Premier article d'importance sur le spectacle Confidences à Allah mis en scène par Gérard Gelas et interprété, de manière extraordinaire, par Alice Belaïdi. La première a eu lieu samedi et a été triomphale. J'étais encore là le lendemain : triomphe égal. Hier, me dit-on : idem. On est passé au-delà du frémissement. Le succès devient évident. Je vous raconterai cela demain plus en détail, mais voici déjà le papier paru ce matin dans La Provence :


Confidences à Allah au nom de toutes les femmes

par Michèle Taddei


A l’origine, il y a un roman. Le premier de Saphia Azzeddine. Il y a maintenant un spectacle, né au Théâtre du Chêne Noir dont la programmation a déjà débuté. Le roman bousculait. Le spectacle bouleverse tant par le texte que par l’interprétation d’Alice Belaïdi et la mise en scène de Gérard Gelas.
Dans un univers où être femme, pauvre, peu instruite, où être fille, ou mère, est possible mais certainement pas les deux à la fois, que peut faire Jbara, la gardienne de chèvres devenue prostituée puis femme d’imam, sinon s’adresser à Allah ? Non comme à un juge – de quoi serait-elle coupable, celle qui n’a fait de mal qu’à elle-même – mais comme au seul compagnon de sa route chaotique ?
Le texte est brut, cru parfois, drôle aussi, dénué de pathos et pourtant si vrai, si fort, si profond dans sa simplicité qu’il vaut tous les discours théologiques, toutes les exégèses, tous les prêches. Certes l’islam est présent et aussi ceux qui en interprètent le Livre. Mal bien sûr, mais plus par manque de réflexion que par excès de zèle. Le fondamentalisme n’est jamais stigmatisé, juste l’ignorance des uns et l’arrogance des autres. Et cela suffit pour faire de ces Confidences à Allah un séisme, le premier véritable de ce festival 2008.
Cloîtrée par des murs de voile, une femme parle. Par la voix, par le geste, par le corps et par le coeur d’une comédienne qui éclabousse le plateau de sa présence, à la fois gamine naïve, mère douloureuse, fille perdue, femme qui utilise les seules armes que la vie lui a données. Alice Belaïdi est magnifique, portée et soutenue par la rigueur et l’exigence de son metteur en scène, Gérard Gelas.
Par eux, si cette parole ne faisait que provoquer un seul questionnement, ce spectacle, déjà lumineux en tant que tel serait une pierre de plus pour paver le chemin des hommes de vraie foi. Et les dernières phrases, ce merci, cette prière qui monte vers Celui qui peut tout entendre qu’il s’appelle Allah, Dieu ou Yahvé, proclament que certains moments partagés sont bénis.

Pratique : Confidences à Allah, jusqu’au 27 juillet, 17 h 30. Théâtre du Chêne Noir. Tél. : 04 90 82 40 47.

Photo : Alice Belaïdi par Manuel Pascual.