nous sommes des lucioles. Il y a les lucioles qui n’auront quasi rien vécu, soit parce qu’elles sont mortes très jeunes, soit parce qu’elles auront eu des vies petites bourgeoises vides de passions. Et puis, carissimo Eugène, il y a les lucioles (dont nous sommes, toi et moi) à qui Dieu (ou les dieux) a (ont) accordé une longue vie et surtout une longue vie passionnante, riche en amours, en aventures, en voyages, en découvertes, en intérêts et plaisirs de toute sorte. (...) C’est pourquoi, lorsque nous quitterons cette terre, nous la quitterons avec tranquillité et conscience d’avoir fait fructifier notre talent (comme dit l’Évangile), d’avoir vécu, et vécu à fond la caisse, tout ce que nous étions destinés à vivre.