698. Bréviaire pour l'Éternité. par Jean-Clet Martin (III)
Par Léo Scheer, mardi 19 août 2008 :: #698 :: rss
(Bré.III-1) Le bien et le mal sont à prendre en un sens pragmatique et tout à fait extra-moral, enracinés dans ce que l’individu ressent tantôt comme joie, tantôt comme tristesse. Ce sont les vecteurs sur lesquels s’engouffre l’effort qui nous conduit à persévérer dans l’être, des ascenseurs capables de frayer la voie vers une vision renouvelée de nous-mêmes et de la nature. Au lieu de se soumettre à l’objet, le désir le produit. Au lieu d’imaginer une vérité extérieure à l’idée, l’âme doit la ramener dans l’intériorité de la pensée (« Par idée, j’entends un concept de l’Esprit que l’Esprit forme en raison du fait qu’il est une chose pensante » Eth. Déf. 2, II). Sous ce rapport, il est certain que l’éternité que vise Spinoza sera très fortement liée à ce mouvement producteur du désir mais encore au pouvoir formateur de l’idée. Y a-t-il une limite à ce pouvoir de l’idée et du désir ? Peut-on souhaiter leur extension maximale ? Comment, en s’appuyant sur un désir ainsi défini en son immanence, devenir éternel et ne déployer que des idées adéquates? Telle est finalement la question que L’Ethique va creuser au point de ramener Dieu lui-même dans cette nature qui en constitue le déploiement. Pas de chiquenaude initiale comme chez Newton, ni d’horloger hors l’horloge. Le Dieu de Spinoza est pris jusqu’au cou dans la nature : Deus sive natura, un point c’est tout ! En sorte qu’il serait tout à fait absurde de supposer que nous soyons des élus dans cet auto-déploiement de l’être constitutif de la nature, ou pis que nous soyons « un empire dans un empire ».
(Bré.III-2) Il serait vain d’imaginer que nous puissions contourner la mort et les éléments de la nature, de nous en extraire impétueusement ou à l’occasion d’une grâce particulière, d’une élection susceptible de nous arracher à l’ordre des choses en direction de la transcendance présumée d’une vie surnaturelle. « Il est impossible que l’homme ne soit pas une partie de la Nature » (Eth. 4, IV). Difficile d’écarter de mon être toutes les causes qui le font agir et l’enchaînent à une infinité de déterminations générant une résistance à laquelle on ne pourra pas se soustraire indéfiniment sans se laisser abattre et perforer. Il nous est impossible d’échapper aux mauvaises rencontres, aux toux et aux coups qui auront raison de notre puissance. Il faudrait pour cela détruire l’ensemble de l’ordre de la nature, les mauvaises herbes devenues transgéniques, les parasites succombant aux pesticides, exterminer les herbes vénéneuses, les limaces et les sauterelles et la masse infinie de tous les individus qui nous contrarient. Un Dieu qui nous sortirait de là , au détriment de tous les autres, devrait être un Dieu qui détruisît toute la nature, avec nos semblables (les damnés), et qui par conséquent se détruirait lui-même avec elle. Il nous faut donc bien expérimenter une autre voie et retrouver notre salut en rétablissant la bonne connexion entre l’ordre de nos désirs producteurs et celui de l’idée vraie, de sa vérité éternelle. Comment réussir ce couple, ce parallèle du bien et du vrai en se plaçant au point de vue le plus extra-moral qui soit et, partant, le moins destructeur, voici ce qu’il nous faudra examiner maintenant.

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1. Le mercredi 20 août 2008 par leo
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