Quel dommage que nous n'ayons pas un Edgard Morin pour analyser, comme il le fit dans "La rumeur d'Orléans", la propagation des informations dans une petite ville. Je pense à ce village que forment les media autour de la rentrée littéraire. Chaque année on sacrifie à l'exercice : au petit jeu des listes. On peut se demander s'il a encore un sens. Il s'agit, la plupart du temps d'affirmer la ligne éditoriale du journal et sa petite parcelle de pouvoir et d'influence, en espérant peser sur les listes des prix ou en se laissant manipuler par ce que leurs vieux routiers souhaitent vous faire colporter. Par exemple on va choisir un thème et dire que c'est la tendance lourde de la rentrée. Si votre journal est militant, vous expliquerez que c'est le retour de la politique ou de la réalité sociale dans la littérature, ce qui vous permettra de faire une liste du style "en attendant Bégaudeau", avec des livres que vous n'aurez pas forcément lus mais qui seront à priori dans la ligne juste. Sinon, vous pourrez aussi faire celui qui est "au parfum" et répercuter les bruits et autres "intox" qui circulent dans les couloir des jury. Pas une liste sans "Le" Yasmina Reza que personne n'a lu et sur lequel on porte déjà des jugements, "est-ce vraiment de la littérature?" etc...Alors... Alors, il faut prendre exemple sur Sollers-le-Magnifique qui, lui, ne s'encombre pas de toutes ces simagrées et décrète dans le J.D.D. d'aujourd'hui que la seule vraie liste incontournable, ce sont les deux livres qu'il publie dans l'Infini.