Là où dans les média traditionnels, les réputations se font par le professionnalisme, le web met en valeur des pratiques amateurs légères, organisées et catalysées par des usagers. Sur le net, elle repose sur des formes d’émergence réticulaire et collaborative, pour émerger des millions de contenus produits en masse par ses nouvelles industries créatives ( Divina Frau Meigs), à l’accès gratuit.

Evidemment, la réputation se construit, se mérite. Sur le web, elle obéit à une logique de valeur, proche à la logique d’atelier c'est-à-dire que la valeur réside dans la manière d’atteindre son but, son audience, en appliquant des valeurs essentielles dérivées de celles des développeurs de logiciels libres c'est-à-dire la franchise le dialogue et la discussion. De surcroît, pour créer des dynamiques incitatives, un bloggeur doit être une agrégation de compétences : la capacité dans un domaine spécifique, une habileté et une virtuosité qui sont l’apanage de la dimension subjective et spécifique des social média, ainsi qu’une créativité particulière. En bref, pour construire sa réputation, créer un processus de reconnaissance par ses pairs ( ego gratification) il est nécessaire d’être un travailleur-créateur au sens marxiste du terme.

Comment est-on valorisé dans une économie des singularités fondée sur l’originalité et la personnalisation et face aux transformations profondes du régime de l’opinion experte ? Sur le web, l’apprentissage se fait par l’usage. La valeur d’un blog se détermine par l’implication individuelle de son auteur autour de projets cohérents mais non répétitifs et mettant en exergue la possibilité d’un travail en équipe. Le blog doit laisser transparaitre une mise en abime du parcours de l’auteur de celui-ci, un storytelling de soi même, une valeur narrative importante. Le bloggeur doit se saisir d’un discours reçus et le reconstruire en y développant son individualité, et pour cela le meilleur moyen est de se positionner par rapport aux gatekeepers ( critiques littéraires, média traditionnels et autres ). Le style d’un bloggeur est important pour l’individuation de son support. Plus son traitement des informations produites est hors cadre, impliquant la force du témoignage et de l’expérience, dans une hybridation des contenus, plus il affirmera son identité et pourra bénéficier des mécanismes de bouche à oreille fondant la réputation.

Pour structurer ses utilisateurs en communautés, les fidéliser, il faut s’inscrire dans un réseau facilitateur des interactions sociales. Il faut pour cela bénéficier de deux systèmes : le premier est celui de la certification, qui vise à réduire le problème de l’asymétrie d’informations relatives à la qualité et à la fiabilité. Ce système permet de produire de la confiance, en satisfaisant la recherche d’information et la reconnaissance d’affinités électives par le lecteur. Comme pour tout fonctionnement en Réseau horizontal, le deuxième système est celui de la recommandation par ses pairs.

Dans une économie de l’attention particulièrement concurrentielle, le bloggeur fait face à une compétition par l’originalité avec une grande dimension d’incertitude quand à sa valeur.

Cf : théorie du flux de communication à deux étage de Katz et Lazarsfeld.

Abeline Majorel. lundi 15 février 2010.