301. Borborygmes littéraires par Gérard Larnac
Par Léo Scheer, vendredi 14 décembre 2007 :: #301 :: rss
Oh pardon, je n'avais pas vu que Gérard avait publié ça hier sur son blog.
"Difficile, quand on aime la littérature, d'entrer franchement dans la blogosphère. Pas un ne vous le dira : qu'est-ce qu'on s'y emmerde, à se prendre des insultes et des coups bas, à voir son propos sans cesse recouvert de malentendus et rabaissé. Bien loin de mots d'esprit, ce ne sont que postures ingrates confites dans leur auto-satisfaction, leur frustration, leur résignation, que sais-je. Borborygmes littéraires, plus que blogs. Chez Assouline, vous parlez de la couleur du ciel chez Baudelaire on vous répond Shoah. Ce qui est un vrai sujet en soi (ce fut celui de mon premier livre), mais qu'un communautarisme rance ultra-politisé utilise à des fins personnelles, quand ce n'est pas d'une façon étrangement névrotique. Donc exit Assouline et son chouette blog où je fus bien sûr traité de tous les noms jusqu'à ce qu'un de ses gardes rouges, moins bourré que les autres, ne reconnaisse ici quelques textes convenablement littéraires et ne remâche ses injures. J'allais donc chez François Bon. Celui-ci, il me paraît sérieux, d'une sensibilité sans doute proche de la mienne. Un auteur que je respecte éminemment, sans partager pour autant les partis pris esthétiques. Mais là , froideur : je ne fis pas de louanges trop indulgentes sur son Bob Dylan (pas de chance, Bob Dylan est le pseudo que j'utilise pour faire de la scène lorsque je reprends mon accent yankee, alors pensez-donc !) et le premier livre de la collection Déplacement, sur lequel je me suis précipité, m'a semblé un intégral foutage de gueule. Mieux aurait-il donc valu qu'on écluse quelques gorgeons en silence. Vint Léo. Léo Scheer. Pour moi, un éditeur impeccable. Mais sur son blog c'est pareil : il faudrait toujours tout prendre au sérieux, le respect, la petite niaiserie commerciale qui joue l'arbitre des élégances dès que vous balancez la moindre critique, fouettard, foireux, bref de l'ordre, la force du réseau, tout ça ronronne dans l'auto complaisance. Et ce procès d'intention, inepte, fait à François Bon, comme un qui ne supporterait pas la concurrence en matière de web littéraire ! Alors dire ici ce qui a été effacé ailleurs (c'est curieux ce qu'on efface quand on fait le métier de produire des textes) : le contraire d'un écrivain n'est pas un autre écrivain, c'est ce qui voudrait empêcher toute culture. A l'heure du tout-multimédia, pourquoi pas plus de solidarité, d'écoute, de modestie ? Plus personne ne lit les éditeurs, grands ou petits. Un livre vit en moyenne (y compris donc les best-sellers) 56 jours : après quoi il disparaît à tout jamais. 25% à peine de la production de livres attérissent sur la table des libraires. La question n'est pas, contrairement à l'agitation actuelle, de publier autrement, mais de diffuser efficacement. Non pas découvrir un texte et fabriquer un livre, mais le mettre entre les mains de ses vrais lecteurs. Alors quoi ? On continue à faire les malins, ou on fait vraiment oeuvre utile, collectif et non réseau, découvreurs plutôt que gardien du temple de ses (toutes) petites croyances bidons et manigances diverses ? On échange, ou on ostracise ? On se mélange, ou on s'étiole ? Qui sont ces cuistres, ces petits lansquenets de la culture en dentelle qui sont tout près à s'étriper avec une violence inouïe, alors même que tout le monde s'en fout ? De quel autisme est donc frappé ce petit monde ? Oui ; urgence absolue de retrouver au fond de nous cet enthousiasme tellurique qui nous fit embrasser le monde des livres, quitte sinon à périr de cet ennui que nous aurons disséminé tout autour de nous. Peut-être faudrait-il un peu plus de silence. Se réapproprier le silence pour y forger, tranquilles, d'autres mots, d'autres attitudes ; cette posture qui met fin aux postures : l'écoute bienveillante. Si l'amour de la littérature ne conduit pas à ça, eh bien quittez la littérature !"

Commentaires
1. Le vendredi 14 décembre 2007 par Raphaël Ader
2. Le samedi 15 décembre 2007 par Marc Galan
3. Le samedi 15 décembre 2007 par fgriot
4. Le samedi 15 décembre 2007 par léo
5. Le samedi 15 décembre 2007 par fgriot
6. Le samedi 15 décembre 2007 par léo
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