Ce postulat repose sur deux constats :

Le premier est que plus une discussion est longue, plus elle devient houleuse et favorise des échanges envenimés.

Le deuxième est que dans ce type d'échange, les intervenants finissent

- soit par rejeter les argumentations en les rapprochant d'idéologies extrémistes,

- soit par s’en prendre directement à un autre participant en le traitant lui-même de nazi.

Il s’agit généralement de l’argument ultime d’une discussion où les agressions l'ont emporté sur la confrontation d'idées, souvent sans aucun rapport avec le contenu du billet d’origine.

Il aboutit, en général, à la clôture du débat par le modérateur. On peut alors considérer que le fil a atteint le « point Godwin ». Ce point final est à rapprocher de l’objectif principal du trollisme qui est de détourner le fil des commentaires pour les mener jusqu'à une impasse.

Par extension, dans n'importe quel débat, dire à son interlocuteur qu'il a atteint le point Godwin revient à lui signifier qu'il vient de se discréditer en vérifiant la loi de Godwin.

Plusieurs techniques rhétoriques permettent d'aboutir à ce résultat, elles sont, pour la plupart, du registre du cliché ou du sophisme. Ainsi le poncif bloquant la réflexion (thought-terminating-cliché), notion héritée de l'étude psychiatrique de la manipulation mentale, dresse le répertoire des phrases, d'aphorismes ou notions aptes à empêcher une réflexion d'aboutir. Ce procédé rhétorique de manipulation est particulièrement utilisé pour souder certaines sociétés sectaires ou communautés religieuses.

À l'inverse, tout stéréotypes peut aussi être utilisé pour dénoncer une "pensée unique", stigmatisant le conformisme, chacun essayant d'échapper à l'accusation de d'appartenir à cette "pensée unique", finit par bloquer toute réflexion personnelle.

En cela, la référence au Nazisme étant particulièrement efficace, elle est fréquemment utilisée pour forcer un interlocuteur à déclarer forfait dans une discussion n'ayant rien à voir à priori avec le sujet. On cite souvent l'exemple "Les nazis non plus n'aimaient pas la peinture abstraite".

Une autre forme de stéréotype passe par le rabattement des arguments spéculatifs en termes moraux ou esthétiques en opérant par la confusion des genres sans avoir besoin de construire une argumentation. Par exemple, en qualifiant par exemple, une idée d'être "répugnante" ou "nauséabonde". L'effet purement rhétorique recherché consiste à discréditer sans avoir à argumenter, activité qui deviendrait elle-même dégradante

Une argumentation peut également être mise hors-jeu par la simple évocation et par la mise en scène des intentions de l'interlocuteur. Cette technique du "procès d'intention" est couramment utilisée lorsqu'aucun élément concret n'est apporté dans le débat pour confirmer ou infirmer une position.

On peut considérer que la référence au mensonge et au "Fake" comme une variante du "procès d'intention" puisqu'il vide le message de son contenu en décrédibilisant le statut de son auteur. Plus globalement, toutes les formules de détournement du trollisme ou de court-circuit de la réflexion, comme le TGCM des joueurs vidéo font partie de cette panoplie.

L'internet a ainsi donné lieu à un développement spectaculaire d'une des formes de base liée à la naissance de la pensée grecque : le sophisme. Il s'agit d'un mode de raisonnement qui présente toutes les apparences de la validité logique mais ne repose, en fait, que sur une aberration. La prolifération de cette forme de pensée sur le Net est un élément essentiel du trollisme dans le but de persuader ses interlocuteurs du bien fondé de propos qui sont purement basés sur de la mauvaise foi. Soucieux de court-circuiter le débat et d’alimenter sa monomanie, le troll a fréquemment recours à ce type de raisonnement qui, souvent, rencontre un certain succès, par son caractère ludique et la séduction que peut exercer le pseudo qui l'utilise. L'utilisation courante du sophisme chez les Internautes dénote une tendance lourde a faire passer la notoriété ou l'influence bien avant le souci de mener à bien un véritable débat d’idées avec d’autres interlocuteurs.

Des Réfutations sophistiques d'Aristote à L'Art d'avoir toujours raison de Schopenhauer, le démontage des logiques fallacieuses est une constante de l'histoire de la pensée. Leurs retour en force dans les pratiques de la blogosphère et le fait qu'elles y sont incarnées par des comparaisons avec le nazisme, reflète, d'une façon ludique, des systèmes de "pensées uniques" qui, eux le sont moins. L'ensemble des règles de la conférence du blog devrait tendre à s'en éloigner le plus possible.