902. Alex in KafkaColand
Par Léo Scheer, samedi 13 décembre 2008 :: #902 :: rss

Sur son blog, le 12.12.08 : Alex in Wonderland, et son chat Chester, bouleversés par la lecture de Kafka Cola de Alessandro Mercuri.
12 décembre 2008
Kafka Cola
"Le moins qu'on puisse dire, c'est que le petit livre d'Alessandro Mercuri attire l'oeil du chaland.
Intrigué par le rouge vif de la couverture, il le sera d'autant plus par le titre.
Kafka Cola.
Association d'idées qui a de quoi faire s'insurger certains puristes qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et également révélatrice d'une œuvre pour le moins atypique, et qui aiguise en tous cas la curiosité.
La quatrième de couverture annonce également la couleur : "(...) Kafka Cola plonge le lecteur dans un univers imaginaire, baroque et cruel où s'entrechoquent utopie et réel."
Bien plus qu'une dénonciation de la grande méchante société de consommation à la sauce Beigbeder, Kafka Cola est une oeuvre grinçante, comique, dont le contenu peut certes apparaître comme dénonciateur et critique de notre société, mais qui n'apparaît pas comme manichéen.
Le recours constant à l'absurde est à mon avis la clef de voûte de ce livre : c'est une société hallucinante et hallucinée qui est dépeinte ici, qui tient à la fois de l'imposture et du délire total.
Et cette société, c'est la nôtre.
"Ce que nous vendons à Coca Cola, c'est du temps de cerveau disponible".
A partir de cette déclaration de Patrick Le Lay, bien vite jugée scandaleuse, l'auteur se lance dans l'étude des modus operandi des plublicistes, n'hésitant pas à faire un rapprochement avec les dogmes religieux.
Ainsi, la Croix apparaît comme un logo, comme Le Logo !
La conquête de l'espace apparaît elle aussi comme une gigantesque campagne publicitaire, le fameux "Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humanité" prend des airs de slogans, et l'auteur n'hésite pas à pousser jusqu'au bout la rhétorique, en poussant jusqu'au bout son raisonnement, arrachant des sourires et mêmes des éclats de rire à un lecteur conquis, qui se laisse bien volontiers dériver aux confins de l'absurde.
Oui parce que les adeptes du premier degré, les nageurs en eaux troubles, les puristes, les offensés, les bien pensants sous toutes leurs formes feraient mieux de soigneusement éviter cet ouvrage dont ils risqueraient d'avoir grand peine à démêler le vrai du faux.
Pour ceux qui sont prêts à jouer le jeu, en revanche, il en vaut vraiment la chandelle.
Ma partie préférée de l'ouvrage est celle, relativement conséquente, qui s'articule autour de l'industrie audiovisuelle, et plus spécifiquement du cinéma français.
J'ai pu constater avec grand enthousiasme que je n'étais pas la seule à avoir cette envie irrépressible de me taper la tête contre les murs rien qu'en voyant, placardées sur ceux du métro, d'incessantes nouvelles affiches, ayant toutes en commun des titres plus ridicules les uns que les autres.
Je me souviens m'être fait la réflexion lors de la sortie de "Parlez moi de la pluie" d'Agnès Jaoui.
Je n'ai pas voulu voir le film, obéissant à mes préjugés qui me poussent à considérer le cinéma français contemporain comme de la prétention artistique poussée à son paroxysme, basée sur une intrigue inexistante, des personnages pseudo énigmatiques mais surtout très creux, et qui suscitent un engouement incompréhensible.
Sans doute que le symbolisme doit complètement m'échapper, mais à quelques exceptions près (Beineix, si tu m'entends...), j'ai toujours été assez perplexe de voir ce fossé entre des comédies potaches et pas drôles à la Brice de Nice, et des machins soporifiques à souhait à la Après Lui.
Pour mon plus grand bonheur, Alessandro Mercuri énumère donc les titres de 88 productions françaises récentes.
J'étouffais déjà un rire sarcastique à la fin de cette liste lourde de sens, mais les commentaires de l'auteur, et notamment son sous-titrage presque poétique de la dite liste m'ont carrément rendue hilare.
Certaines associations d'idées, qui peuvent à prime abord, dérouter le quidam tant elles semblent opposées trouvent tout leur sens lorsqu'elles s'imbriquent grâce à la rhétorique de l'auteur.
Le passage où sont intercalées des paroles de Peaches au milieu du Requiem de Mozart n'est qu'un exemple parmi tant d'autres dont le livre abonde.
Kafka Cola éclaircit certaines zones d'ombre, et en obscurcit d'autres en parallèle, exprès, il oscille sans cesse entre l'authenticité et l'imposture, et le lecteur plonge avec délices dans cette approche pour le moins satyrique et grinçante de la critique sociétale.
Le cynisme, l'ironie et le recours à l'absurde en sont les ingrédients clefs.
Si ce livre passera certainement pour quelque chose d'incompréhensible pour les étroits d'esprit qui n'auront de cesse de s'échiner à comprendre, à ré-étiquetter leur petit monde selon la structure qu'ils connaissent, les autres, plus portés sur l'anarchie et la dérision, seront ravis, sans l'ombre d'un doute.
En ce qui me concerne, la lecture fut fort plaisante !"
Alex in Wonderland.

Commentaires
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