Bonjour :

Je vous envoie ce mél pour vous dire combien je suis content de voir que vous vous intéressez à Calaferte. C’est en effet un auteur très intéressant et il est urgent qu’on en parle plus. J’ai moi aussi entendu ce lieu commun qui voudrait que Calaferte soit un Céline illisible. Remarquez, vous enlevez les trois points à Céline et vous trouvez Proust si vous voulez mon avis. Quant à Proust, j’ai toujours pensé que c’était un Huysmans qui avait réussi.

Oui, ça me fait chaud au cÅ“ur. On parle trop souvent du caractère éphémère et fragmenté de l’édition traditionnelle d’après-guerre sans y apporter de vrais remèdes. Peut-être pourrions-nous nous rencontrer pour en parler ? Maintenant que je suis comme de la maison. Samedi dernier, j’étais très content, en un seul courriel j’ai réussi à faire corriger une faute d’accent après une journée de publication. Oui, même si j’avais choisi un autre titre (« Sans titre »), je suppose qu’il y a là dans « mél ouvert (2) » un jeu de mots des années 1970 que je n’ai pas vu. Oui, tout va bien finalement. Vous vous renseignez, moi je dis ce que j’ai envie de dire. Évidemment, il y aurait bien la Silicon Valley sans les dollars, mais j’ai déjà donné. Quant à la maîtrise, on va dire que c’est une question de syntaxe… Oui, pour ce qui est de tenir la corde, j’étais à Berlin-Est en 1988, j’y construisais le socialisme : je peux dire que je saurai me démener.

Vous savez, j’ai longtemps hésité avant de sauter le pas. À l’automne dernier, je pensais proposer à la Revue littéraire bis des critiques des livres qui paraissaient. J’avais en tête Vincent Delecroix (« Une chaussure sur le toit »), Hughes Jallon (« Zone de combat »), Hélène Frappat (« Agent de liaison »)… Les avez-vous lus ? De très bons livres soit dit en passant, j’ai vu qu’ils avaient tous à peu près mon âge et je me demandais ce qu’il disaient peut-être. Pour ce qui est de moi, j’ai renoncé au roman en 1998 à un Salon de Bordeaux. Trop de gens intelligents et professionnels. J’y ai vu de loin Richard Millet, Raphaël Sorin, Marie Nimier, Martin Winckler, un des frères Debré, une vraie princesse turque. En attendant que le talent me tombe dessus, j’ai publié deux fois un texte, en particulier « La Dernière américaine » dans le numéro de juin 2004. C’est bien aussi le « nrf », vous savez, même s’ils n’ont pas voulu du « Muezzin blanc ». Dans ce numéro de juin 2004, un texte de moi, certes. Mais aussi un texte de Marie Nimier (le début de « La Reine du silence »), des études sur cet Argentin dont j’ai oublié le nom…

Mais je ne suis pas là pour vous déballer mon CV ni pour vous raconter mes histoires d’ancien combattant. Je vais vous laisser vous renseigner dans les bibliothèques et je vais me renseigner sur la Toile. J’ai vu que cet hiver un nouveau site a été lancé, un site qui laisse les auteurs parler. Évidemment, il faut passer la barre de l’ouvrier qualifié. Mais j’ai vu qu’il y avait aussi une interview de Marie Nimier. Roger Nimier, pour moi c’est toute la frivolité, la légèreté, les Aston Martin DB4, bref comme l’a dit un jour au début des années 1980 la chef d’entreprise Nicole Garcia en parlant du sous-secrétaire d’Etat socialiste Samy Frey : « Il incarne tout ce que je déteste… »

Affectueusement,

Marc