Au dessus de l'article, une reproduction de mon dessin représentant M.E.N., il commence ainsi :

"Dans le plus pur style nouveau riche qui fait sa marque, l'éditeur tard-venu Léo Scheer poursuit son entreprise de captation tous azimuts des avant-gardes supposées ou réelles. Et pour faire définitivement canaille sans doute, il orne de l'un de ses propres dessins (serait-il lui aussi un artiste maudit?) la couverture d'un abject livre qu'il fait paraître sous son imprint : des morceaux choisis d'un immonde écrivain raciste qui ne laisse de séduire une petite cour de plus si jeunes hommes qui se veulent modernes et s'avèrent les pires réacs."

Nous comprenons tout de suite que la critique littéraire demande au journaliste la même capacité de nuance que celle qu'il doit mobiliser dans le publirédactionnel. Pour le lecteur, les choses doivent être claires immédiatement. Dans un cas, on est là pour vendre, dans l'autre pour "descendre", il est illusoire de compter sur le discernement du lecteur, quand "faut y aller", faut y aller". Ne pas hésiter, lorsqu'on dénonce le racisme d'un auteur, d'accompagner son propos de quelques images qui peuvent l'illustrer. Par exemple, en jouant sur des mots comme "tard-venu" évoquant le "parvenu" "bling-bling" avec ce petit côté "juif du Sentier" perdu avec son argent dans le monde feutré, austère et puritain de l'édition, où il faut montrer qu'on est "de la souche", qu'on s'en est sorti, tant bien que mal de la "collaboration", bref, qu'on a de la "branche". Si vous savez faire ça : dénoncer le racisme tout en tenant des propos aux relents antisémites, la partie est gagnée, vous avez tout le milieu avec vous. Voici la suite :

"Marc-Edouard Nabe, il faut malheusement se résoudre à imprimer son nom, a publié 10.000 pages en vingt ans et Angie David a cru bon perdre son temps à les lire pour en sortir, classés par thèmes, des fragments plus ou moins ineptes."

Une fois que vous avez choisi un registre dans votre nuancier ("abject", "immonde") la règle est qu'il faut s'y tenir. Ici : "inepte" sied bien. Là, vous avez terminé votre travail de critique littéraire et vous allez enfin pouvoir parler d'autre chose, par exemple : d'un autre livre:

"Et puisqu'elle en a oublié, voici une modeste proposition pour démarrer un deuxième volume qu'on pourrait titrer "Morceau pourris".

Voilà, vous avez fini votre travail et vous allez pouvoir tranquillement regarder la télé. Attention, pas n'importe laquelle, la Télévision de Service Public, celle qui vous emploie, et là, vous aller pouvoir faire du copié-collé avec ce que dit votre copain, Gérard Miller, sur cet autre livre, publié par on ne sait quel éditeur, et il vous suffira ensuite de recopier dans votre article les fragments tronqués cités par votre copain, c'est pas vous qui avez commis cette malhonnêteté, c'est lui, et en plus, tout le monde a applaudi, donc, on aura tout essayé. La suite de l'article de Sylvain Bourmeau est exclusivement faite des bouts de citations du "Régal des vermines" (dont aucune ne fait partie des "Morceaux choisis") et si vous êtes intéressé par l'exercice, vous pouvez vous reporter à l'ouvrage pour comprendre comment celà a été "saucissonné" pour faire dire ce qu'on voulait que ça dise. (Exercice important à faire pour comprendre les mécanismes de base de la critique littéraire. Ensuite, vous pouvez regarder sur dailymotion (grace à une video pirate) comment l'enregistrement a été censuré pour le passage à l'antenne (exercice important pour comprendre la critique littéraire à la télé.) Voici la suite de l'article de Sylvain Bourmeau entièrement fait de citations tronquées:

"Je suis très raciste, j'espère que les Noirs vont finir par enculer tous les Blancs et les assombrir pour toujours"-Au régal des vermines p 83.

"C'est la raison pour laquelle je ne m'excite pas trop sur les attentats antisémites de ces dernières années : ce ne sont que des rots bruyants. L'histoire ne retiendra pas tout ça. Le déchainement antiyoutre d'il y a cinquante ans n'a pas eu raison de Jahvé..." Au régal des vermines p 160.

"Les pédés, je les hais, mais ils ne sont qu'une minorité parmi d'autres. Toutes les minorités empêchent les individus de prendre le pouvoir. C'est ça qui est impardonnable. Mais je ne m'inquiète pas : les tantes sont allées trop loin, le ghetto s'est trop syndicalisé, l'Etoile rose est devenue une trop arrogante institution, cette vulgarité fera partie de la charette..." Au régal des vermines p 137

"Les époux Aubrac. "Ils ont l'air surtout torturés par cinquante ans de vie commune! Un couple, c'est pire que toutes les prisons de Montluc". Et de regretter le "commando meurtrier" qu'elle a mené pour faire libérer "son homme" : "J'espère qu'Aubrac valait à lui seul la demi-douzaine de superbes piou-piou berlinois qui espéraient seulement que la guerre se termine vite afin qu'ils puissent retrouver leurs splendides Gretchen..." Kamikaze p 3309

"Quand le Nouvel Observateur fait sa une sur la gueule de fiotte de Jamel Debbouze sur fond de drapeau tricolore, et qu'il lui fait se poser la question : "Pourquoi j'aime la France?", il faut savoir entendre sa vraie réponse, la cachée, la non-dite : "J'aime la France parcequ'elle se sent tellement coupable qu'elle a fait de moi une vedette, et c'est comme ça que je peux la baiser et lui soutirer le plus de fric possible" Les Pieds-Blancs, 2006."

Et voilà, le tour est joué... Joyeux Noël, étudiez bien.

Ah oui, j'oubliais : si, pour votre critique littéraire, vous avez été très en forme, que vous avez réussi à lui donner un côté "délation anonyme sous l'occupation", vous pouvez terminer votre article, comme l'a fait Sylvain Bourmeau dans un de ses derniers édito à propos du livre de Richard Millet "Désenchantement de la littérature", en demandant le licenciement de l'auteur (s'il travaille dans une maison d'édition) à son patron (en l'occurence Antoine Gallimard), mais il faut que ce soit pour un motif politique sérieux, pour contribuer, comme le dit Stubborn, à ce que les "confrontations éclairantes" serve la démocratie.

PS. @Stubborn. Je n'ai pas eu le temps de relire.