116. Gilgamesh, Sargon, Hammourabi, Assurbanipal, Cyrus...
Par Léo Scheer, mardi 14 août 2007 :: #116 :: rss

Bien qu'il n'ait pas cité "ma version", je recommande l'article de Stéphane Foucart sur Gilgamesh dans Le Monde d'hier daté du 14 août. Une accroche en une et une double page du prestigieux quotidien...va-t-on enfin commencer à s'intéresser vraiment à cette civilisation mésopotamienne et à cette épopée (le premier livre)? Les déclarations de Christine Kepinski du CNRS sont inquiètantes: l'impossibilité de protéger les sites archéologiques dans la situation actuelle du pays fait que des "pans entiers de l'histoire de l'humanité ont disparu à jamais." Faire revivre ce qui s'est passé entre le Tigre et L'Euphrate pendant les quatre mille ans qui ont précédé notre ère me semble être, pour notre époque, aussi important que le fut la redécouverte de la Grèce à la Renaissance.

Le deuxième article (Le Monde daté du 15 août) de Stéphane Foucard, conscré à Sargon et à la confrontation entre Akkadiens et Sumériens se termine ainsi:
"Le roi n'est plus le premier des hommes. Sa légitimité lui vient des dieux, il devient leur intermédiaire avec le monde des mortels. En Irak, au XXIIIe siècle avant l'ère chrétienne, la "monarchie élective" d'Iphur Kish - une manière de démocratie - est donc défaite, sur le champ de bataille, par la monarchie héréditaire et de droit divin de Naram-Sîn. A l'heure où les Américains échouent à "démocratiser" l'entre-deux-fleuves, on est tenté d'y voir une leçon de l'histoire. Ce n'est, sans doute, que l'un de ses pieds de nez."
Cette série d'articles est vraiment remarquable. On attend la suite.
Voilà . Elle est arrivée la suite. C'est Hammourabi, ici debout, recevant la Loi, tel Moïse, de la main de Shamash, le dieu-soleil. Je suis devenu accro à cette série comme on peut l'être à un feuilleton TV. Du coup, je lis Le Monde à la lumière de Sumer, le titre d'hier:"Impasse à Bagdad" prend une toute autre ampleur, comme s'il était inscrit dans l'argile en cunéïforme. En lisant l'histoire d'Hammourabi où s'enracine celle des rapports entre l'Iran et l'Irak, en retrouvant les sources de cette Loi qui a fini par modeler cette amérique qui s'y enlise, je retrouve des sensations de l'époque où, à Science Po, on nous apprenait à rédiger en décryptant les éditos d'Hubert Beuve-Mery. Merci cher Stéphane Foucart pour ce magnifique travail. Encore!

IV) Les Hittites. Si vous regardez de près une de ces petites figurines portant une tiare conique, vous aurez une sensation de mystère et de familiarité. Vous auriez pu le croiser dans un carnaval en Belgique ou en Suisse, il est pourtant vieux de trente cinq siècles, vivait en Turquie et servit de modèle pour représenter un dieu Hittite. Stéphane Foucart, qui aime que son travail puisse servir à des réflexions actuelles rappelle que le père de la Turquie moderne, Atatürk, "adorait tout ce qui pouvait rapprocher les Turcs des Européens et les éloigner du monde Arabo-Musulman." C'est le cas de ce grand monarque au nom si difficile à prononcer qu'on a préféré l'oublier et de cette civilisation qui nous conduit peut-être aux portes de Troie et des récits Homèriques.

Delacroix reproduit ici l'acte par lequel on efface une civilisation. Il n'est longtemps resté d'Assurbanipal, le dernier grand roi assyrien, que ce sobriquet trompeur de Sardanapale et cette image dégradée, évoquée par Stéphane Foucart dans son article V, du "jouisseur, indolent et dépravé." Tout se passe comme si nous avions voulu à tout prix effacer nos origines. Cette civilisation fonctionne en nous comme l'inconscient, elle a modelé la plupart de nos croyances, le judéo-christianisme, la mythologie grecque, la sagesse populaire, jusqu'à l'astrologie et l'interprétation des rêves, mais en restant enfouie, en deçà de la mémoire, comme si le sable qui la recouvrait était une manière de censure. Le fait qu'elle remonte aujourd'hui à la surface est peut-être le signe que nous sommes entrés collectivement en analyse.

Le VI ème article a pour titre Cyrus le taiseux. La réputation du fondateur de l'Empire Perse Achéménide est inspirée par la Cyropédie de Xénophon et par l'Enquête d'Herodote écrite un siècle après sa mort, mais comme le dit Stéphane Foucart "il est surtout un parfait inconnu." En fait, "Cyrus n'a rien écrit, ne s'est pas fait représenter, on ne sait rien de ce qu'il disait, de ce qu'il pensait. On ne sait finalement rien de lui." déclare Pierre Briant, l'un des meilleurs spécialistes. Il est pourtant crédité d'être l'"inventeur des droits de l'homme", son nom apparaît sur le Cylindre conservé au British Museum qui en serait l'acte fondateur. En tous cas, c'est pendant son règne que les éxilés de Judée, qui vivaient prés de Babylone depuis que Nabuchodonosor les eût chassés de Jérusalem aprés avoir détruit le Temple, qu'ils eurent le droit de revenir. On sent, lorsqu'on lit attentivement la Bible, à quel point cet exil fut décisif dans son écriture et dans son inspiration. Il y a d'ailleurs un véritable "scoop" à la fin de cet article. Des tablettes d'argile circulent depuis une dizaine d'années sur le marché parrallèle. Des "fouilleurs clandestins" pillent un site prés de Bagdad. Une prochaine publication devrait révéler ce qu'écrivaient ces Hébreux éxilés, restés sur place bien aprés l'édit autorisant le retour de -539. Mais on hésite à le rendre public, car, comme le dit François Joannès:"on pourrait redouter une instrumentalisation de sa découverte pouvant aboutir à sa destruction." Car ce site, prés de Bagdad, s'appelle Jérusalem. Il faut que Nathalie Rheims se penche sur ce sujet qui pourrait être la suite du Cercle de Meggido.

Commentaires
1. Le mercredi 15 août 2007 par julien
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3. Le mercredi 15 août 2007 par léo
4. Le vendredi 17 août 2007 par cabrera12
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