L’hypertexte met en évidence la dépendance entre l’information et la connaissance. Deux formes d’hypertexte se distinguent :

- un modèle proche du documentaliste qui met l’accent sur l’indexation et l’accès aux documents, sorte d’enrichissement d’une base de données,

- et l’autre, plus cognitif, d’accès à l’information et modélisant un sujet.

La relation entre le document et le contexte est la matrice de circulation de l’hypertexte. On définit pour cela les unités d’information ( liste de champs sémantiques, table des matières , auteurs etc…) dont le mot-clé est la catégorie la plus spécifique, et on les relie selon un fort coefficient de similarité ( cf Travaux de Salton) .

La connectivité des concepts repose sur une typologie à 4 branches de ceux-ci :

- les concepts source ou racine qui marquent les thèmes généraux et qui servent de référent,

- les concepts puits ou terminaux qui ne servent pas de descripteurs,

- les concepts isolés qui sont des termes marqués mais qui ne peuvent servir ni de descripteur nu de référent,

- et les concepts centraux qui sont la substance même de l’hypertexte en étant et des référents et des descripteurs.

(Il est à noter que l’on place ainsi en association et sur le même pied d’égalité des unités d’information et des unités de référence.)

Basée sur la théorie des graphes ( Dousset et Karouach), la forte interconnexion prouve l’existence d’une communauté en formant une sorte de grammaire de la circulation mélant localité et connectivité selon leur adjacence. Deux types d’hypertexte se dégagent ainsi :

- l’autorité ( une page référencée par de nombreuses autres pages)

- et le hub ( une page référencant de nombreuses autorités ).

La pertinence du tandem autorité-hub constitue l’ossature stratégique du web. Pour chaque hypertexte on peut définir le prestige absolu (somme des valeurs absolues des prestige de chaque nœud qui le composent) et c’est à partir de cette valeur que s’effectue les stratifications de circulation entre hypertexte.

Selon Hillis Miller "La relation entre texte et hypertexte est multiple, non linéaire, non causale, non dialectique et lourdement surdéterminée". L’hypertexte permet le multiséquencage, c'est-à-dire des parcours différents en fonction de chaque stratégie de lecteurs. Mais il renvoie aussi à un espace à n dimension, chaque page en étant une. `

Un hypertexte "cohérent" est déterminé par "métonymie". L’analyse de Barthes sur les "lexies" et les "galaxie de signifiants" semble s’appliquer parfaitement à cette caractéristique de l'hypertexte. Il introduit une forme de "traçabilité" du texte, permettant l’accès au dispositif qui l’a engendré et produit ainsi un discours que l'on peut qualifier d' "adressé" où "tout ce qui existe est situé". Il tend également à dépasser cette énonciation simple par son fort niveau de connivence, et par une temporalité abstraite et reproductible.

Les critères de Genette sur l’hypertextualité semblent efficients pour l’analyse du web . Genette pose 5 relations transtextuelles :

- l’intertextualité ( présence effective d un texte dans un autre)

- la paratextualité ( relation de signaux accessoires)

- la métatextualité ( le commentaire)

- l’architextualité

- et l hypertextualité .

Il dégage ensuite trois pratiques hypertextuelles :

- le ludique,

- le satirique

-et le sérieux .

La nature sémantique et le rapport entre l’auteur , son discours, et l’hypertexte peuvent s’analyser selon ce prisme.

Clément insiste, lui, sur le parcours de lecture : "Le texte linéaire remplace la véritable cohérence intellectuelle par la succession qui en tient lieu avantageusement. La différence qui se pose avec l’hypertexte, c’est que nous n’avons plus cette merveilleuse béquille qui nous tient lieu de raison."