J'avais envie de dire un mot à propos de ce journal (Le Monde) qui traverse une période difficile et sera en grève demain, fait extrêmement rare dans son histoire. Autrefois, à Sciences-Po, on faisait apprendre par coeur les éditoriaux de Hubert Beuve-Mery qui servaient de modèle pour les exposés. Je regardais hier la Une du 12 avril 2008. Je me disais qu'aujourd'hui, l'éditorial, c'était cette grande photo en couleur : de J.P.Ksiazek pour l'AFP. (Comme la précédente, j'ai du mal à la trouver sur le net). Il s'agit du défilé des lycéens le 10 avril à Paris. À droite un panneau de carton est brandi sur lequel le mot "PROFS" a été entouré d'un grand coeur rouge. À gauche, juchée sur des épaules, une jeune fille arborant un tee shirt noir à tête de mort, a inscrit "NON" en rouge sur sa joue droite. Nous sommes dans la célébration du 40e anniversaire, deux générations après. Ce ne sont plus les enfants, mais les petits enfants de ce qui est devenu le "papy boom". Le message a parcouru ses 180 degrés : "on veut des profs", "on aime les profs". Mais la photo dit autre chose. Derrière le "message" qui ne semble être qu'un prétexte, il y a une "iconographie" collective. Ce qui compte, c'est la scénographie, la gestuelle, pour former une image, une icône, un tableau. Et ce que dit cette image est très différent de ce que dit le message. Double jeu. Le besoin de se révolter, que "ça pète", s'est définitivement détaché de tout message, de toute idéologie.