1299. Casse de Daniel Foucard par Florence Bouchy dans Le Monde.
Par Léo Scheer, jeudi 8 avril 2010 :: #1299 :: rss
"Casse", de Daniel Foucard : thèse et antithèse
Le roman à thèse a mauvaise presse. Il fait courir à la littérature le risque de se réduire à la simple illustration d'idées. On le soupçonne d'imposer au lecteur un sens unique en laissant derrière lui la complexité des choses et les possibles du langage. Comment éviter le piège de l'exercice quand on a tout de même deux ou trois propositions à avancer sur le monde contemporain ?
Il se pourrait que Daniel Foucard soit de ces écrivains qui ont quelques idées sur la marche du monde. Casse, son sixième livre, met au jour la nouvelle donne de la lutte des classes et débusque, derrière les pratiques contemporaines, les nouveaux rapports de forces et les formes insidieuses de la domination. Mais il les expose en les cachant et nous leurre avec bonheur.
Prenant prétexte d'un échange de mails avec un Chinois curieux de comprendre les démocraties occidentales, le narrateur expose à son intention quelques notions qui rendent compte des tensions propres à notre société. On y apprend notamment que "les deux forces les plus actives, les plus attractives de nos sociétés contemporaines sont (les) tradistes et (les) traders", les tenants de la tradition et ceux des lois du marché. Mais ces théories ne sont notées qu'en post-scriptum. Faut-il les prendre au sérieux ? Au lecteur de choisir.
On préférera peut-être en rester à l'intrigue développée dans le corps des mails. En première instance, Casse est en effet le récit du vol d'une banque, commandité par un artiste contemporain, lequel expose le butin un soir de vernissage. L'auteur des mails est le galeriste, mis au pied du mur par l'artiste. Pris au piège d'une "mécanique esthétique" qui le torture, le galeriste ne peut que "cogiter cogiter cogiter" : "Il va falloir se demander que faire avec cet argent (...). Le conserver comme oeuvre (...), expliquer l'affaire aux assises, se disculper ?" Et puisqu'il soulage sa conscience en se confiant sur le Web, sans doute est-il déjà démasqué par les autorités !
De détours en fausses pistes, Daniel Foucard se garde bien d'imposer un sens explicite à son lecteur. Il l'incite plutôt à traquer les indices disséminés dans l'oeuvre pour en construire le sens : n'a-t-il pas remarqué que la police (de caractère) utilisée se nomme Univers ? Casse n'est-il pas une réflexion sur la paranoïa suscitée par la surveillance généralisée à l'heure de l'Internet ? C'est justement la force et la réussite de l'auteur, que de tenir son lecteur en éveil, sans jamais lui laisser le répit d'une solution définitive.
CASSE de Daniel Foucard. Laureli/Léo Scheer, 172 p., 16 €.
Florence Bouchy, le 8 avril 2010

Commentaires
1. Le vendredi 9 avril 2010 par Laurence
Ajouter un commentaire