573. Le livre initiatique.
Par Léo Scheer, mercredi 4 juin 2008 :: #573 :: rss
En relisant Le livre initiateur (jeu proposé par Reb avec les textes "qui ont fait écrire"), je me suis dit que nous pouvions nous lancer dans un texte qui serait écrit sur le même principe collectif (courts paragraphes, que je mets en ligne les uns à la suite des autres, en gardant "hors ligne" les auteurs respectifs). En attendant de trouver un titre pour cette "fiction originale" nous l'appellerons : Le livre initiatique. (Le plus dur c'est de trouver l'incipit). Une fois terminé, nous pourrions le mettre sur M@nuscrits, et, qui sait, un jour, en faire une rétropublication. Ce qui est important c'est d'arriver à commencer, donc voici le premier texte reçu:
"Depuis le début de la soirée des voix provenaient de la cave. Lorsqu'il les entendit, mon frère se demanda si quelqu'un n'avait pas décidé d'habiter là , avec nous. Qu'arriverait-il dans ce cas? Il réfléchit un moment, puis me demanda de descendre pour vérifier, seul. J'en serais alors l'unique responsable. Tandis que j'approchais, les voix s'étaient tues; je découvris, dans l'ombre une communauté d'hommes et femmes qui semblaient m'attendre. Ils étaient entrés par la porte de bois du jardin qui donnait directement sur la cave et s'étaient installés de façon méthodique. Les femmes s'avancèrent vers moi pour m'annoncer, d'un ton froid, qu'ils resteraient tous là , chez nous, bientôt chez eux et qu'elles étaient, pour cela, prêtes à tous les arrangements."
On a le droit, uniquement pour l'incipit qui restera lisible sur le billet (le reste sera en "lire la suite"), de proposer des modifications "éditoriales". Pour le reste du texte, tout est utilisable, y compris des fragments de M@nuscrits.
Voici, au 21 juin 2008 avec les 60 premiers fragments :
Depuis le début de la soirée des voix provenaient de la cave. Lorsqu'il les entendit, mon frère se demanda si quelqu'un n'avait pas décidé d'habiter là , avec nous. Qu'arriverait-il dans ce cas? Il réfléchit un moment, puis me demanda de descendre pour vérifier, seul. J'en serais alors l'unique responsable. Tandis que j'approchais, les voix s'étaient tues; je découvris, dans l'ombre une communauté d'hommes et femmes qui semblaient m'attendre. Ils étaient entrés par la porte de bois du jardin qui donnait directement sur la cave et s'étaient installés de façon méthodique. Les femmes s'avancèrent vers moi pour m'annoncer, d'un ton froid, qu'ils resteraient tous là , chez nous, bientôt chez eux et qu'elles étaient, pour cela, prêtes à tous les arrangements.
On l’ avait banni il y avait longtemps. Banni de quel pays, on ne savait pas, il ne savait pas. Etait-ce un pays ou un lieu de l’ esprit ? Il se souvenait vaguement de silhouettes proférant des mots violents, des insultes et des menaces, mais étaient-ce des souvenirs qui renvoyaient à une réalité passée ou ses propres peurs devenues des histoires qu’ il se racontait ? Il était évident que toutes sortes de choses lui étaient arrivées, mais comme il ne lui restait ni plaies ni cicatrices sur le corps, il lui était impossible de savoir exactement de quoi il s’ agissait.
Une femme petite et maigre, d'une trentaine d'années (la plus vieille), s'est installée dans ma chambre d'office. Elle avait un visage aigre, une peau grise, des yeux fiévreux. Je n'avais jamais eu de chance au jeu de hasard, mais était-ce un hasard? La belle Natalia, aux fesses dodues et douces comme de la soie, comme me le raconta par la suite mon chien de frère, s'était glissée sous son édredon à lui, au lieu du mien, et ce malgré mes prières et supplications lancées à tous les seins de l'univers.
Mais avant de décider quoique ce soit, il convenait de remettre la cave en ordre, les blancs avec les blancs, les rouges, avec les rouges, les vieux avec les vieux, sans pour autant déboucher au cours de cette opération, l'une quelconque des bouteilles. Voilà les premiers arrangements que mon frère leur demanda de mettre en œuvre. Ils s'exécutèrent.
Ils s'exécutèrent tant et si bien les uns les autres, à tour de rôle, qu'en cinq minutes il n'y eut plus personne, que des cadavres ! Ben mince et l'histoire alors ? Rassure-toi ami lecteur, Onc'Léo ne va pas te faire ce coup-là : il a plus d'un tour dans son sac, allez tiens, choisis un verbe… — "Taper" — OK maintenant tape dessus — Je tape, je tape dessus à bras raccourci, je tape comme un sourd… mais y s'passe rien, qu'est-ce que je fais je continue ou j'arrête ? — Prends-en un autre — "Cogner" — OK maintenant cogne dessus — Han ! Je cogne dessus, je cogne comme une brute, comme un malade, comme un fou… y s'passe toujours rien, je fais quoi ? — Essaie un dernier — D'accord je prends "prendre" — OK prends-le voir —Alors je le prends délicatement, je le prends à l'endroit puis à l'envers, je le prends par derrière, en douce, je le prends brutalement, je le prends par la main, par la taille, je le prends à revers, je le prends de face, de profil, en traître, par surprise, d'assaut, de tous les côtés mais ça prend pas… — OK laisse tomber — Là ? — Oui — Voilà .
Victor se réveilla en sursaut de son cauchemar, il était couché la tête contre le sol de la cave, l'histoire continuait, il vit Angelina qui dormait à côté de lui. Il dit :" @LéoScheer. Ouf, on a eu chaud non ? Puis il se rendormit. Le lendemain, je m'éveillais en proie à une sensation étrange : l'impression d'avoir soudain la tête plus claire, comme s'il avait eu un bref accès de fièvre et venait d'être remis d'aplomb. Troublant tout de même ce rêve entre cauchemar et bien-être. je devais le transcrire dans mon petit calepin rouge. Je rêvaits beaucoup depuis que je voguais sur le blog de Léo Scheer.
La belle Natalia qui depuis un moment observait mon frère qui parlait à la petite femme maigre au visage aigre s’approcha de moi et me prit doucement par la main m’invitant à la suivre. Surpris, je lançai un bref regard à la dérobée et la suivit. Elle m’entraîna le long d’un long couloir chaulé mais très sombre qui sentait l’humidité et le sperme. Effrayée par les larges toiles d’araignée qui lui frôlaient le visage Natalia poussa un petit cri puis les écartant du revers de la main, elle tourna la tête vers moi d'un geste brusque. Je vis qu'elle avait les joues en feu.
Je compris qu'elle était l'instigatrice de la communauté de l'ombre et qu'il faudrait que je lui parle.
« Et bien », pensai-je en mon for intérieur, « voilà une affaire qui s’annonce mal. » J’étais meilleur au jeu de l’amour qu’à celui des négociations, et ma langue s’activait plus facilement sur des lèvres qui ne m’appartenaient pas. Je scrutai le visage de Natalia, cherchant à lire dans ses yeux les mots qu’elle souhaitait entendre prononcer. Maîtriser le langage de la vue m’avait demandé quelques efforts. Néanmoins, j’étais parvenu, avec le temps et beaucoup de patience, à mettre en mots un pli de paupière, une forme du sourcil, le clignement d’un œil ou la lueur d’une prunelle. Le regard de Natalia restait désespérément vide, je n’y lisais rien. La pupille elle-même ne rétrécissait pas à la lumière de ma lampe de poche. Le froid dégagé par le bleu-gris de son iris, en contraste de sa bouche humide, me glaça l’entrejambe.
Qui étaient-ils, qui étaient-elles, bord'elles? Cette question me revenait régulièrement, à la manière d'un manège déjanté, me pressant de décrocher le pompon. A chaque tour du carrousel de mes pensées, cependant, me revenaient, à la manière des flashes lumineux d'une fête foraine de province, les souvenirs éclatés d'informations vues à la télévision. Informations au sens large, tant la confusion s'était installée entre publicité, communication, nouvelles et autres sornettes de bonimenteurs prêts à vendre leur chemise pour gagner trois francs. S'agissait-il de l'Affaire Incroyable des Extraterrestres de la semaine passée? Des Improbables Roms à Michel d'il y a quinze jours? De l'Invasion des Huns de l'an 1111? Du Débarquement de l'Enorme Andy de l'an dernier? Le manège s'emballait dans ma tête, les chevaux de bois tournaient, tournaient, formes fugaces...
Mais d'elle ce silence. La qualité de ce silence. L'attente d'une langue, quand on ne cherche pas à la connaître. Se garder de toute signification. Tout se passe au-delà . Rester avec cette ombre. Les mots en elle retenus passaient seulement en lueurs fugitives au fond de ses prunelles. Et en plus elle était gaulée comme une reine.
Mais qu'est-ce qui avait poussé cette bande d'énergumènes à envahir notre maison du Luberon? Qui étaient-ils? C'était bien beau les langues étrangères mais quelque chose me poussait à en savoir plus...
Déjà c'était incompréhensible qu'ils aient pu franchir le cordon militaro-sanitaire qui isolait la TAULE (Territorialité Autonome Unifié du Lubeuron Élégant) du reste de l'EXAGONE* (Entité Xénofobe Allégorique Gérée par l'Oligarchie Néo-Exagonale).
Tous les "H", aspirés ou non, avaient été déclarés persona non grata par les néo-grammairiens au pouvoir.
Et puis, soudain, le déclic. Suite à la votation de 2023, concernant l’interdiction de vendre, d’acheter et de consommer du haschich, et de libéraliser la consommation des drogues dites dures, la loi s’était consolidée à l’extrême. L’A.C.E.D.D.D, créée en 2020 par un groupement actif dans le trafic de psychotropes, avait réussi à imposer sa puissance au reste du monde. Elle avait l’argent, elle en avait donc les moyens. Bientôt, des magasins virent le jour : on y trouvait le parfait arsenal pour se défoncer la tête. Rien que du lourd : cocaïne, sa vieille copine héroïne, et la venimeuse cobraïne. Celle-là , on ne comptait plus ses victimes. La première fut son créateur, herpétologiste de son état, qui choisit les baisers mortels de ses pensionnaires en constatant les dégâts commis par le fruit de dix ans de recherches. Lui qui pensait révolutionner le monde de la santé grâce à un médicament miracle à base de venin de cobra, voilà qu’il venait d’infester la planète avec une nouvelle drogue aux conséquences ravageuses, dont la pire n’était pas la mort.
Il ouvrit les yeux. Une douleur épouvantable lui sciait le front. Il rabaissa les paupières dans une grimace, et attendit, la tête enfouie dans son bras, que lentement son corps se réhabitue à la lumière du jour. Cette histoire ne rimait à rien. Il s’y était mal pris dès le commencement. Il ne savait rien. De ces voix, de ces ombres, il ignorait tout. Combien étaient-ils réellement ? Que faisaient-ils de leur temps ? Par quel chemin avaient-ils abouti dans sa cave ? Et pourquoi la cave ? Il s’était laissé subjuguer par Natalia, abuser serait plus juste. A l’avenir, il tenterait d’être plus avisé, moins inflammable. Il devait tout reprendre depuis le début. Il se leva. Un champ de coton dans le crâne. Et, sacré nom, la nuque ! Cimentée dans une minerve de plomb. Les liqueurs de Natalia… Il prit le chemin de la cave, avec précaution, s’appuya aux murs. Il allait les voir, un à un ; les recenser dans la règle de l’art ; s’inquiéter de leurs desseins ; les installer dans la lumière ; ainsi pourra-t-il mieux comprendre leurs aspirations, leurs secrets ; les canaliser, les diriger, envisager une stratégie, voire une défense, s’il y avait lieu. De quoi se nourrissaient-ils, du reste ? Il n’y avait que des araignées et du vin dans la cave ; peut-être quelques vieux papiers ; une toile… Venaient-ils nous piller en douce ? Nous vampiriser ? Il aperçut le reflet de son visage dans le miroir vitré de la porte. Il gratta du doigt deux taches noires sur son col. Il n’avait vraiment pas bonne mine. Des sillons, des ornières de lendemain de pluie, lui creusaient les orbites ; les joues tombaient, flasques, comme exsangues… Il blêmit. Dans un mouvement compulsif, aveugle de bête effrayée, il chercha à renifler les taches de son col, crut y percevoir, dans l’épouvante, le relent ferrugineux d'un sang coagulé, le sien. Les narines pourchassaient dans la fibre, dans la trame, la trace qui le condamnait à mort par anémie. Il lécha son col, remercia dieu au passage pour la dextérité de sa langue, ne goûta aucun indice sanglant. Il se radoucit : seuls se dégageaient de sa pauvre chemise, pêle-mêle, une odeur de tanière, de poudre illicite et de stupre. Il poussa la porte de la cave, rasséréné. Il se sentait déjà plus joufflu.
L'A.C.E.D.D.D. c'était l' Association pour la Consommation Exclusives des Drogues Dites Dures.Son président se faisait appeler Arthur S.Il passait son temps à lire et commenter sur son blog l'oeuvre du philosophe natif de Dantzig, entre deux injections sous-cutanées de cobraïne...Depuis un temps infini sa vie oscillait entre la souffrance et l'ennui...
Un temps, les visiteurs se pressaient sur ses pages virtuelles, heureux de partager l’érudition du maître des lieux, avides de grappiller quelques miettes d’un savoir qui les dépassait. Moi-même, j’avais pris plaisir à consulter quotidiennement les notes et leurs commentaires, même si, parfois, au travers d’un texte décousu ou par trop loquace, on ressentait les effets d’une écriture dictée par l’abus de blanche. La rumeur voulait qu’Arthur S. opta pour la cobraïne, appelée vulgairement Black Naja, en raison des vertus anti-douleurs qu’on lui prêtait. Le professeur Hendrix, paix à son âme, avait d’ailleurs obtenu les crédits nécessaires à ses recherches en appuyant sa présentation sur les propriétés neurotoxiques du venin. Correctement dosé, il annihilait non seulement la douleur physique, mais les souffrances psychiques et morales par la même occasion. De façon définitive. Il n’en restait pas le moindre souvenir. Malheureusement, les effets secondaires n’avaient pas tardé à se faire ressentir. Rapidement, les premiers testeurs du médicament miracle développèrent des problèmes respiratoires, une hypertrophie du muscle omo-hyoïdien et une perte totale de conscience. Privés de barrières morales et de sens commun, insensibles à la douleur, les sujets se sentaient investis de pouvoirs supranaturels. Si certains accomplirent des exploits sous l’emprise du Black Naja, d’autres n’hésitèrent pas à s’automutiler, à s’en prendre à leurs proches ou à s’écraser, bouillies de chair et d’os, aux pieds d’édifices. Chaque jour, la presse relatait de nouveaux cas de morts violentes, impliquant quelquefois des tiers, dont la cause directe imputait à la Cobraïne. Aussi, lorsque les propos qu’Arthur S. tenaient sur son blog s’apparentèrent plus à un appel au terrorisme civil qu’à l’œuvre du grand philosophe, j’abandonnai mes visites régulières. Rapidement, les adeptes de la drogue noire remplacèrent les aficionados de la littérature dans les listes de commentateurs. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Arthur S. avait réussi à soulever une armée de drogués, insensibles, immoraux et complètement voués à la cause des psychotropes. Ils étaient partout, traquant le moindre fumeur de cannabis, éradiquant par le feu les appartements des cultivateurs amateurs de marijuana. Aucun salut pour les consommateurs de l’herbe qui fait rire. Une ère nouvelle pour les dealers. Vendre de l’herbe, à ce jour, était plus risqué que de tuer sa mère. Par bonheur, la nôtre était déjà morte, et mon frère et moi, on avait pensé à tout pour cacher la plantation.
J'ai eu, tout à coup, l'impression de vivre dans un S.A.S.
— Qu'est-ce qu'on fait frérot ? je lui demande.
— Frérot ?? C'est nouveau tu m'appelles jamais comme ça,
— Écoute, on a deux hectares de beuh en plein rendement avec un commando de l'ACEDDD dans la cave, bon d'accord pour l'instant ils sont shootés au Corton Charlemagne 98 mais ça va pas durer. Tu proposes quoi avant qu'ils envoient une escadrille d'Apaches commandée par Schopenhauer himself ?
— À propos d'Apache tu sais pas comment elle s'appelle la grande brune en tenue léopard ?
— Celle qu'est tankée comme un missile air-sol ? Natalia je crois.
Comme disait mon arrière grand-père, le colonel Mormoil qui était mort couverts d'honneurs , de défaites, de maîtresses bien cachées, et dans son lit, muni des derniers sacrements bien qu'il eût fauté toute sa vie, par tous les pores, une femme dans chaque pore, je ne sais pas où va nous conduire cette nouvelle aventure, mais quand faut y aller faut y aller, son père était natif de Fort-de-France, après tout il existait jadis, près des écluses, un bas quartier de bohémiens dont la belle jeunesse s'usait à démêler le tien du mien, je me souviens, on y allait en bande et en voiture , ils disaient la bonne aventure pour des piments et du vin doux, c'est là que David m'avait surnommé Victor, sacré David,lui on l'avait surnommé David parce qu'il se prenait pour un peintre classique, saperlipopette!...il n'y avait plus que Vera Passoul la vieille secrétaire particulière de ma grand-tante Sophia, pour parler comme le professeur Tournesol, saperlipopette me dis-je, et in petto, j'avais des lettres latines, il faut que nous retrouvions le fil, je savais que je pouvais courieller grâce à ma clax dissimulée sous la doublure d'une de mes vestes oui mais laquelle? Angiolina m'avait-elle ensorcelé? injecté un peu de cobraïne dans le cou? Je devenais hypermnésique, j'étais envahi par un flot incoercible d'inutiles souvenirs, est-ce ainsi que je devais vivre, que ses baisers de vampire...ça y est je sais où est mon clax...Je vais appeler Marie Galante, la sorcière des alpages...
- Marie. Reviens vite, ça se dégrade! J' ai presque envie de dire: pour écrire un Livre initiatique il faut des initiés ! Marie, il faut tout reprendre depuis le début de cette histoire.
Lorsque Marie vint me rejoindre, ce fut une avalanche de questions : que s'était-il passé, quoi, comment, où? J'essayais de reprendre mes esprits et de lui résumer la situation.
Ils m’ont entendu… ils m’ont vu… parler dans le miroir, là … je dois être plus vigilant… je ne suis pas seul… on m'observe... je suis cerné… Elle a compris, la fille-là , elle a tout compris… Je dois absolument faire plus attention… C’est à cause de lui… et ma tête... Il est plus fort que moi… Je ne peux pas l’en empêcher… Il me tient... il m’écoute... il se regarde… Il sait. Il est descendu à ma place. Il dit que je risque de divulguer le secret. Je suis d’accord… c’est bien. Il est dans la cave. Il leur parle. Les femmes sont sorties de l'ombre, l'encerclent. Attention à la piqûre. Je le protège. Ils veulent m’en empêcher… ils n’y arriveront pas... Je ne suis pas seul.
- Victor, putain, fais pas le con !
Ma tête pesait une tonne et mes efforts restaient vains à dissiper le brouillard devant mes yeux. Je tentai d’ouvrir la bouche. Mes lèvres étaient comme anesthésiées, et je ne réussis qu’à vomir un son rocailleux.
- Il reprend conscience, vite !
Je reconnus la voix de David, et son inquiétude m’apaisa. J’étais en vie. Mon frère veillait sur moi. Aussitôt, je sentis des mains s’affairer dans mon dos. On cherchait à m’asseoir. Ma tête valdinguait en tous sens, j’avais perdu le contrôle de mes membres. Quelqu’un me saisit le visage et me fit boire de force. Étrangement, la sensation du liquide dans ma gorge me procura un soulagement immédiat. Peu à peu, j’arrivai à distinguer la lumière du plafonnier de la cave et reconnus les gens qui m’entouraient. David se tenait à ma droite, sa main serrait la mienne. À son air, je compris ce que mon esprit peinait à admettre. J’avais eu une nouvelle crise. La première depuis des mois, mais d’une violence inouïe.
- Vas-y, Victor, je te l’ai déjà roulé.
Je portai à ma lippe le cône blanc et tirai une grosse bouffée, puis une deuxième. La fumée pénétra mon organisme et bientôt je ressentis les effets du haschich. Tandis que je récupérai peu à peu mes esprits, je me surpris à penser que, bizarrement, je ne me tordais pas sous la douleur qui m’assaillait habituellement, lors de mes crises. À ma gauche, Natalia m’observait en silence. Son regard, toujours aussi froid, trahissait un intérêt nouveau. J’avais le désagréable sentiment de n’être qu’un rat de laboratoire, qu’on aurait voulu disséquer.
- Que s’est-il passé, articulai-je enfin en direction de mon frère.
- Tu nous as foutu des putains de jetons, répondit David en regardant Natalia.
Heureusement qu’elle était là , sinon, sûr que tu pourrais pas le demander, ce qui s’est passé, frérot ! Il avait prononcé le dernier mot sur un ton moqueur, en étouffant un petit rire. Je le regardai sans comprendre. Il secoua la tête en signe de dénégation.
- Cherche pas, tu parlais pendant ton délire. Je te jure que, cette fois, j’ai bien cru que t’allais y rester. Cette nouvelle crise… Victor, ta paranoïa augmente de plus en plus, ça devient dangereux. J’aurais pas pu te maîtriser tout seul. Et puis, tu appelais Marie…
Son évocation me laissa de marbre. D’habitude, le simple fait d’entendre son prénom me brisait le cœur, et pourtant, je ne tressaillis même pas. Comme si la douleur liée à son souvenir m’avait définitivement quitté. C’est alors que je me rappelai la piqûre. Je tournai la tête en direction de Natalia.
- Vous m’avez injecté du Black Naja, l’attaquai-je. Raison pour laquelle je ne ressens aucune douleur.
Elle sourit, et j’aperçus enfin une lueur de sympathie dans ses yeux.
- Je n’avais pas le choix, Victor. C’était ça où vous mourriez. N’oubliez pas qu’à la base, la Cobraïne devait servir à soulager les douleurs. Rassurez-vous, je connais les dosages. Il est grand temps que je me présente. Je m’appelle Professeur Natalia Petrov. Je faisais partie des chercheurs qui travaillaient dans l’équipe du Docteur Hendrix.
- Le Professeur Léo Hendrix?
- Oui, c'est comme ça qu'il se faisait appeler... c'était un toubib misérable qui avait toujours eu des prétentions scientifiques et littéraires... il bricolait des formules dans son garage...
On s'enflamme on s'enflamme feu de braise l'amadou s'embrase puis s'éteint....tiens le poète se pointe...
- C'est pas pour rire, mais ce rituel initiatique vaut bien son pesant de caramels mous.
lança Natalia Petrova qui se faisait appeler Petrov en souvenir de son père et parce qu'elle n'était pas féministe.
- Mouillement plus jouissif que les sucettes du Sud-Ouest !
lui rétorqua Victor encore sous l'effet du Black-Naja.
- Pensez-vous que votre injection laissera des séquelles ?
s'inquièta soudain le jeune homme dont le regard s'attarda un instant sur les mains aux ongles coquillages de Natalia. Il éprouva l'envie irrésistible de les porter à ses lèvres puis se ravisa.
Un coquillage c'est aux oreilles qu'on le porte quand c'est une conque des Mers du Sud et à la bouche quand il s'agit d'une huître ...ou une moule...Il ne peut s'empêcher de faire des mots d'esprit...il aura toujours pensé qu'il n'y a pas d'amour heureux sans une bonne dose d'humour et une coupe de champagne de temps en temps...Il songe alors à Véra...qui tapie dans le coin se pourlèche les babines en battant des mains et se tenant les côtes. Pas mieux. Le rire épuise...Les narrateurs ne savent plus à quel clavier se fier...Sont -ils eux même soumis aux effets du terrible Black Naja? Une prière à Marie suffira-t-elle à nous tirer d'affaire? Ou sont passés les clefs de la Cave? Henri nous dégotera-t-il un bon cru derrière ces cadeaux?

Commentaires
1. Le mercredi 27 août 2008 par Sophia-Maïté Rey p.c.c Lisa
2. Le mercredi 27 août 2008 par leo
3. Le jeudi 28 août 2008 par Le saumon fumeux(Michel)
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