lundi 16 mars 2009
973. Le Livre ultime, par Gabriel Matzneff
Par Florent Georgesco, lundi 16 mars 2009
Gabriel Matzneff vient de mettre en ligne sur son site la chronique suivante :
LE LIVRE ULTIME
Depuis le mercredi 11 mars, mon nouveau livre, Carnets noirs 2007-2008, publié aux Editions Léo Scheer, est en librairie. Il aurait dû y être depuis le 4 mars, mais une jeune femme qui alors partageait ma vie, apprenant que je m’apprêtais à publier ce journal intime, a fait appel à un avocat, et pas n’importe lequel, une grosse légume d’avocat, pour me mettre des bâtons dans les roues.
Cette misérable tentative a échoué. Avec un retard de quelques jours (le temps de faire lire le manuscrit à mon propre avocat qui m’a confirmé que tout était parfait et m’a donné le feu vert), voici donc en librairie ce nouveau livre : plus de cinq cents pages, vingt euros !
Que des ex-amantes telles que Vanessa et Aouatife, qui n’ont plus de passion pour moi, qui renient celui qui fut le grand amour de leur adolescence, qui mènent à présent des existences bourgeoises et ont soif de respectabilité, payent des avocats pour écrire à mes éditeurs des lettres menaçantes, c’est dégueulasse, indigne d’elles et de ce que nous avons vécu, c’est triste et décevant, mais vu le peu de goût qu’ont les femmes pour leur passé amoureux, vu que leur rêve secret est d’être lobotomisées, c’est, hélas, explicable et plutôt banal.
En revanche, qu’une fille qui sort à peine de ton lit, qui a encore sur la peau l’odeur de la tienne, qui se prétend folle amoureuse de toi, se précipite chez un célèbre avocat pour lui faire écrire une lettre recommandée à ton éditeur et tenter de te censurer, c’est le nec plus ultra de la dégueulasserie, c’est le baiser de Judas.
![]()
