L'apparition de l'Internet est marqué par l'émergence d'une forme de communauté complètement différente. Sans parler de sa pré-histoire militaire, le protocole TCP-IP qui a donné naissance à la possibilité de faire dialoguer deux ordinateurs a été mis au point par la communauté scientifique pour répondre aux besoins des chercheurs d'échanger des informations rapidement. C'est la passion de la recherche qui a servi de ciment à la naissance d'une communauté qui n'a rien de nostalgique et qui, d'une certaine façon, n'a pas de passé. Elle est née de l'étincelle produite par le télé-scopage de deux informations dans un accélérateur de signes.

La configurarion technique de la blogosphère permet un élargissement sans limite de ce qui peut dés lors circuler sur ses réseaux. La formation d'une communauté autour d'un certains nombre de centres d'intérêts est devenu le principal moteur de développement du Net. La structure de ce dernier est dominé par des outils qui permettent de former ces communautés, qu'il s'agisse des moteurs de recherche permettant de pointer rapidement les centres d'intérêts ou les réseaux sociaux qui permettent d'en faire, non moins rapidement, l'annuaire. (Google; Facebook).

Les blogs représentent la forme ultime permettant la constitution d'une communauté virtuelle rejoignant celle, nostalgique, de la communauté perdue et permettant de la dépasser. née de l'effondrement de l'idée communiste, la question de l'être en commun a été ressortie de ses cendres à la fin des années 80, début des années 90, en particulier à travers les enjeux de l'écriture, et au moment même où apparaissait l'Internet comme nouvelle surface d'enregistrement de cette écriture.

Pour Blanchot, par exemple, l'écriture et la littérature sont inséparables de cet "être-en-commun" et de la communication dans laquelle il s'inscrit. L'écriture n'est pas un objet formel et fermé , ce n'est pas un objet purement esthétique qui ne pourrait être qu'autistique. Pour lui, l'écriture est un "rapport d'adresse" par lequel un moi s'adresse à un toi. Mais ces deux-là sont particuliers : il n'y a qu'un seul moi et un un seul toi, par lesquels il peut y avoir "une solitude" et "un dehors de la solitude".

On retrouve ici la notion de blogosphère dans le sens restreint qui se crée entre le billet et le commentaire. L'écrivain et le lecteur se "fabriquent" l'un l'autre, et se faisant, ils se déplacent l'un par rapport à l'autre. C'est ce déplacement qui "fait" conférence. Comme dans la conférence, ce n'est pas un message qu'ils ont à se transmettre (du haut vers le bas). Ils ont à partager quelque chose : la puissance de la parole et la passion de se la communiquer.

On pourrait dire que dans la communauté virtuelle, il n'y a rien à communiquer, ce qui fait qu'elle ne peut être "mise en oeuvre" et donc utilisable politiquement. Elle rejoint par la circulation de la parole le mouvement même de l'écriture. Une blogosphère, à ce titre ne doit pas aboutir à une impasse qui refermerait les membre de la communauté sur leur solitude. Elle doit aboutir à une ouverture de l'un sur l'autre. C'est principalement à maintenir cette ouverture et à empêcher l'impasse que servent les règles de la conférence. Il est clair qu'une fois le point Godwin atteint, c'est l'impasse et il n'y a plus de communauté possible. il est clair aussi qu'un fois que le flooding a réussi à noyer toute discussion, on est dans la même impasse.

D'une façon plus prosaïque, les communautés virtuelles représentent souvent, dans l’esprit du blogueur, des points d’accroche sociaux, qui ressemblent à des bouées, qui lui permettent de naviguer tout en tissant son réseau. Il est intéressant de remarquer que l’internaute ne parvient jamais à se détacher vraiment des communautés au sein desquelles il a pris l’habitude d’intervenir, quand bien même il y exprime des points de vue négatifs qui portent à croire qu’il n’en apprécie ni les règles ni l’ambiance, ou que, régulièrement, il salut la communauté, lui signifiant sa rupture et son départ.