Cette spécialisation et "externalisation" du siège de la modération ainsi que du rôle de modérateur dans la blogosphère, est fondé sur un a-priori selon lequel les participants à un blog sont incapables, par nature, de se modérer eux-mêmes. Tout projet proposant aux participants des règles qu'ils pourraient appliquer, est, à priori, considéré comme illusoire et inapplicable.

L'administrateur, chargé de la modération, dispose de plusieurs niveaux d'intervention.

- Il peut, tout simplement ouvrir ou fermer la possibilité même de déposer des commentaires, que ce soit pour un billet et son fil en particulier ou pour l'ensemble du blog. Il peut, à tout moment modifier cette action d'ouverture ou de fermeture. Lorsque le modérateur constate, comme cela peut arriver dans une classe, que le chahut est en train de monter de façon incontrôlable, en particulier en fin de soirée, lorsque l'absence d'autres règles de modération commence à se manifester, la fermeture globale des commentaires pour la nuit peut avoir des effets modérateurs très bénéfiques.

- Une fois établie la possibilité de déposer des commentaires, l'administrateur dispose de deux formes de modération : 1) à priori. 2) à postériori.

- Dans la modération à-priori, l'ensemble des commentaires déposés est, au départ, "hors-ligne", le modérateur doit tous les lire et vérifier qu'ils peuvent être édités, et alors seulement, les mettre en ligne. Cette approche très chronophage et demandant du personnel pour les sites très fréquentés, se révèle indispensable pour certains types de blogs. L'éditeur étant coresponsable juridiquement (avec l'hébergeur) de ce qu'un commentateur écrit sur son blog, tous les contenus jugés injurieux, racistes, incitant à la violence, ou diffamatoires, doivent être modéré, sous peine de poursuites judiciaires. Sur des sites qui abordent par définition des "sujets qui fâchent" comme ceux des medias ou des organes politiques, cette forme de modération est incontournable. Dans ces cadres particuliers, afin de garantir l’impartialité du modérateur, celui-ci se base généralement sur une charte qui explique quels messages sont autorisés et quels messages doivent être sanctionnés.

- Dans la modération à postériori, l'administrateur dispose d'une plus grande souplesse dans le temps pour lire et pour intervenir. Un commentaire à modérer peut rester en ligne quelques heures ou quelques jours en fonction de l'emploi du temps du modérateur. Le délai appliqué par la justice pour "agir promptement" afin d'effacer un commentaire diffamatoire par exemple est de huit jours. L'avantage de la modération à postériori par rapport à l'autre est qu'elle permet de maintenir la dynamique de l'échange. Si un commentateur qui entame une discussion avec l'auteur ou avec un autre commentateur doit attendre que son message soit validé, cela a pour effet d'enrayer les mécanismes psychologiques du dialogue. D'autre part, cette méthode permet de consacrer beaucoup moins de temps à la modération et d'intervenir de façon irrégulière dans le temps, quand l'administrateur est disponible.

- Lorsque le modérateur est confronté à un commentateur qui ne souhaite pas tenir compte des règles de modération et réitère ses commentaires effacés ou se lance dans des actions de harcèlement ou de flooding il peut avoir recours à l'exclusion puis bannissement. L'exclusion, consiste en général à bloquer une adresse IP pendant un certain temps. Ce blocage peut être ensuite levé par le modérateur, ou contourné par le commentateur qui sait comment revenir avec une autre IP, un autre pseudo etc. Empruntée à la notion d'exil hors de son pays d'origine, le bannissement peut être la mesure ultime choisie par un modérateur face aux problèmes soulevé par un commentateur chez qui la dépendance, l'addiction, se mêle à des motivations et des pulsions destructrices. Le bannissement est assez complexe à réaliser techniquement car il croise des informations fournies par un commentateur qui peut être un as du fake.

La modération est le principal instrument du blogueur. Elle lui permet d'espérer mettre en oeuvre sur son blog certaines règles de la conférence. S'agissant d'une confrontation réelle et directe avec les dérèglements de l'esprit, tels qu'ils peuvent s'épanouir dans une communauté virtuelle peuplée de peudos et de trolls anonymes, il convient d'user de la modération avec modération afin de permettre à ces dérèglement de s'exprimer suffisamment pour déclencher, chez les participants, des envies ou des besoins spontanés de modération.

Abuser de son pouvoir de modérateur conduit le blogueur à créer un espace mou où les commentateurs sont neutralisés avant d'avoir pu exprimer ce qui, chez eux, avait besoin de s'exprimer. Ceci conduit par ailleurs, à affaiblir les "anticorps" du groupe. En fait, c'est avant tout ce groupe qui pratique la véritable modération par l'usage de sa propre parole et par les exclusions qu'elle produit naturellement. Si le modérateur est obligé d'intervenir, c'est qu'il y a une faille dans son propre rapport au groupe et dans son rôle d'administrateur. Le blog où les règles de la conférence s'appliquent, ne se modère que de lui-même, par les effets modérateurs de ces règles.