La question : "qu'est-ce qu'une communauté virtuelle ?" est, pour le monde actuel et celui du Web, aussi illusoire et fantasmatique que l'était, à l'aube de la modernité, la question posée par Ernest Renan lors de sa conférence du 11 mars 1882 : "Qu'est-ce qu'une nation ?"

L'univers du Web et les logiciels mis à la disposition du public font que l'Internet se prête tout particulièrement, par sa logique même de système universel de connexion, aux fluctuations et aux pulsations de ces communautés. La toile accompagne leur naissance, suit leur développement et contribue souvent à leur disparition.

Les ingrédients historiques des ensembles communautaires sont tous présents sur le Net et se mêlent dans une sorte d'hyper-communauté dans laquelle se dissolvent tous les systèmes de références anciens.

Les opérations logicielles les plus efficaces et opératoires pour capter les imaginaires sont, en général, des modules communautaires, qu'il s'agisse de se faire des "amis" sur Facebook ou plus, si affinités, sur les sites de rencontre. Cette notion d'affinités tends à remplacer celle de valeurs ou de références dans la formation du lien social.

À l'inverse, le sens restreint d'une communauté, celle qui peut se former à partir d'une blogosphère, ne peut se former que dans l'environnement d'une atmosphère respirable le long du fil qui relie un billet à ses commentaires. Cette communauté restreinte revêt un sens plus précis. Cette communauté est le signe que l'air (blogosphère) qui est donné à l'esprit est respirable par tous les individus qui la compose. Ce la passe par l'acceptation de règles qui sont conformes à l'objectif de la conférence (égalité du niveau de parole etc)

Ces règles simples forment la structure du lien autour duquel peut se construire une communauté restreinte. La première de ces règle passe par l'intégration par le groupe d'un clivage clivage naturel entre, d'une part, les intervenants qui établissent un lien hypertexte entre leur pseudo et leur propre blog et, d'autre part, ceux qui ne souhaitent pas le faire. Ce principe qui peut sembler contradictoire avec la règle d'égalité est en fait, dans son paradoxe même, une règle fondatrice dans la mesure où elle permet une communauté ouverte et donc adaptable à l'évolution de son environnement.

La première catégorie présente l'avantage, pour les participants, de leur permettre de mieux comprendre et d'approfondir les commentaires à partir des informations qui sont livrée dans le blog en lien. Un commentateur est plus facile à comprendre s'il s'exprime aussi sur son propre blog. Un seul participant peut cependant utiliser plusieurs pseudos et animer plusieurs blogs. Ce qui peut ainsi sembler à priori brouiller les cartes, en réalité ne change rien au principe énoncé ici. Cette multiplicité d'identités peut même être un plus qui permet de mieux cerner les diverses facettes d'une personne. Elle peut très bien, par exemple, utiliser deux facettes opposées, l'une qui fait des commentaires dans un certain sens et l'autre qui affirme des opinions contraires. Dans la blogosphère, ce n'est pas le contenu idéologique, moral, politique ou religieux qui vrée le lien collectif, mais la forme logicielle à l'intérieur de laquelle l'esprit peut se sentir à l'aise. Ce sont des affinités logicielles qui forment la communauté virtuelle dans le cadre du blog.

Du point de vue de la modération, cette situation apporte une souplesse dans la mesure où un commentaire supprimé sur un blog parce qu'il ne convenait pas à son animateur, peut être facilement repris et développé par le commentateur sur son propre blog.

L'autre catégorie, composée de ceux qui ne souhaitent pas créer de liens avec leur propre blog, soit parce qu'ils n'en n'ont simplement pas envie, soit parce qu'ils n'ont pas de blog, peut s'intégrer à la communauté restreinte par l'apport spécifique du commentaire dés lors qu'il prend valeur de billet, c'est à dire qu'il participe de la conférence.

(à suivre)