|
















|
vendredi 31 août 2007
Par Revue Littéraire,
vendredi 31 août 2007

Longtemps, j’ai eu la conviction qu’une des jeunes femmes qui ont partagé ma vie écrirait un roman sur nos amours ; je le pensais en particulier de celles dont les lettres qu’elles m’écrivaient du temps que nous étions ensemble manifestaient un réel talent d’écrivain, un vrai don pour l’écriture. Un jour, longtemps après ma mort, ces lettres – qui sont désormais en sécurité, soigneusement préservées de la destruction - seront publiées, et le public sera époustouflé par la force, l’originalité, le style, la bouleversante beauté de tant d’entre elles. J’aurais été heureux qu’une de ces adolescentes, de ces jeunes filles qui ont partagé ma vie – et je ne parle pas ici d’aventures, de brèves rencontres, mais d’amours durables et profondes, de liens consubstantiels -, publiât un roman où elle aurait dit la passion, le plaisir, la complicité, le bonheur, et aussi, cela va de soi, les tensions, les querelles, les tourments de la jalousie, les plaies de la trahison, les douleurs de la rupture, bref ce mixte de félicité et de souffrance qu’est nécessairement un grand amour unissant un artiste de mon genre avec une jeune femme intelligente et sensible.
Cette conviction, cette espérance, aujourd’hui je ne les ai plus. Les plus géniales de ces adolescentes sont devenues des adultes ordinaires, elles sont rentrées dans le rang ; dévorées par le désir de respectabilité, elles ne songent pas un instant à ressusciter dans un roman ce qu’ensemble nous avons vécu. Au contraire, elles veulent l’effacer de leur cœur et de leur mémoire. Nos belles amours sont un passé qu’elles ont renié, oublié (ou qu’elles affectent d’avoir oublié, ce qui dans la pratique revient au même). L’une de ces jeunes personnes, Aouatife, âgée de seize ans (nous étions amants depuis un an), avait écrit un joli texte sur nos clandestines et passionnées amours, souhaitait qu’il fût publié, l’avait présenté à un concours d’écrits lycéens ; mais ce récit, n’ayant pas été retenu (ce jury était un jury de cons, car ces pages sont magnifiques), est demeuré inédit et si ce n’était pas moi qui, grâce à Dieu, en conservais précieusement le manuscrit, je ne suis pas certain que son auteur, quand quelques années plus tard elle m’a quitté, ne l’eût pas alors détruit.
Certes, l’écrivain, c’est moi. C’est à moi, non à elles, qu’incombe la charge d’être le scribe de nos amours. Picasso a peint ses épouses et ses maîtresses, parfois habillées, le plus souvent nues, mais aucune d’elles n’a songé à peindre Picasso. Néanmoins, cela m’aurait fait plaisir si l’une de mes amantes, ou ex-amantes, m’avait dit un jour : « Peux-tu me photocopier mes lettres ? J’en ai besoin pour écrire quelque chose sur nous. » En fait, l’une d’elles, Francesca, me l’a demandé et, comme je le raconte dans un tome déjà paru de mon journal intime, j’ai obtempéré ; mais Francesca n’a en définitive rien écrit et aujourd’hui, mariée avec un bourgeois qui est socialement aux antipodes du poète « sulfureux » (comme disent les journalistes) que je suis, elle se fiche de nos amours comme de sa première barboteuse, elle est à des années-lumière de la passion qui m’a naguère inspiré Ivre du vin perdu.
Pourtant l’archange Gabriel veille sur moi. C’est pourquoi il a voulu à l’occasion de la rentrée littéraire m’offrir une consolation. Ce baume sur les plaies de mon âme, c’est Journal intime, le nouveau roman de Nathalie Rheims qui vient de paraître aux Editions Léo Scheer. Nathalie, je la connais depuis son adolescence. Récemment, nous avons été ensemble invités à une émission télévisée de Thierry Ardisson. Celui-ci nous a demandé si entre nous, quand Nathalie avait dix-sept ans et était élève du cours d’art dramatique dirigé par mon ami Jean Périmony… Bref, vous avez compris. Nous ne voulûmes pas décevoir ce cher Thierry et notre réponse releva du flou artistique, mais ici je veux dire la vérité : il ne s’est jamais rien passé de sentimental, d’amoureux entre nous : nous étions simplement des amis. Durant ce torride été 76, j’étais l’amant d’une de ses camarades de première année prénommée Marie (comme je le raconte dans La Passion Francesca) et Nathalie, elle… Si vous voulez le savoir, lisez Journal intime.
Je n’ai donc inspiré aucun des personnages masculins de ce nouveau roman, mais, et c’est là où je voulais en venir, en écrivant Journal intime, Nathalie a répondu à la vaine attente que j’évoque ci-devant, car ce livre est celui qu’une de mes oublieuses amantes aurait pu et dû écrire ; il resserre en soi et, d’une certaine manière, remplace tous ces romans vécus mais non écrits par mes renégates adorées.
Je n’avais peut-être jamais lu sous la plume d’une femme une description aussi juste de l’amour féminin ; et, comme romancier je suis très fier car mes propres réflexions sur la façon dont les jeunes filles et les jeunes femmes aiment, sur ce qu’elles entendent par amour, sur ce qu’elles mettent dans ce mot (qui n’a que peu de rapports avec ce que nous, hommes, y mettons), sur leur radicale inaptitude au carpe diem, sur leur inquiète et perpétuelle insatisfaction, sont fortifiées, corroborées par les analyses du sentiment amoureux que fait Nathalie Rheims dans ce roman écrit à la première personne du singulier (ce que les Italiens appellent le io narrante).
Lisant ce bref et brûlant récit (où Nathalie, pour justifier la nécessaire impudeur de l’écrivain, dit avec raison que l’art d’écrire est l’art de « crocheter les serrures avec un stylo »), je n’ai pas cessé un instant, quasi à chaque page, d’y mettre des noms appartenant à mon aventure personnelle, d’y déchiffrer sur le visage de l’héroïne ceux de mes amantes évanouies (ou présentes), d’y entendre leurs voix à travers la sienne, et je pense que de très nombreux hommes auront, lisant Journal intime, la même impression. En parlant de soi, en dévoilant le plus intime de soi, Nathalie Rheims, et là réside son art de romancière, atteint à l’universel. Que ce livre soit autobiographique ou fictif est de peu d’importance. Ce qui compte, c’est que l’héroïne existe, qu’on y croit, qu’on la voit vivre, que la lectrice et le lecteur se reconnaissent dans cette femme brûlée par l’amour fou et cet homme infidèle, léger, égoïste, décevant, lâche, menteur qui est sans cesse en train de disparaître et n’accorde qu’une part infime de son temps à celle qui voudrait l’occuper dans son entier.
La jeune femme qui, page 31, obsédée par la présence des autres femmes, des rivales, se demande combien de lignes lui seront consacrés dans le journal inédit de son amant ; celle qui page 33 écrit à son amant : « Je voudrais qu’il n’y eût plus que moi dans ton journal » et songe à rompre parce qu’elle ne supporte plus de n’être dans la vie de cet homme inconstant « qu’un sujet de plus, une femme parmi les autres » ; celle qui page 47 s’exclame : « Comment fais-tu pour me quitter après chaque retrouvaille ? » ; celle qui estime que quelque soit le temps que lui accorde son amant, ce n’est jamais assez, et soupire page 65 : «Tu donnes avec parcimonie, surveillant les minutes sans jamais oublier ta fuite prochaine » ; celle qui page 103, avec ce refus de la réalité qui caractérise son sexe, a ce cri redoutable (je veux dire : ce cri que les hommes, qui détestent les possessives hystériques, redoutent comme la peste) : « Plus tu me rejettes, plus je te traque. » ; celle qui ne se sent jamais comblée par l’instant présent, qui est toujours tendue vers l’avenir, qui refuse d’admettre que ce fameux (et fumeux) avenir n’existe pas, qu’il compte pour du beurre, qui dans son propre journal intime écrit : « Attendre encore et toujours. » ; celle à qui ce que lui offre son amant ne suffit pas, qui en ressent de l’amertume, qui note page 143 ces mots où percent un désenchantement, une agressivité de moins en moins maîtrisés, prodromes du désamour et de la décision de rompre : « Il est rentré de voyage, mais il repartira. Je le reverrai, puis il s’en ira. Nous aurons une heure ou deux, ça et là. Quelques jours volés à sa vie. Un verre. Une cigarette. » ; celle qui page 155 jette à la poubelle les photos et les lettres de l’homme que récemment encore elle aimait à la folie… Seigneur, je les connais, je ne connais qu’elles, je pourrais vous dire leurs prénoms, la couleur de leurs yeux, le parfum de leurs peaux, je les connais si bien que j’ai la sensation d’être devenu un personnage de Nathalie Rheims, la fiction se confond avec la vie.
Oui, jamais peut-être (sauf peut-être dans les lettres de ma jeune maîtresse Anne L.B. qui apparaît dans Les Demoiselles du Taranne , qui sera davantage présente dans les tomes suivants de mon journal intime et qui, de toutes mes amoureuses, est celle qui m’aura écrit les choses les plus féroces sur mes défauts et mes faiblesses) ces griefs typiquement féminins, cet irrémédiable bovarysme n’ont été aussi précisément formulés par une plume de femme. Nous touchons là du doigt (ou plutôt, s’agissant d’un livre, de l’œil) l’abîme qui existe entre l’homme qui ne peut donner que des instants de bonheur, qui par trouille d’être piégé est toujours en train de s’échapper, et la femme qui rêve de fusion totale ; le malentendu fondamental qui existe entre ces deux sexes qui n’attendent pas la même chose de l’existence, qui ne parlent pas la même langue, dans la bouche desquels les mots n’ont pas le même sens, qui n’habitent pas la même planète et que la passion érotique, l’ensorcellement des sens peuvent seuls, fugitivement, réunir.
La page où Nathalie décrit la destruction par son héroïne de tous les souvenirs de son amant me fait horreur. Pour moi, c’est la monstruosité absolue, le triomphe de la barbarie, car la barbarie, c’est cela : le refus de la mémoire, la destruction du passé, la délibérée auto-lobotomie. C’est le « Du passé faisons table rase » de L’Internationale, c’est le « Nuit et Brouillard » des nazis (je vous renvoie aux pages décisives de Vladimir Jankélévitch). Pour Nathalie, peut-être, est-ce un acte naturel, salubre ; peut-être s’est-elle inspiré d’un crime qu’elle a elle-même commis, comme l’ont commis tant de mes ex-amantes qui, de Hadda à Marie-Agnès, sitôt après notre rupture, ont brûlé mes lettres, gommé toutes les traces visibles de ma présence dans leur vie.
Oui, ni Francesca, ni Marie-Elisabeth, ni Vanessa, ni Pascale, ni Anne, ni Elisabeth, ni Eléonore, ni Hélène, ni Aouatife, ni Sophie, ni Maud, ni Véronique (pour ne citer que quelques noms de jeunes personnes qui me semblaient avoir un tempérament littéraire, une disposition pour l’écriture) qui m’ont tant aimé et que j’ai tant aimées n’écriront le roman de nos amours ; mais Nathalie Rheims, elle, a écrit le sien, et cela me suffit, car elle les représente, les résume et les incarne toutes.
(1) Gallimard 2007.
Gabriel Matzneff
29 Août 2007
http://www.matzneff.com/
www.matzneff.com

5 commentaires

Par Léo Scheer,
vendredi 31 août 2007
Aujourd'hui, 31 août 2007, c'est le 3 ème "Blogday", il faut choisir 5 blogs favoris et les signaler aux NETOCRATES.(cf. le livre d'Alexander Bard qui sera publié aux Éditions Léo Scheer début 2008). Merci à Libr-critique de nous avoir choisis parmi les 5, avec les blogs qui sont en tête du classement comme "La république des livres" de Pierre Assouline et "Le tiers livre" de François Bon. Nous allons, nous aussi, faire notre choix, mais comme nous sommes un blog collectif, il faut d'abord que les membres des Éditions Léo Scheer me disent ici pour qui ils veulent voter.
Résultat:
Pierre Ménard
Vincent Bergera
Lignes de fuite.
Frédéric Boudet
Guy Degeorges.
Bien sûr, il y a tous ceux que nous connaissons bien et que nous citons régulièrement comme La république des livres de Pierre Assouline, Le tiers livre de François Bon et Remue.net , Libr-critique de Philippe Boisnard, ou encore les sites officiels d'écrivains qui ne sont pas vraiment des blogs comme celui de Gabriel Matzneff , de Marc-Édouard Nabe, de Frédéric Beigbeder, de Renaud Camus, de Marie Darrieussecq, de Michel Houellebecq, et pourquoi pas, ou "certainement pas", le blog de l'inénarrable Chloé Delaume.
N'y voyez aucun lien, mais je me disais que nous pourrions lancer, pour le 31 mars le "Blogbloodyday" où seraient "blacklistés" les blogs les plus "pourraves". (Depuis que je circule sur le web je n'arrive plus à causer normalement). J'en ai quelques uns en tête, mais je me retiendrai jusque là.
Je ne résiste cependant pas au plaisir de raconter mes mésaventures sur la toile. Je suis allé dans un coin perdu de l'Internet, le blog de Marc Pautrel, dit "MP", pour porter la bonne parole et recommander de lire l'article de Camille Laurens avant d'en débattre. Le blogger avait fait un billet outragé à la lumière de ce qu'il avait lu dans la presse. Les commentateurs ayant suivi mes conseils, commencèrent à contester l'analyse du blogger qui n'en démordait pas et commençait à s'énerver. Son billet portait le titre évocateur :"J'invente ce que je veux", ça ne s'invente pas. Je décidais donc de m'eclipser en laissant ce message :
"Merci aux commentateurs. Pour MP, il avait prévenu : il invente ce qu'il veut. Moi, je baisse les bras. (ces bras là, évidemment)"
Le monsieur vient de m'envoyer le message suivant sur mon mail personnel :
"Votre commentaire ci-dessous était assez drôle mais je ne le passe pas
sur mon blog car je crois que tout a été dit et qu'il faut maintenant
passer à autre chose."
Je préfère en parler tout de suite car j'ai peur d'oublier d'ici le 31 mars.
Reprise, ce dimanche 2 septembre 2007 à 11h20, je regarde et j'écoute Libr-critique, la retransmission live de Philippe Boisnard et Hortense Gauthier en train de parler des blogs littéraires, en particulier ceux de Lucien Suel et Pierre Ménard. Trés intéressant, même les interventions de Roland Barthes (le chien) sont justes.
25 commentaires

jeudi 30 août 2007
Par Léo Scheer,
jeudi 30 août 2007

Nous recevons ce message de MARGARITA TRAPCHEVA
Le mercredi 29 août 2007 à 22:36 :
Je suis journaliste bulgare & en effet j'ai vu Mr Francois Weyerganz dans vol direct Paris-Sofia semaine derniere. J'espere qu'il est chez nous pour une traduction en langue bulgare de son beau livre Goncourt Prize, que j'ai lu en allemand (les Bulgares aiment parler plusieurs langues). C est agreable de lire votre site.
Renseignements pris F.W. se trouve effectivement ici, au Sheraton Sofia Hotel Balkan, d'ou il peut méditer en regardant la Rotonde St Georges, reste de la forteresse médiévale Sredetz. Contacté par nos correspondants, il dit apercevoir de sa chambre "les coupoles d'une église orthodoxe, le minaret d'une mosquée et la banque Unicredit Bulbank."
Il nous a déclaré: "Je suis à Sofia pour faire du repérage pour le scénario promis à Claude Berri!". Selon lui, "On peut acheter un village bulgare (en ruines) pour deux ou trois mille euros. Les tomates sont à 0,70 euro le kilo, et du raisin muscat à un euro le kilo, dans ce qui est le marché le plus cher du centre-ville." Apparemment, l'auteur de Salomé hésite encore entre les trois. Nous espérons qu'il tranchera rapidement car nous l'attendons à Paris pour reparler de la publication de "Rita, brève prose". Nous essayons de joindre Margarita Trapcheva qui trouvera peut-être les arguments pour le convaincre.
Une dépèche vient de tomber. F.W. rentre à Paris dare-dare.
Il faudra peut-être que nous changions le titre en : "Les aventures extraordinaires de F.W." Ceux qui ont du mal à suivre peuvent poser des questions, nous tenterons d'y répondre.
En attendant, un petit extrait de l' article paru hier dans le journal "Le Monde" :
Officiellement en congé de maladie pour un mois, M. Schmidt a indiqué, mercredi, au quotidien Le Soir, que ce qui lui était reproché est "faux, archifaux, radicalement faux". Il ignore tout, dit-il, du document litigieux. L'ambassadeur juge, par ailleurs, que la réaction "un peu vive" de son ministère peut s'expliquer par le contexte politique du moment, en Belgique : "Nous sommes dans des négociations gouvernementales auxquelles le PS ne participe pas..."
Socialiste, francophone, homosexuel : les caractéristiques de l'intéressé sont, en tout cas, assez atypiques dans le monde belge de la diplomatie, majoritairement flamand et conservateur. Sa nomination, à 46 ans, dans la capitale française, avait suscité des jalousies, certains l'attribuant aux "protections politiques" dont il aurait bénéficié. A savoir, celles du PS francophone et de son président, Elio Di Rupo. Dans ce parti, on n'est pas loin de juger que les événements actuels visent indirectement à déstabiliser la gauche francophone.
Aujourd'hui, M. Schmidt est aussi mis en cause par la façon poliment qualifiée d'"active" dont il gérait son ambassade. Celle-ci, soudain dépoussiérée, était devenue le lieu de diverses fêtes et réceptions avec des acteurs, des musiciens, des vedettes du show-biz et des médias. "C'était devenu la cage aux folles", affirme un haut fonctionnaire flamand.
Jean-Pierre Stroobants
Article paru dans l'édition du 31.08.07.
Espérons que Rita, pardon, Margarita suit l'affaire de près.
4 commentaires

mercredi 29 août 2007
Par Léo Scheer,
mercredi 29 août 2007
Ce petit reportage a été réalisé avec une petite caméra numérique achetée à la FNAC 590 euros. Les conditions de prise de vue sont déplorables à cause des bousculades et de l'amateurisme du cadreur débutant. Il a fallu compresser énormément le signal, ce qui produit des sautes d'images, il n'y avait que le micro interne, le son est pourri. Nous n'avons pas réussi à mettre le bandeau "NO COMMENT" qui était initialement prévu pour faire un clin d'oeil à Euronews, mais finalement, c'est bien un hommage à STRIP TEASE, série culte de la télévision.
3 commentaires

Par Florent Georgesco,
mercredi 29 août 2007
M. Patrice Lestrohan, du Canard enchaîné, estime que je ne suis pas assez cruel. Je suis flatté que M. Lestrohan s’intéresse à moi. Je n’imaginais pas, jusqu’à ce jour, qu’un honneur si démesuré pût m’être accordé. Pensez donc : M. Lestrohan ! Tant de lumière jetée sur ma chétive personne, j’en suis abasourdi. Aussi m’efforcerai-je désormais, avec l’ardeur du néophyte, de suivre les leçons qu’une telle autorité consent à me donner. Je ne sais si je parviendrai, du premier coup, à la cruauté sans mélange dont M. Lestrohan, ce nouveau Juvénal, rêve pour moi. Je vais du moins commencer par dire la vérité, que certains esprits supportent mal, m’a-t-on dit.
Voici l’affaire. Le Canard enchaîné a chargé mon illustre mentor d’un compte rendu de L’Aube le soir ou la nuit, le livre de Yasmina Reza dont vous avez peut-être entendu parler. Il y est question de Sarkozy. Le Canard enchaîné n’aime pas Sarkozy. Sinon, il ne serait pas Le Canard enchaîné. Donc, M. Lestrohan n’aime pas L’Aube le soir ou la nuit. Sinon, il ne pourrait pas écrire dans Le Canard enchaîné. Je vous laisse juges de la forme que prend sa vindicte, qui se trouve dans l’édition de ce jour du vénérable hebdomadaire. On pourrait la résumer d’une formule : « Yasmina Reza est vaniteuse, c’est mal. » Car la vanité est un vilain défaut, dont par bonheur très peu d’écrivains et de journalistes sont atteints. Or, moins vigilant, moins intransigeant, moins soucieux de la bonne moralité des lettres françaises, j’ai oublié, dans l’entretien que nous avons eu ensemble, d’en faire reproche à Yasmina Reza. Pis : j’ai avoué que j’aimais ses livres, ce qui l’a sans doute encouragée dans cette voie de perdition. C’est tout de même ballot. J’aurais dû comprendre que le seul motif légitime pour demander un entretien à un écrivain est de détester son travail. M. Lestrohan sait, lui, qu’il y a de la complaisance à aimer un livre. Il ne semble pas loin de penser que le simple fait de lire un livre, ou une revue, est déjà suspect, si j’en juge par sa manière de me citer.
Car il me cite. J’en tremble encore. D’autant qu’il le fait avec une mauvaise foi et un aplomb dans le mensonge qui laissent pantois. Il rapporte d’entrée ce que Yasmina Reza me dit de L’Aube le soir ou la nuit : ce livre « contient la quintessence de ce qu’est – et non “de ce qui est” : le canard a perdu ses lunettes – pour moi l’observation sociale et intellectuelle ». Il poursuit : cette phrase est « extraite d’une interview-fleuve (soixante pages – en réalité soixante-cinq : le canard a cassé son boulier) que Yasmina a accordé à La Revue littéraire. L’analyse détaillée des œuvres et des personnages captivera sûrement les fans – merci : le canard est juste et impartial – ; très rezaïste, le ton général reste cependant à l’aune de ce qu’on vient de mentionner. Autre exemple : “La première pièce que vous avez écrite est d’une maîtrise, d’une virtuosité étonnantes” – phrase que j’assumerais volontiers si je l’avais écrite ainsi, mais il n’en est rien : le canard pourra se reporter à la revue ; il aurait d’ailleurs eu profit à le faire plus tôt, comme nous allons le voir –, juge, avec une cruauté de Hun affamé, l’intervieweur, Florent Georgesco – quelle joie ! quel bonheur ! que le canard est bon ! « Hun affamé » ! je peux mourir en paix, ma gloire est faite. Yasmina : “Je suis tout à fait d’accord”… » La démonstration est imparable : je passe mon temps à flagorner Yasmina Reza, qui passe son temps à approuver mes odieuses flatteries. Sauf que tout cela est entièrement bidon. La Revue littéraire n°32, p. 153 :
« F. G. : Ce qui me frappe, et a frappé tout le monde à l’époque, c’est que (Conversations après un enterrement) est vraiment la première pièce que vous ayez écrite, et qu’elle est d’une maîtrise, d’une virtuosité étonnantes. Vous faites preuve de beaucoup de métier, pour une débutante. Je ne suis pas loin de penser que vous en avez même trop.
Y. R. : Je suis tout à fait d’accord. C’est ce dont je me suis aperçu l’année dernière, et une des raisons pour lesquelles je ne l’aimais pas tellement au départ. Je sens bien qu’elle est un peu trop classique, que sa facture est proprette. »
Voyez comme on procède quand on veut faire dire blanc à qui dit noir, ça pourra vous servir un jour. Il est parfaitement vrai que Reza m’a répondu « je suis tout à fait d’accord », mais cette réponse signifiait le contraire exact de ce que M. Lestrohan lui fait dire, puisqu’il a omis de signaler mes réserves. Je ne peux, en tant qu’admirateur fanatique de la virtuosité, que m’incliner. Tant pis pour la rigueur journalistique, pour cette déontologie dont ces gens se montrent généralement si entichés, et tant pis pour l’honnêteté. M. Lestrohan et Le Canard enchaîné naviguent dans de trop hautes sphères (rendez-vous compte : ils font des calembours depuis 1915) pour s’en préoccuper. Ce genre de souci est bon pour la valetaille, pour les petites gens croupis dans leur admiration servile, tels que moi. Je n’ai qu’un avantage sur eux : je sais lire.
7 commentaires

Par Revue Littéraire,
mercredi 29 août 2007
La technologie nous venge de la technologie: un mail s'étant perdu, la note de lecture sur Ether n'a pu paraître dans le dernier numéro de La Revue littéraire. La voici.
Franck Resplandy, Ether, Plon, 238 pages, 18,50 euros
C’est une jeune infirmière, discrète, pudique et ordonnée. Elle vit dans le Nord de la France, au pays des corons, des mines de charbon et des secrets abjects. Elle soigne des cancéreux en phase terminale. Il y a déjà si longtemps qu’elle ne voit plus la souffrance.
Lui est photographe de mode, il a quitté Paris, ses artifices, la séduction, l’aisance dorée. Il recherche l’authenticité, la vérité sans contrefaçons, la photo ultime, celle qui ne sait plus mentir. Il s’intéresse à la mine, il s’enfonce dans les galeries, il veut retrouver l’instant, la mémoire. Ici des hommes ont pleuré, des hommes sont morts, quelle couleur avait leur existence, rêvaient-ils encore, que criaient leurs yeux ?
Un jour le photographe se blesse, l’infirmière le soigne. Il est plus beau que les cancéreux. Elle est séduite, elle aimerait une belle histoire avec de la douceur dedans. Mais il la bouscule, il l’outrage, la prend sans façons, un coin de table, un corps déchiré, contourné, retourné, une libido à fleur de peau et la marionnette déconcertée se laisse faire, elle prend vie et s’abandonne, animale repue. Des plaisirs insoupçonnés, la violence comme exutoire, la jouissance pour renaissance, la néophyte désire toujours plus.
Ressurgissent alors les anciennes hontes, les souillures, l’innommable. La mère transparente, le père régurgité par la mine reprend possession de son jouet. La douleur muette, le dégoût pour compagnon, les malades en phase terminale que l’on délivre si facilement, la vie, la mort, qui décide ? L’infirmière ne se pose plus de questions, elle agit, froide et décidée.
Et quand la mine avide se referme sur le photographe, l’infirmière entrevoit enfin sa mission. Le sauver. Le retenir, envers et contre tout. Le garder pour elle, rien que pour elle. Surtout ne rien dire à personne. Aimer à sens unique. L’ivresse est grisante, le cachot lumineux, elle et lui, à jamais réunis… et l’univers mental de l’infirmière bascule…
Un roman cruel à l’efficacité redoutable, récit d’une douce folie qui glisse vers l’inexorable, dérive des sentiments, le salut n’existe pas pour les âmes blessées.
Stéphanie des Horts
un commentaire

Par Léo Scheer,
mercredi 29 août 2007
Après les "Listes" concoctées par la presse, dans les rituels de la rentrée, arrivent "Les meilleures ventes". Là aussi, la bataille est rude, d'abord, parcequ'il s'agit d'une réalité difficile à cerner et que, par conséquent, les fantasmes et la désinformation y trouvent leur place. Le seul chiffre "objectif" pour un livre qui vient de se publier est celui de sa mise en place. Il s'agit du nombre d'exemplaires qui ont été facturés aux libraires et qui se trouvent dans leurs stocks. Au delà, il s'agit de sondages, c'est à dire, pour chaque institut de sondage d'une methode de calcul qui repose sur un panel de librairies. Les résultats varient selon le panel et selon la méthode d'extrapolation. Ensuite, il y a le classement. Les journaux, qui en ont les moyens, ont un contrat avec les institut de sondages pour publier un "Classement des meilleures ventes". Là aussi, il peut y avoir des inteprétations et des redressements, car on suit ça comme le Tour de France, et annoncer que tel auteur vient de dépasser tel autre, peut avoir un effet d'entraînement dans la mesure où toute la chaîne de vente du livre est sensible à ces classements. Par exemple, les libraires ont parfois des tables "Meilleures ventes" et certaines centrales d'achats, comme dans la grande distribution, ne se déclenchent que pour accompagner ces classements.
Les outils des sondages sont cependant de plus en plus performants. La compétition entre Instituts, les polémiques régulières, les ont conduit à se perfectionner. Mais pour analyser les résultats, le chiffre qu'il faut regarder avant tout, c'est celui du nombre d'exemplaires vendus dans la semaine, or ce chiffre n'apparait jamais. Si vous dites qu'un livre est "deuxième" mais que le "premier" en a vendu trois fois plus, ce n'est pas la même chose que s'ils se tiennent dans un "mouchoir de poche" et que la différence entr'eux est inférieure au taux d'erreur du sondage. On connait bien ce problème dans les sondages politiques. Or, ces volumes de ventes, vous ne les verrez jamais, tout le monde est d'accord pour qu'ils ne soient pas publiés. Pourquoi? D'abord, probablement, pour des raison juridiques. Le nombre d'exemplaires vendus sert d'assiette à la rémunération des droits d'auteurs, et on ne le connait réellement que trés longtemps après, quand on intègre les retours, et, en plus, il permettrait de calculer le chiffre d'affaire des éditeurs, qui est un secret dans les affaires. Il y a sans doute aussi des raisons psychologiques. Combien d'auteurs seraient effondrés s'ils connaissaient leurs chiffres de ventes semaine après semaine. Et finalement, cette déprime toucherait toute la profession, car on se dirait, "tout ça pour ça!". Misère de nous.
6 commentaires

samedi 25 août 2007
Par Léo Scheer,
samedi 25 août 2007

Voici la preuve que mon commentaire sur le Velib, en profond désaccord avec Céline et Julie qui appelaient au boycott, correspondait à un engagement authentique. Je tiens à féliciter Messieurs Delanoë et Decaux pour la qualité de ce service. Je puis également témoigner du fait qu'il y a une forte demande. Celà se passait ce samedi 25 août 2007 à 22h30 dans le premier arrondissement. Il n'y avait plus qu'un vélib disponible, et j'ai vu au moins vingt personnes qui m'observaient, goguenards, espérant manifestement que je ne parviendrai pas à le libérer. Ils furent déçus, et moi assez fier d'y être arrivé. A l'arrivée, pas trés loin, je fus particulièrement bien accueilli par une autre vingtaine de personnes qui attendaient devant une station vide.
16 commentaires

Par Léo Scheer,
samedi 25 août 2007

Si vous cherchez F.W. vous pouvez suivre les conseils d'un diplomate remarquable (Pierre-Dominique Schmidt, un sympathique voisin) qui propose sur son site de répondre à vos questions. Pour l'heure c'est plutôt du côté de Sofia que nous entraîne Weyergraf dans ses périgrinations. J'espère qu'il trouvera en Bulgarie un de ces tee-shirts dont il a le secret, et sur lequel, Rolf Puls de Gallimard Limitee à Montréal, pourra nous faire quelque commentaire. La vie d'un écrivain, surtout d'un Prix Goncourt, n'est pas toujours aussi rose qu'on le croit.
un commentaire

vendredi 24 août 2007
Par Léo Scheer,
vendredi 24 août 2007
Si vous suivez l'actualité, vous constaterez que le développement des "chaines" sur le web prend de l'ampleur. CurrentTV d'Al Gore, YouTube occupent la page medias du Libé d'aujourd'hui. J'aimerais développer leoscheerTV dans ce sens, mais d'une façon thématique, autour d'un service consacré aux livres et à la littérature. Pour le moment, la page d'accueil, avec ses neuf écrans est dédiée aux vidéos de la maison d'édition. J'aimerais créer une deuxième page d'accueil pour les videos réalisée par d'autres dans ce domaine. On pourrait y trouver des extraits d'émissions, des videos d'auteurs, des archives, des débats, etc. J'aimerais connaitre vos réactions, s'il y en a, sur ce projet.
4 commentaires

jeudi 23 août 2007
Par Angie David,
jeudi 23 août 2007
Je cherchais une bonne occasion pour commencer officiellement à écrire sur le blog des éditions LS. Elle est là, toute trouvée, c'est le premier film de Céline Sciamma, Naissance des pieuvres. J'avais tellement envie de le voir - encouragée sur ce point par Antoine de Baecque - que je suis allée au cinéma, alors que je ne vois les films qu'en DVD. Bien que le mot soit galvaudé, il n'y en a pas d'autres, j'ai adoré. Ce film avait tout pour me plaire (teenage et girly movie sur des jeunes filles découvrant les vertiges de la sexualité), mais il est plus que ça. Céline Sciamma évite les écueils du genre et donne un point de vue sensuel et original, elle est sans aucun doute une des nouvelles grandes cinéastes françaises. Son héroïne, Marie, lui ressemble sûrement beaucoup. Elle est garçon manquée, intelligente et déjà en mesure d'aimer comme une femme. Elle tombe amoureuse de Floriane, la bombe du coin, et est prête à tout pour elle, même à subir la rivalité des garçons (pas très intéressants, juste mignons). Elle délaisse quelques temps sa meilleure amie, celle qui est un peu grosse, mal dans sa peau, avant de la retrouver sur une certitude : elles savent ce qu'elles veulent et sont capables de tout pour réaliser leurs rêves. Floriane reste en eaux troubles, malgré la grâce qu'elle déploie dans les concours de natation synchronisée (où une bonne partie du film se passe, la piscine étant une des seules activités de cette petite ville de banlieue).
On découvre à la fois le talent discret, tout en économie et en justesse, de Céline Sciamma, mais aussi un nouveau visage. Adèle Haenel (qui joue Florianne) est une des filles les plus spectaculaires que j' ai vue depuis longtemps. Elle a cette beauté exhorbitante des adolescentes qui ne connaissent qu'en partie la force de leur pouvoir de séduction, le corps en éclosion, les manières rudes, l'attitude ambiguë. Elle pense être à même de donner tout l'amour du monde, et pourtant elle s'interdit de le faire (l'amour). Encore indéterminée dans ses choix sexuels, elle veut plaire à tout prix et pour ce faire, raconte des histoires. Marie, apparemment moins construite, est en réalité plus sûre d'elle. Elle aime Floriane et le lui prouvera par un acte aussi puissant que pudique. Mais je ne vous en dis pas plus. Il faut aller voir Naissance des pieuvres, au plus vite, et prier pour qu'il soit édité en DVD (ce qui me permetterait de l'intégrer à ma DVDthèque, entre L'Effrontée et Moi, toi et tous les autres).
20 commentaires

dimanche 19 août 2007
Par Léo Scheer,
dimanche 19 août 2007
Quel dommage que nous n'ayons pas un Edgard Morin pour analyser, comme il le fit dans "La rumeur d'Orléans", la propagation des informations dans une petite ville. Je pense à ce village que forment les media autour de la rentrée littéraire. Chaque année on sacrifie à l'exercice : au petit jeu des listes. On peut se demander s'il a encore un sens. Il s'agit, la plupart du temps d'affirmer la ligne éditoriale du journal et sa petite parcelle de pouvoir et d'influence, en espérant peser sur les listes des prix ou en se laissant manipuler par ce que leurs vieux routiers souhaitent vous faire colporter. Par exemple on va choisir un thème et dire que c'est la tendance lourde de la rentrée. Si votre journal est militant, vous expliquerez que c'est le retour de la politique ou de la réalité sociale dans la littérature, ce qui vous permettra de faire une liste du style "en attendant Bégaudeau", avec des livres que vous n'aurez pas forcément lus mais qui seront à priori dans la ligne juste. Sinon, vous pourrez aussi faire celui qui est "au parfum" et répercuter les bruits et autres "intox" qui circulent dans les couloir des jury. Pas une liste sans "Le" Yasmina Reza que personne n'a lu et sur lequel on porte déjà des jugements, "est-ce vraiment de la littérature?" etc...Alors... Alors, il faut prendre exemple sur Sollers-le-Magnifique qui, lui, ne s'encombre pas de toutes ces simagrées et décrète dans le J.D.D. d'aujourd'hui que la seule vraie liste incontournable, ce sont les deux livres qu'il publie dans l'Infini.
40 commentaires

samedi 18 août 2007
Par Léo Scheer,
samedi 18 août 2007
Le nouveau billet de Pierre Assouline "Ce que sera la responsabilité des intellectuels", du 17 août, suscite un débat des commentateurs, Ramiel, José, Vieux Radis et consorts que je trouve trés intéressant. Pierre Assouline a repéré un article de Pierre Lévy dans Le Monde Diplomatique d'août à propos de cet enjeu qui est loin d'être négligeable pour ceux qui fréquentent le Réseau. J'avais rencontré Pierre Lévy en 1994, au moment où je publiais "La démocratie virtuelle" et lui, déjà, "L'intelligence collective" à La Décourverte. (Il a publié en 2002 "La Cyberdémocratie" chez Jacob.) Nous nous intéressions aux mêmes sujets, mais je ne me sentais pas en phase avec lui. Il y a, dans sa quète utopique, dans sa guerre du "sens" contre le "signe", dans les logiciels autour desquels il souhaite fédérer l'intelligence collective, dans la proposition faite aux intellectuels de constituer une nouvelle "avant garde", même dans sa façon d'aller chercher la caution du merveilleux Michel Serre qui à prouvé dans son oeuvre, de "Hermes" à "Esthétiques sur Carpaccio" à quel point il en était éloigné, les ferment d'une nouvelle sorte de "totalitarisme éclairé". Mais le débat autour de ses idées n'en est que plus instructif, et j'aime beaucoup les réactions sceptiques des commentateurs du blog d'Assouline.
aucun commentaire

jeudi 16 août 2007
Par Léo Scheer,
jeudi 16 août 2007

C'est la rentrée. Cet aprés midi, j'irai, comme ce jeune homme, au 15 Bd Raspail, à la Librairie Gallimard de Marie-Christine Besson et Jean-Luc Marchand. C'est une de mes préférées à Paris. Créée en 1921 par Gaston, on y trouve 20.000 références de cette Maison et, bien sûr, La Pléiade. Antoine a raison d'être fier d'avoir préservé cette Rolls-Royce de l'édition française.
En 1931, un jeune éditeur, dont la correspondance est à lire absolument, Jacques Schiffrin des éditions La Pléiade/J. Schiffrin & Cie, crée une collection géniale : la Bibliothèque de la Pléiade. (Il doit y avoir quelque chose de génétique car son fils, André Schiffrin, à New York, est le fondateur de The New Press). Jacques Schiffrin offrait ainsi des œuvres complètes d'auteurs classiques en format poche, Gide et Schlumberger, créateurs de la NRF, ne pouvaient laisser passer celà, ils intègrèrent cette collection aux éditions Gallimard en 1934. La Bibliothèque de la Pléiade développe alors l'appareil critique et devient La collection de référence.
Il y a aussi, dans le fond à gauche, une petite salle, où vous pourrez m'apercevoir souvent, perché sur une échelle, c'est l'antre de Paul Derieux, un des meilleurs libraires de Paris. On y trouve des tirages de tête. J'avais organisé avec lui la vente des Salomé à 300 euros signés par Weyergans, qui étaient partis comme des petits pains; mais aussi, à des prix abordables, ces cartonnages NRF dits Bonnet/Prassinos qui est ma collection de livres préférée.
La librairie organise également des débats avec un public de passionnés. Nous avions fait une trés belle séance sur "Dominique Aury" présentée par Angie David et Jean-Claude Zylberstein. J'espère que nous pourront faire une nouvelle séance avec le numéro de La Revue Littéraire du Centenaire de la NRF en 2008.
4 commentaires

mardi 14 août 2007
Par Léo Scheer,
mardi 14 août 2007

Bien qu'il n'ait pas cité "ma version", je recommande l'article de Stéphane Foucart sur Gilgamesh dans Le Monde d'hier daté du 14 août. Une accroche en une et une double page du prestigieux quotidien...va-t-on enfin commencer à s'intéresser vraiment à cette civilisation mésopotamienne et à cette épopée (le premier livre)? Les déclarations de Christine Kepinski du CNRS sont inquiètantes: l'impossibilité de protéger les sites archéologiques dans la situation actuelle du pays fait que des "pans entiers de l'histoire de l'humanité ont disparu à jamais." Faire revivre ce qui s'est passé entre le Tigre et L'Euphrate pendant les quatre mille ans qui ont précédé notre ère me semble être, pour notre époque, aussi important que le fut la redécouverte de la Grèce à la Renaissance.

Le deuxième article (Le Monde daté du 15 août) de Stéphane Foucard, conscré à Sargon et à la confrontation entre Akkadiens et Sumériens se termine ainsi:
"Le roi n'est plus le premier des hommes. Sa légitimité lui vient des dieux, il devient leur intermédiaire avec le monde des mortels. En Irak, au XXIIIe siècle avant l'ère chrétienne, la "monarchie élective" d'Iphur Kish - une manière de démocratie - est donc défaite, sur le champ de bataille, par la monarchie héréditaire et de droit divin de Naram-Sîn. A l'heure où les Américains échouent à "démocratiser" l'entre-deux-fleuves, on est tenté d'y voir une leçon de l'histoire. Ce n'est, sans doute, que l'un de ses pieds de nez."
Cette série d'articles est vraiment remarquable. On attend la suite.
Voilà. Elle est arrivée la suite. C'est Hammourabi, ici debout, recevant la Loi, tel Moïse, de la main de Shamash, le dieu-soleil. Je suis devenu accro à cette série comme on peut l'être à un feuilleton TV. Du coup, je lis Le Monde à la lumière de Sumer, le titre d'hier:"Impasse à Bagdad" prend une toute autre ampleur, comme s'il était inscrit dans l'argile en cunéïforme. En lisant l'histoire d'Hammourabi où s'enracine celle des rapports entre l'Iran et l'Irak, en retrouvant les sources de cette Loi qui a fini par modeler cette amérique qui s'y enlise, je retrouve des sensations de l'époque où, à Science Po, on nous apprenait à rédiger en décryptant les éditos d'Hubert Beuve-Mery. Merci cher Stéphane Foucart pour ce magnifique travail. Encore!

IV) Les Hittites. Si vous regardez de près une de ces petites figurines portant une tiare conique, vous aurez une sensation de mystère et de familiarité. Vous auriez pu le croiser dans un carnaval en Belgique ou en Suisse, il est pourtant vieux de trente cinq siècles, vivait en Turquie et servit de modèle pour représenter un dieu Hittite. Stéphane Foucart, qui aime que son travail puisse servir à des réflexions actuelles rappelle que le père de la Turquie moderne, Atatürk, "adorait tout ce qui pouvait rapprocher les Turcs des Européens et les éloigner du monde Arabo-Musulman." C'est le cas de ce grand monarque au nom si difficile à prononcer qu'on a préféré l'oublier et de cette civilisation qui nous conduit peut-être aux portes de Troie et des récits Homèriques.

Delacroix reproduit ici l'acte par lequel on efface une civilisation. Il n'est longtemps resté d'Assurbanipal, le dernier grand roi assyrien, que ce sobriquet trompeur de Sardanapale et cette image dégradée, évoquée par Stéphane Foucart dans son article V, du "jouisseur, indolent et dépravé." Tout se passe comme si nous avions voulu à tout prix effacer nos origines. Cette civilisation fonctionne en nous comme l'inconscient, elle a modelé la plupart de nos croyances, le judéo-christianisme, la mythologie grecque, la sagesse populaire, jusqu'à l'astrologie et l'interprétation des rêves, mais en restant enfouie, en deçà de la mémoire, comme si le sable qui la recouvrait était une manière de censure. Le fait qu'elle remonte aujourd'hui à la surface est peut-être le signe que nous sommes entrés collectivement en analyse.

Le VI ème article a pour titre Cyrus le taiseux. La réputation du fondateur de l'Empire Perse Achéménide est inspirée par la Cyropédie de Xénophon et par l'Enquête d'Herodote écrite un siècle après sa mort, mais comme le dit Stéphane Foucart "il est surtout un parfait inconnu." En fait, "Cyrus n'a rien écrit, ne s'est pas fait représenter, on ne sait rien de ce qu'il disait, de ce qu'il pensait. On ne sait finalement rien de lui." déclare Pierre Briant, l'un des meilleurs spécialistes. Il est pourtant crédité d'être l'"inventeur des droits de l'homme", son nom apparaît sur le Cylindre conservé au British Museum qui en serait l'acte fondateur. En tous cas, c'est pendant son règne que les éxilés de Judée, qui vivaient prés de Babylone depuis que Nabuchodonosor les eût chassés de Jérusalem aprés avoir détruit le Temple, qu'ils eurent le droit de revenir. On sent, lorsqu'on lit attentivement la Bible, à quel point cet exil fut décisif dans son écriture et dans son inspiration. Il y a d'ailleurs un véritable "scoop" à la fin de cet article. Des tablettes d'argile circulent depuis une dizaine d'années sur le marché parrallèle. Des "fouilleurs clandestins" pillent un site prés de Bagdad. Une prochaine publication devrait révéler ce qu'écrivaient ces Hébreux éxilés, restés sur place bien aprés l'édit autorisant le retour de -539. Mais on hésite à le rendre public, car, comme le dit François Joannès:"on pourrait redouter une instrumentalisation de sa découverte pouvant aboutir à sa destruction." Car ce site, prés de Bagdad, s'appelle Jérusalem. Il faut que Nathalie Rheims se penche sur ce sujet qui pourrait être la suite du Cercle de Meggido.
8 commentaires

jeudi 9 août 2007
Par Léo Scheer,
jeudi 9 août 2007

J'ai eu le privilège, grâce à sa fille Cécile qui me l'a prété, de lire, en avant-première, le livre de Michel David-Weill L'esprit en fête publié par Robert Laffont qui sera en librairie le 13 septembre. Cette lecture m'a enchanté. Michel David-Weil, que le magazine Markets appelle le "Dernier Empereur" est un des hommes qui ont façonné le monde dans lequel nous vivons. Patron de la banque Lazard, il a exercé un métier mystérieux, marqué par le secret. Son livre, à priori impossible, parvient à le rendre présent. Vous passez un moment avec lui, en tête à tête, et vous l'entendez parler de ses goûts, de ses opinions avec une sincérité et une élégance qui le rendent irrésistible. Le charme opère car vous comprenez que lorsqu'il vous confie ce qu'il aime ou n'aime pas dans l'histoire de la peinture, il vous dévoile, au passage, quelques uns des secrets de son action. Vous entrez ainsi dans l'intimité de son esprit et de son caractère, il vous prend par la main et vous conduit dans le jardin à la française d'une âme singulière. Dans tout ce qu'il évoque, religion, valeurs morales et professionnelles, rapports à la famille, aux femmes, à l'argent, au bonheur, à la politesse, à la France, au capitalisme, partout transparaît cet art si particulier, une sorte de don, celui de savoir se forger une opinion qui vous soit propre et vous permet d'agir, de décider, de diriger. C'est une forme de souveraineté qu'il partage avec la littérature et fait que ce livre est une étonnante réussite.
12 commentaires

mardi 7 août 2007
Par Léo Scheer,
mardi 7 août 2007

The Game va devenir un jeu à l'échelle de la planète. Bientôt, quatre cent millions de "profils" seront accessibles dans l' annuaire Spock. Valérie Collet du Figaro signale que l'algorihme permettra de "fournir une liste de noms quand l'internaute tape une requête portant sur un parti politique, une famille, une entreprise..." elle ajoute: "Spock doit être capable de déceler un joueur de golf parmi vos contacts." Au delà des exemples choisis, propres à effrayer les lecteurs du Figaro, on peut aisément imaginer la panique que va déclencher ce logiciel entre les mains d'opérateurs qui semblent déterminés à ne pas trop s'aligner sur les engagements des "Majors" en matière de protection de la vie privée. (Microsoft et Ask en particulier). L'expérience que nous allons développer avec The Game, nous permettra peut-être de fournir à ceux qui voudront se préserver, une véritable panoplie de camouflage. Le Prix Peillet prendra alors tout son sens.
15 commentaires

vendredi 3 août 2007
Par Léo Scheer,
vendredi 3 août 2007

NTV6. suite:
Umbrella
Jay-Z:
No clouds in my storms
Let it rain
I hydroplane into fame
Come'n down with the Dow Jones
When the clouds come we gone
We Rocafella
She fly higher than weather
And she rocks it better
You know me
An anticipation for precipitation
stacks chips for the rainy day
Jay, rain man is back with lil Ms. Sunshine
Rihanna where you at?
Rihana.
You had my heart
and we'll never be world apart
Maybe in magazines
but you'll still be my star
Baby cause in the Dark
You can see shiny Cars
And that's when you need me there
With you I'll always share
Because
When the sun shines
We’ll shine together
Told you I'll be here forever
Said I'll always be your friend
Took an oath
I'mma stick it out 'till the end
Now that it's raining more than ever
Know that we still have each other
You can stand under my Umbrella
Under my umbrella
These fancy things,
will never come in between
You're part of my entity
Here for Infinity
When the war has took it's part
When the world has dealt it's cards
If the hand is hard
Together we'll mend your heart
Because ...
When the sun shines
We'll shine together
Told you I'll be here forever
Said I'll always be your friend
Took an oath
I'mma stick it out 'till the end
Now that it's raining more than ever
Know that we still have each other
You can stand under my Umbrella
You can run into my Arms
It's okay don't be alarmed
(Come into Me)
(There's no distance in between our love)
So Gonna let the rain pour
I'll be all you need and more
Because ...
When the sun shines
We'll shine Together
Told you I'll be here forever
Said I'll always be your friend
Took an oath
I'mma stick it out 'till the end
Now that it's raining more than ever
Know that we still have each other
You can stand under my Umbrella
It's raining (raining)
baby it's raining
You can always come into me...
25 commentaires

Par Léo Scheer,
vendredi 3 août 2007
Florent Georgesco me communique la liste des livres de la rentrée 2007 qui seront chroniqués dans le n° 32 de La Revue Littéraire. 56 livres, 24 chroniqueurs, en librairie le 3 septembre. Environ 400 pages. 15 euros. Le fichier part à l'imprimerie cet aprés midi.
Marie Darrieussecq, Tom est mort, P.O.L (par Camille Laurens)
Yasmina Reza, L’Aube, le soir ou la nuit, Flammarion (entretien avec Florent Georgesco)
Charles Dantzig, Je m’appelle François, Grasset (par Florence Xueref – entretien Florent Georgesco)
Yannick Haenel, Cercle, Gallimard, « L’Infini » (par Laure Mentzel – entretien Florent Georgesco + Laure Mentzel)
Éric Reinhardt, Cendrillon, Stock (par Jean-Baptiste Scieux – entretien Florent Georgesco)
Pierre Assouline, Le Portrait, Gallimard (par Nathalie Rheims, Journal intime, roman.)
Marisha Pessl, La Physique des catastrophes, Gallimard, « Du monde entier » (par Julia Curiel)
François Bégaudeau, Fin de l’histoire, Verticales (par Ulysse Korolitski)
Linda Lê, In Memoriam, Bourgois (par Angie David)
Thomas Clerc, Paris, Musée du XXIe siècle. Le dixième arrondissement, L’Arbalète/Gallimard (par Élodie Issartel)
Diane Meur, Les Vivants et les Ombres, Sabine Wespieser (par Hélène Renard)
Benoît Duteurtre, Ma belle époque, Bartillat (par Stéphanie des Horts)
Gisèle Fournier, Ruptures, Mercure de France (par Corina Ciocârlie)
Pierre Drachline, L’Île aux sarcasmes, Flammarion (par Alfred Eibel)
Patrick Besson, Belle-sœur, Fayard (par Stéphanie des Horts)
Antoine Volodine, Songes de Mevlido, Le Seuil, « Fiction & Cie » (par Jean-Baptiste Scieux)
Thierry du Sorbier, Le Stagiaire amoureux, Buchet-Chastel (par Cécilia Dutter)
Alan Warner, Le Dernier Paradis de Manolo, Bourgois (par Lize Braat)
Laurent Graff, Il ne vous reste qu’une photo à prendre, Le Dilettante (par Stéphanie des Horts)
Paula Fox, Côte Ouest, Joëlle Losfeld (par Céline Ottenwaelter)
Camille de Toledo, Vie et mort d’un terroriste américain, Verticales (par Clément Tuffreau)
Joan Didion, Maria avec et sans rien, Robert Laffont, et L’Année de la pensée magique, Grasset (par Fabienne Loye)
Michel Monnereau, On s’embrasse pas ?, La Table Ronde (par Stéphanie des Horts)
Louise Desbrusses, Couronnes, boucliers, armures, P.O.L (par Corina Ciocârlie)
Gérard de Cortanze, De Gaulle en maillot de bain, Plon (par Stéphanie des Horts)
Vita Sackville-West, Plus jamais d’invités !, Autrement (par Isabelle Viéville Degeorges)
Simon Liberati, Nada Exist, Flammarion (par Angie David)
Célia Houdart, Les Merveilles du monde, P.O.L (par Élodie Issartel)
Christophe Mory, Les Exilés de l’Archipel, Le Rocher (par Stéphanie des Horts)
Jonathan Franzen, La Zone d’inconfort, L’Olivier (par Céline Ottenwaelter)
Charif Majdalani, Caravansérail, Le Seuil (par Guillaume Navaud)
Christophe Ono-dit-Biot, Birmane, Plon (par Jean-Baptiste Scieux)
Pierre Charras, Quelques ombres, Le Dilettante (par Cécilia Dutter)
Vincent Delecroix, La Chaussure sur le toit, Gallimard (par Isabelle Viéville Degeorges)
Olivier et Patrick Poivre d’Arvor, J’ai tant rêvé de toi, Albin Michel (par Stéphanie des Horts)
Lydie Salvayre, Portrait de l’écrivain en animal domestique, Le Seuil (par Lize Braat)
David Markson, Arrêter d’écrire, Le Cherche Midi, « Lot 49 » (par Laure Limongi)
Stéphanie Janicot, Le Privilège des rêveurs, Albin Michel (par Stéphanie des Horts)
Georges-Olivier Châteaureynaud, L’Autre Rive, Grasset (par Anne Procureur)
Clémence Boulouque, Nuit ouverte, Flammarion (par Cécilia Dutter)
Min Tran Huy, La Princesse et le Pêcheur, Actes Sud (par Céline Ottenwaelter)
Thibaut de Saint Pol, Pavillon noir, Plon (par Stéphanie des Horts)
Valérie Gans, Charity Bizness, Payot-Rivages (par Jean-Baptiste Scieux)
Alain Fleischer, Quelques obscurcissements, Le Seuil, et L’Ascenseur, Le Cherche Midi (par Isabelle Viéville Degeorges)
Alizé Meurisse, Pâle Sang bleu, Allia (par Angie David)
Zsuzsa Bànk, L’Été le plus chaud, Bourgois (par Fabienne Loye)
Didier Da Silva, Hoffmann à Tokyo, Naïve (par Laure Limongi)
Éric Halphen, Maquillages, Rivage (par Laure Mentzel)
Christophe Donner, Un roi sans lendemain, Grasset (par Jean-Baptiste Scieux)
Hélène Frappat, L’Agent de liaison, Allia (par Laure Limongi)
Alessandro Baricco, Cette histoire-là, Gallimard (par Stéphanie des Horts)
Raphaël Meltz, Meltzland, Panama (par Laure Mentzel)
Olivier Adam, À l’abri de rien, L’Olivier (par Sophie Mentzel)
Arnaldo Ginna, Les Locomotives avec des chaussettes, Allia (par Élodie Issartel)
Éric Chevillard, Sans l’orang-outan, Minuit (par Alain Nutkowicz)
22 commentaires

jeudi 2 août 2007
Par Léo Scheer,
jeudi 2 août 2007

Weyergraf étant né un 4 août, nombreux sont ceux qui ignorent que F.W.(le vrai) (enfin, est-ce bien sûr?) est, lui, né le 2 août. Nous lui souhaitons un trés heureux anniversaire. Gageons que les dieux se pencherons sur cette soirée pour la rendre littéraire. Je signale à Florent Georgesco, qui boucle la Revue en solitaire, que F.W. n'est pas loin et qu'il a pu trouver une boutique ouverte avec de l'excellent W. Devant ses fenêtres, quelques Ouzbeks musclés montent la garde. Mes parents, qui étaient passés par là en 1945, m'avaient décrit la beauté de ce pays, expliqué comment ils avaient construit leur maison et parlé de l'hospitalité des Ouzbeks. J'espère pour F.W. que ça n'a pas trop changé.
5 commentaires

mercredi 1 août 2007
Par Léo Scheer,
mercredi 1 août 2007
Rehab
They tried to make me go to rehab
I said no, no, no.
Yes I been black, but when I come back
You wont know, know, know.
I ain’t got the time
And if my daddy thinks im fine
He’s tried to make me go to rehab
I wont go, go, go.
I’d rather be at home with ray
I ain’t got 70 days
Cos there’s nothing, nothing you can teach me
That I can't learn from Mr. Hathaway
Didn’t get a lot in class
But I know it don’t come in a shot glass
They’re tryin to make me go to rehab
I said no, no, no
Yes I been black, but when I come back
You wont know, know, know.
I aint got the time,
And if my Daddy thinks im fine,
He’s tried to make me go to rehab,
I wont go, go, go.
The man said, why you think you here?
I said, I got no idea
Im gonna, im gonna loose my baby
So I always keep a bottle near
Said, I just think you’re depressed
Kiss me, yeah baby
And go rest
I’m tryin to make me go to rehab
I said no, no, no
Yes I been black, but when I come back
You wont know, know, know
I don’t ever wanna drink again
I just, ooo, I just need a friend
Im not gonna spend 10 weeks
Have everyone think im on the mend
It’s not just my pride
It’s just til these tears have dried
They’re tryin to make me go to rehab
I said no, no, no
Yes I been black, but when I come back,
You wont know, know, know
I aint got the time,
And if my daddy thinks im fine
He’s trying to make me go to rehab
I wont go, go, go.
un commentaire

Par Laure Limongi,
mercredi 1 août 2007
Isidore Isou, l’inventeur du Lettrisme, l’auteur de ''La Créatique ou la Novatique'', du Traité de Bave et d’éternité… bref, l’une des figures de proue des avant-gardes historiques est mort samedi 28 juillet. Dans un relatif silence qui me choque quelque peu. À moins que leurs moteurs de recherche n’aient effacé l’information, ni Le Monde, ni Libé (dans Libé, c’est Juliette Greco qui parle d’Isou en juin dernier…), ni L’Huma ne consacrent trois lignes à l’événement. Je ne demande pas une messe télévisée avec chronique de la voix de Léon Zitrone exhumée par échantillonneur numérique, Philippe Sollers en pleurs et chœurs lettristes mais tout de même… On va tenter d’être optimiste et dire que tout le monde est en vacances et que la France prendra soin de son héritage littéraire à la rentrée – on l’écrit même.
En attendant, merci aux Nouvelles à travers La Chine et le Monde de relayer l’information… (et La République des Lettres aussi, et France 2, ouf, quand même, l’honneur est sauf).
7 commentaires

|
 |
| |
|
|