390. Les chemins qui mènent à Calaferte (fin) par Elodie Issartel
Par Elodie Issartel, samedi 2 février 2008 :: #390 :: rss
Pourquoi l’œuvre de Calaferte, qui fait « la synthèse des pratiques littéraires les plus diverses » est-elle autant boudée par la critique ? Pourquoi une œuvre qui allie subjectivité, « mon travail littéraire n’est qu’un journal intime », style lapidaire évacuant le décoratif et proche de Stendhal, « je n’ai nulle tendresse pour le mot rare, m’étant depuis mes débuts choisi un vocabulaire simple qui ait souci d’efficacité, de justesse (Direction) », traits moralistes et créations sémantiques, pour quelles raisons une œuvre oscillant entre lyrisme et aphorismes abrupts, à la fois classique et baroque, rencontre-t-elle une telle indifférence ?
Pourquoi un travail, qui aurait dû, par la richesse de ses propositions, rencontrer un « certain » consensus, sinon de l’intérêt, fut-il au contraire doublement censuré, non seulement en 1963, pour Septentrion, mais aussi en 1994, les chaînes de télévision ayant refusé de diffuser le très beau portrait filmé de Jean-Pierre Pauty, Calaferte, un îlot de Résistance ?
Un auteur pour happy few ?
Est-ce, comme le souligne Jean-Pierre Pauty en introduction de L’Aventure intérieure, à cause des « inconciliables » sur lesquels « les esprits simplistes » lui ont demandé de s’expliquer : pulsions de mort, de sexe, de foi en l’Eternel ? Pourtant remarque Pauty, la dualité de son œuvre n’est qu’apparente et « n’est en fait que l’expression d’une unité qui se cherche», et cette prise en compte de la totalité de l’être par Calaferte a aussi abouti à la censure de Septentrion. Il ajoute que, paradoxalement, ceux qui ont fait de son texte une lecture univoque lui ont également reproché la noirceur, la misanthropie, la pornographie de ses écrits « sans jamais faire état de l’autre versant de sa pensée : spiritualisme, mysticisme, célébration de la beauté. »
Dans le deuxième volume des Carnets, L’Or et le Plomb, (1968-1973), Calaferte déplore l’incompréhension que suscite sa démarche : « (…) je n’en suis pas moins abasourdi par la façon élémentaire dont les prétendus critiques littéraires pratiquent actuellement la lecture (…) » et il revient dans L’Aventure intérieure sur la censure de Septentrion : « (…) on a censuré mon troisième livre, Septentrion, sous prétexte de pornographie. J’y ai cru à l’époque, c’était en 1963 (…) quand il a été republié, vingt ans après sa parution, par les soins de Gérard Bourgadier aux Editions Denoël, je me suis aperçu qu’à son égard régnait toujours la même hostilité de la presse. J’ai l’impression qu’il a plutôt été censuré pour son contenu anarchisant, libertaire. (…) il n’y a rien de plus dangereux qu’un homme profondément anarchisant ; avec tout le contenu religieux et intellectuel qui peut composer sa pensée, sa réflexion. Vis-à -vis des pouvoirs, je m’inscris dans la catégorie des hommes, sinon dangereux, du moins à tenir à distance. »
Résistons. Lisons Calaferte.

Commentaires
1. Le samedi 2 février 2008 par léo
2. Le dimanche 3 février 2008 par ferraille
3. Le lundi 4 février 2008 par martingrall
4. Le vendredi 25 avril 2008 par claire
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