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jeudi 9 octobre 2014

2222. Alexandra Varrin invitée de Michel Field sur TF1

Au Field de la nuit du lundi 6 octobre 2014, le livre d'Alexandra Varrin : Une semaine dans la vie de Steven King, est "Le coup de projecteur" de l'émission.

vendredi 3 octobre 2014

2220. A+2 de Sophie Schulze par Arnaud Viviant dans TRANSFUGE

SOPHIE SCHULTZE, LA PHILOSOPHE.

par Arnaud Viviant

À contre-courant de cette rentrée, A+2 est un récit autobiographique signé d'une lectrice de Heidegger qui interroge son héritage familial.

J'ai toujours eu un faible pour les filles qui lisent Martin Heidegger. Je les imagine dans leur chambrette, nimbée d'une lumière électrique ocre un peu sale, leur doux visage baignant dans un clair-obscur métaphysique, penché sur Être et temps. Et si, en plus, elles lisent Marx, cette fois dans une lumière crue et à demi nues (dans mon imaginaire, c'est toujours en été), et si de Marx elles lisent plutôt les Manuscrits de 1844 que Le Capital, alors là, je ne réponds plus de rien.

"La philosophie est ma langue maternelle" me dit Sophie Schulze. Elle est petite, brune, en mouvements. Genre elfe. En trois ans, elle a publié quatre livres aux Editions Léo Scheer, toujours bordurés de titres étrangers, le dernier A+2 étant sans doute le plus mystérieux des quatre (même si Nom de pays, Karl et PSG-Moscou n'étaient pas mal non plus dans le genre). En tout cas très éloignés de la production courante, par exemple de cette mode un peu embarrassante du selfie littéraire où les écrivains s'arrangent pour être dans le cadre à côté d'une star : Elvis Presley et moi, Zidane et moi, Nadia Comaneci et moi, etc. Peut-être, justement, à cause de l'origine philosophique de ces récits qui semblent leur offrir d'emblée une gangue, une espèce de cuirasse, et les mettre à l'abri de l'air du temps, les romans de Sophie Schulze font entendre leur petite différence.

Au deuxième chapitre de A+2 (oui, ça veut dire quelque chose, on va bientôt y venir), elle évoque sa lecture de Sein und Zeit : Les treize premiers paragraphes sont sublimes. Le ton est simple, presque pédagogique. Le propos, pourtant, est ample. Abyssal, même. Trois mille ans de métaphysique, ou plutôt d'onto-théo-logie, sont convoqués. Dans Nom de pays, Karl, elle plie en soixante cinq pages, façon origami, un essai littéraire sur les Manuscrits de 44, en préférant nettement la lecture de Gérard Granel à celle d'Althusser. Hum. Ce n'est rien de dire que j'ai essayé de mettre le paquet...

Mais reprenons. Sophie Schulze, quarante et un ans, a commencé par étudier la philosophie à Strasbourg sous la direction de Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy. Aujourd'hui, elle "aspire à sortir de la philosophie par la littérature". Elle me raconte qu'à la fac, elle a participé à un séminaire "Littérature et philosophie" où elle a travaillé sur un texte de Hannah Arendt à propos des Fruits d'or. Mon roman préféré de Nathalie Saraute! "Moi aussi, c'est le livre que je préfère d'elle", m'apprend mon interlocutrice aux yeux soudain gris brillant. Je me frotte les mains. J'ai l'impression d'être sur un de ces sites Internet où l'on se drague par affinités culturelles. En revanche, j'ignorais que l'auteur des Origines du totalitarisme avait écrit sur Sarraute. Alors Sophie Schulze m'explique que dans ce texte rare (mais dont elle me fera volontiers une photocopie, (m'assure-t-elle avec une vivacité qui m'enchante), publié dans la revue féministe Les Cahiers du Grif, Hannah Arendt étudie la fonction de ce qu'elle appelle les "pronoms sociaux" dans Les Fruits d'or. "Cela rappelle de "On meurt" de Heidegger" m'explique doctement celle qui, l'année dernière encore, était chargée de cours à la fac, avant d'ajouter : "Arendt montre bien que la sous-consommation n'a rien à voir avec le monologue intérieur."

Tout cela peut paraître sec, aride, cérébral, mais non. On l'a dit, Sophie Schulze est en perpétuel mouvement. Après la philo, elle a tenté l'ENA qu'elle a raté d'un point, dit-elle, avant de se tourner vers le droit administratif pour devenir juge. Elle a aussi beaucoup voyagé, en Russie, en Arabie Saoudite, en Afrique, et tout cela a nourri ses quatre récits d'obédience autobiographique, chacun dans leur genre, des textes qu'elle décrit en trois adjectifs : "minimalistes, synthétiques, formalistes". Sophie me parle d'une interview récente d'Aurélien Bellanger dans laquelle il revendique de ne plus avoir d'approche formelle de l'écriture; elle aime bienl'auteur de La Théorie de l'information, mais ne partage pas ses vues.

La preuve que Sophie n'est en tout cas pas détachée du réel, qu'elle s'accroche à la contingence, c'est que A+2 s'inscrit parfaitement dans la rentrée littéraire. Il est temps de dire ce que signifie ce titre. A+2 est le nom de code imaginé par l'auteur pour désigner la deuxième génération à n'avoir pas connu Auschwitz. Or, il se trouve que cette génération A+2 signe plusieurs livres consacrés à la Shoah. Il y a le roman mièvre de David Foenkinos sur Charlotte Salomon. Comme pour lui répondre, il y a l'essai biographique que Gilles Sebban consacre au peintre assassiné Stéphane Mandelbaum : Mandelbaum ou de rêve d'Auschwitz. Dans ce livre, Auschwitz n'est certes qu'une trace, mais archétypique de la génération A+2. Plus remarquable encore, il y a L'Oubli de Frédérika Amalia Finkelstein qui tente, vainement, d'opposer un droit à l'oubli au devoir de mémoire. Sophie Schulze, quant à elle, termine A+2 par le récit d'une visite du camp de la mort. "Oui, sourit-elle, je m'inscris dans un genre totalitaire." Bizarrement, elle se met ensuite à me parler de Steve Reich. Je n'y comprends rien. Elle s'explique : "Le trauma crée une structure répétitive. Puis la répétition crée des décalages, une musique nouvelle." Je crois que je comprends. On assiste effectivement avec cette génération A+2 à une nouvelle écriture de la Shoah.

Le grand-père de Sophie Schulze était allemand. Militaire de carrière avant la Seconde Guerre mondiale, il a participé à tout ça. Puis il s'est marié à une alsacienne et a interdit à ses descendants de parler allemand. Pour finir, je lui demande quels sont les écrivains contemporains qu'elle aime. Elle me cite, en vrac : Thomas Bernhard, Eugène Savitzkaya, L'Epis monstre de Nicolas genka, Chloé Delaume, le Portugais Nuno Camarneiro (avec lequel elle participe à un roman collectif européen en ligne) Jean-Philippe Toussaint, Jérusalem de Gonçalo M. Tavares, Camille de Toledo, Gabriel Matzneff, Marc-Edouard Nabe... Hum. Revenons en alors à Nathalie Saraute.

2221. A+2 de Sophie Schulze par Steve Krief dans L'ARCHE

LE POIDS DU PAPIER

Sophie Schulze entreprend un voyage aux origines.

"Laissez brûler les petits papiers. Papiers de riz ou d'Arménie...". La chanson de Serge Gainsbourg, qui évoque diverses utilisations quotidiennes des papiers est une des questions centrales du livre de Sophie Schulze. Dans une société qui iPadise tous les écrits au bénéfice d'une guerre d'acquisition des mémoires des grands sites de référence, pour garder tout ou son concentré, on doute de la motivation ou du résultat. Et on risque de se retrouver à moyen terme comme le personnage interprété par James Caan dans le film d'anticipation Rollerball. À la recherche d'informations sur les guerres relativement récentes entre les différentes corporations mondiales, il se rends à Genève où sont stockées toutes les archives de l'Histoire. La machine programmée pour censurer les évènements délicats refuse de lui répondre, tandis que l'on voit le XIIIe siècle se résumer à une fiche dans les mains du bibliothécaire en titre, qu'il jette à la poubelle n'y voyant aucun intérêt en-dehors de Dante.

L'angoisse du papier est très présente dan A+2. "A" fait référence à Auschwitz et "+2" à la deuxième génération après la Shoah. Que reste-t-il comme traces de l'évènement ? La mémoire transmise par les derniers survivants des camps doit être sauvegardée par les traces écrites. Ce livre autobiographique présente le malaise dans sa quête de savoir. Les lourds secrets d'une guerre et les révélations troublantes. Les voix tentent de revenir à défaut de pouvoir communiquer par le papier. Lors d'une visite à Auschwitz, l'auteure gère difficilement la confrontation avec le lieu et sa présentation actuelle. Sans oublier ce qui se déroule à quelques pas des barbelés,aussi décalé avec l'histoire véhiculée par le camp que l'attitude "banale" des badauds qui y habitaient tranquillement deux générations plus tôt. Le récit est d'autant plus fort qu'une voix particulière hante l'auteure ; sa curieuse dialectique révélera la réelle ambition de cet écrit.

Mais le livre ne s'arrête pas là. Et comme dans La Danse de Gengis Cohn, il nous file une grande claque avant de nous emmener vers des thèmes insoupçonnables. Tout d'abord, dans la formation universitaire de Sophie Schulze et sa confrontation aux textes de Heidegger et Marx. De la difficulté de dépasser les visions souvent rigides des différentes chapelles sur leur penseur en chef. À l'image de certains élèves de Pierre Bourdieu qui louent celui qui dénonça les réseaux universitaires avant de recréer les mêmes autour de lui, la dialectique qui ne traverse pas dans les clous n'est pas nécessairement le sport préfé de ces adeptes de Marx et Heidegger. Et si Sophie Schulze a du mal à bousculer ces lignes éditoriales ou épiscopales, cela parait un luxe bien lointain lorsqu'elle nous emmène constater le désarroi de certaines populations africaines qui "n'ont qu'un cahier par classe". En mission diplomatique pour la France, ces quelques feuilles que doivent se partager les élèves sont d'autant plus chères face à la mauvaise volonté manifestée par les représentant des instances internationales. Le Congo pourrait à lui seul nourrir l'Afrique, mais sa propre population ne mange pas à sa faim. Les pillages internes et externes empêchent toute progression dans ce domaine et les impératif éducatifs semblent eux aussi loin d'être atteints.

A+2 propose un regard poignant, gênant sur l'Histoire et ceux qui ne souhaitent pas l'apprendre. Sur ceux qui le veulent et qui doivent tourner maintes fois autour du monde et de leurs proches pour en découvrir les facettes. Messages forts et réflexions intransigeantes mais nuancées : ce livre est appréciable dans un monde où les écrans transforment les apprentis écrivains en éditorialistes à la petite semaine et leurs lecteurs en supporters.

S.K.

mercredi 24 septembre 2014

2219. Amazon : copy that m@n.

Selon Livres Hebdo, Amazon prépare un site d’édition participative, sur le principe de la plateforme m@n.

" Amazon travaille actuellement sur un projet d’édition participative, qui laissera les lecteurs choisir les livres qu’ils souhaitent voir publiés dans le catalogue numérique de l’entreprise.

Pas encore de date de lancement, mais une mailing list pour être tenu au courant de l’avancée du projet : Amazon va lancer un site d’édition participative qui permettra aux internautes de sélectionner, à partir d’extraits d’ouvrages inédits, ceux qui mériteraient d’être publié par la branche d’édition numérique du commerçant en ligne.

Les auteurs pourront soumettre à Amazon des manuscrits complets, jamais publiés auparavant. La première page du livre sera alors mise en ligne sur le site dédié, permettant aux lecteurs de sélectionner les textes qui leur plaisent le plus. Seules les œuvres les plus appréciées seront examinées par Amazon pour une éventuelle publication.

Quelques-uns des termes du contrat qui lierait l’auteur à Amazon dans cette nouvelle formule éditoriale ont été révélés par le site internet américain The Digital Reader. Selon lui, l’auteur pourrait obtenir un à-valoir de 1500 $ (1164 €), et 50 % de droit d’auteurs. Amazon Publishing promet également, une semaine avant la parution, une copie du livre numérique à tous les internautes qui auront participé à sa sélection."

lundi 1 septembre 2014

2218. Louise de Julie Gouazé par Murielle Compère-Demarcy pour LA CAUSE LITTÉRAIRE

Roman poignant dans sa sobriété d’écriture au fluide glacé, Louise laisse circuler un air de nostalgie que tous avons fleuré un moment dans nos flashback incontournables en direction de l’enfance. Une enfance là qui se raconte, pour aider à s’extraire du mal de l’enfance, pour aider à « grandir », pour en ressortir plus vulnérables : plus vivants.

Un livre à découvrir absolument.

Ce premier roman brille par son écriture en lignes brisées, bousculant d’entrée de jeu la linéarité du récit :

Juin 1995. Lyon. Dans quelques semaines, Louise aura dix-huit ans. Ce week-end est le dernier avant l’épreuve de philo. Son amoureux s’appelle Marc. Louise a des parents, Marie et Roger, et une sœur.

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jeudi 28 août 2014

2217. "Une semaine dans la vie de Stephen King" de Alexandra Varrin dans PSYCHOLOGIE MAGAZINE

Christine Sallès dans Psychologie Magazine a choisi de mettre en lumière trois auteurs femmes de la rentrée littéraire, Siri Hustvedt, Taiye Selasi et Alexandra Varrin.

Trois femmes puissantes

Parmi les quelques six cents romans publiés en septembre, ces romancières-là sortent du lot. Douées, brillantes, drôles et révoltées, elles vont illuminer votre automne.

Alexandra Varrin

Elle a un bras tatoué, elle aime la pâte aux spéculoos, le rock et... Stephen King, depuis sa sombre enfance en Franche-Comté. Le roi du thriller lui a sauvé la vie. Grâce à lui, elle a pu échapper, par la lecture, à la tristesse de sa vie. Et voilà que son "sauveur" débarque en France pour la promotion de son dernier roman.

Devenue auteure, Alexandra Varrin va le suivre partout, et parviendra à approcher son grand homme. Une épopée d'une énergie et d'une sincérité ébouriffantes. "Les livres sont là pour nous aider à comprendre qui nous sommes avec une sincérité brutale", conclut-elle.

Christine Sallès, Psychologie Magazine, septembre 2014.

2216. "Louise" de Julie Gouazé dans les coups de coeur de FEMME ACTUELLE

Le premier roman de Julie Gouazé, Louise, est parmi les douze coups de coeur dans la rentrée littéraire de Femme actuelle:

Vivifiant

Ne vous y trompez pas, ce petit livre est un grand. Un premier roman exceptionnel, qui nous plonge dans l'intimité d'une famille lyonnaise.

Tout commence lorsque Alice revient vivre chez ses parents avec son fils Jean. Louise, sa soeur cadette, découvre qu'elle est devenue addicte à l'alcool. Un long combat commence...

Une magnifique leçon de vie.

M. P., dans Femme actuelle du 25 août 2014.

2215. "Louise" de Julie Gouazé par Valérie Gans dans MADAME FIGARO

La première phrase: "Juin 1995. Lyon. Dans quelques semaines, Louise aura 18 ans.

Le livre : "Entre Alice, sa soeur adorée, qui sombre dans l'alcoolisme, et des parents surproducteurs, Louise va devoir se battre pour se ménager un espace de liberté qui lui permettra de mûrir, de grandir, de devenir une femme. Ella va protéger la lumière qu'elle a bien enfouie à l'intérieur. C'est un récit de vie. Un pont entre les événements d'hier et ceux d'aujourd'hui. Un fil tendu entre deux soeurs."

La dédicace: "Pour Sophie au pays des merveilles. Pour Léopold et Armand, mes lutins ensoleillés."

Valérie Gans, Madame Figaro du 21 juillet 2014.

vendredi 22 août 2014

2214. Une semaine dans la vie de Arnaud Gonzague.

Comment j’ai réussi à ne pas interviewer Stephen King

Par Arnaud Gonzague

Le maître de l’épouvante était de passage à Paris pour la sortie de son "Docteur Sleep". Arnaud Gonzague l’a pourchassé, mais aidé d’effroyables sortilèges, le King est parvenu à lui échapper par trois fois. Récit

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2213. Une semaine dans la vie de Stephen King de Alexandra Varrin par FRANCE NET INFO

L’histoire du livre :

Du 12 au 16 novembre 2013, Stephen King a passé une semaine à Paris pour promouvoir son nouveau livre, Docteur Sleep, suite trente six ans apèrs de Shining. Au cours de cette semaine, il s’agit d’assister aux cinq rendez-vous prévus : Alexandra Varrin n’en manquera pas un seul.

D’abord, une conférence de presse pour plus de trois cent journalistes à laquelle, en remuant ciel et terre, elle réussit à participer. Le deuxième rendez-vous est une séance de dédicaces à la librairie MK2 Bibliothèque, devant laquelle des aficionados venus de toute l’Europe dorment, depuis la veille.

Vient ensuite l’émission de François Busnel La Grande Librairie : une heure entièrement consacrée à l’écrivain, Alexandra Varrin est dans le public. Le lendemain, elle fait partie des élus qui, à la suite d’un jeu concours portant sur l’oeuvre de King, s’entretient avec lui dans l’émission que le Mouv’ lui consacre. Cette semaine enchanteresse se termine enfin par une lecture-conférence organisée au Grand Rex.

Au cours des cinq rendez-vous qui jalonnent cette semaine, elle se replonge dans l’œuvre monumentale de son idole, et poursuit, tout en interrogeant notre rapport à la fiction, son propre autoportrait.

Mon avis de lectrice :

C’est un véritable roman d’amour que nous propose Alexandra Varrin, un amour pur et innocent. A travers la relecture des romans connus et certains moins connus de Stephen King, l’auteure nous livre ses tourments, ses doutes, et tout ce que l’univers très spécial de King lui a apporté depuis ses dix ans. Elle a grandi avec ses personnages et certains comme Roland de Gilead, Jack et Danny Torrance ou L’homme en Noir l’ont particulièrement marquée. Elle nous explique pourquoi et c’est passionnant.

Il semble que Alexandra Varrin soit intarissable sur l’oeuvre monumentale de son auteur fétiche, et on se laisse prendre avec plaisir au jeu de décryptage.Un roman fort et intimiste, teinté de belles anecdotes, destiné aussi bien aux lecteurs habitués et connaisseurs de Stephen King, qu’aux autres… Bonne lecture.

mardi 19 août 2014

2211. La rentrée littéraire 14 par Raphaëlle Leyris pour LE MONDE

Rentrée littéraire: les écrivains s’emparent de la vie des autres

par Raphaëlle Leyris

« C'est à se demander ce qu'on publiait avant ! » Cette remarque amusée d'une éditrice porte sur le nombre de romans biographiques, s'inspirant des vies d'hommes ou de femmes illustres. Celles d'artistes, notamment. Ainsi, dans Charlotte (Gallimard), David Foenkinos évoque-t-il le destin de la plasticienne Charlotte Salomon, morte à Auschwitz, quand Franck Maubert ramène à la vie le peintre Robert Malaval dans Visible la nuit (Fayard), et quand François Bott imagine Le Dernier Tango de Kees Van Dongen (Cherche-midi). Dans Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive (Grasset), Christophe Donner fait le portrait du producteur de cinéma Jean-Pierre Rassam à travers les liens familiaux qui l'unirent à Claude Berri et Maurice Pialat. Chez le même éditeur, Nelly Kaprielian revêt Le Manteau de Greta Garbo pour explorer, à travers le vestiaire et le mythe de la Divine, ses propres obsessions. Adrien Bosc, dans Constellation (Stock), mène l'enquête sur les passagers du vol où périt, en 1954, avec le boxeur Marcel Cerdan, la violoniste prodige Ginette Neveu. Si Elvis Presley, de longue date devenu chair à fiction, traverse Bye Bye Elvis, de Caroline de Mulder (Actes Sud), il est peut-être plus surprenant de trouver dans Zinedine Zidane le héros de Chant furieux, premier roman signé Philippe Bordas (Gallimard).

Les écrivains aussi prennent leur part dans cette veine : pour Pas pleurer (Seuil), Lydie Salvayre entrelace la voix de Georges Bernanos, au moment où il s'élève contre la guerre d'Espagne, avec celle de sa propre mère. Pour Viva (Seuil), Patrick Deville met ses pas, au Mexique, dans ceux de Malcolm Lowry, l'auteur d'Au dessous du volcan, et de Trotsky. Tandis que Frédéric Beigbeder raconte, dans Oona & Salinger, une histoire d'amour de l'auteur de L'Attrape-cœurs, Alexandra Varrin passe, elle, Une semaine dans la vie de Stephen King (Leo Scheer).

Si les vies d'écrivains sont des sources d'inspirations, les grandes œuvres le sont aussi : nombre d'auteurs se livrent à des relectures ou des réécritures. Le Royaume d'Emmanuel Carrère (POL) est une enquête littéraire sur l'Evangile selon saint Luc ; Jean-Luc Marty réinvente Paul et Virginie aujourd'hui dans La mer à courir (Julliard), et Geneviève Brisac donne aux sœurs héroïnes de Dans les yeux des autres (L'Olivier) les noms d'Anna et Molly, personnages du Carnet d'or de Doris Lessing. Dans La Condition pavillonnaire (Notablia), Sophie Divry, à travers le personnage de M. A., paie sa dette à Emma Bovary. Autre hommage à Gustave Flaubert : la réédition du Retour de Bouvard et Pécuchet, de Frédéric Berthet, paru en 1996, avec lequel les éditions Belfond lancent leur collection « Remake », explicitement consacrée à la réécriture. Suivra L'Ubu roi de Nicole Caligaris, transposition dans le monde de la finance de l'univers d'Alfred Jarry.

Autant de signes, sans doute, du fait que la littérature française se cherche. Si, de manière classique, nombre de romans prennent pour héros ou narrateur des auteurs – L'Ecrivain national, de Serge Joncourt (Flammarion), Pétronille, d'Amélie Nothomb (Albin Michel), La Dévoration, de Nicolas d'Estienne d'Orves (Albin Michel), La Langue des oiseaux, de Claudie Hunzinger (Grasset) – il est moins habituel de voir publié en période de rentrée autant d'ouvrages relevant de la réflexion littéraire : citons ainsi Exister par deux fois, de Pierre Bergougnioux (Fayard), un recueil d'entretiens, d'essais et interventions ; ou encore Dialogue d'été, d'Anne Serre (Mercure de France), conversation autour de l'imaginaire des auteurs, Splendeur et misère de la condition d'écrivain (Flammarion), dans lequel Jean-Baptiste Gendarme donne ses « conseils à l'usage de ceux qui souhaitent publier un premier roman », ou encore Ma Bibliothèque, de Cécile Ladjali (Seuil), sous-titré « Lire, écrire, transmettre ». Des textes qui sont aussi les preuves que les écrivains français veulent empêcher d'advenir le monde décrit dans L'Infini livre, de Noëlle Revaz (Zoë) : un monde où les romans ne sont plus que des objets de décoration.

Raphaëlle LEYRIS, le 14 août 2014

lundi 18 août 2014

2210. "Métaphysique de la putain" de Laurent de Sutter dans LE MAGAZINE LITTERAIRE

LE PLUS VIEUX ROMAN DU MONDE

Métaphysique de la putain, au miroir du trottoir

« Depuis toujours, ce n'est pas des putains que l'on parle mais du "problème" qu'elles suscitent. Et s'il n'y avait ni "question" ni "problème" ? S'il n'y avait que des êtres, dont la particularité est de perturber les simples idées de "question" ou de "problème" ? » Loin de toute considération politique ou juridique sur le « phénomène » de la prostitution, Laurent de Sutter propose dans son dernier ouvrage une série de réflexions sur la nature de la putain, à travers les visages que lui dessinèrent Alban Berg dans Lulu, James Joyce dans Ulysse (l'étrange Bella Cohen) ou encore Chester Brown dans Vingt-trois prostituées. Démonstration rigoureuse et érudite dont ressort une théorie étonnante : et si la fille publique était une allégorie de la vérité, une incarnation du « vrai » ? C'est en tout cas le rôle que lui assignaient systématiquement les films de Jean-Luc Godard, cette figure étant la seule capable d'étancher sa soif de vérité - et donc de cinéma puisque les deux étaient indissociables pour le cinéaste. Les prostituées « étaient les personnages conceptuels de la métaphysique godardienne du cinéma, ce mélange philosophico-esthétique singulier qui prétendait retrouver le lien entre Vrai et Beau que Platon avait échoué à établir », affirme Laurent de Sutter. En témoigne Une femme coquette (1956), court métrage inspiré d'une nouvelle de Maupassant (« Le signe »), dans lequel une dame s'amuse à jouer les putains, imitant l'attitude de celle qui racole en face de chez elle, si bien qu'elle finit par attirer un client. Que fait la « putain véritable » pendant ce temps-là ? Eh bien, elle continue de faire ce qu'elle fait (racoler) et d'être ce qu'elle est (une putain), « en une impeccable tautologie ». « Là où le mensonge se trouvait du côté de la coquette, la vérité, elle, se trouvait du côté de la putain : vérité de la passe ; et vérité des signes qu'elle adressait aux passants », analyse l'auteur. La prostituée fonctionne donc comme un miroir, reflétant la tromperie, la feinte. C'est d'ailleurs pour cela qu'on la traite si durement. À l'image de Lulu, la tragique petite putain d'Alban Berg, incapable de résister au désir des hommes, emportée par la spirale de l'argent, malmenée par ses amants avant de finir sauvagement assassinée par le dernier d'entre eux. « En tant qu'incarnation de l'innocence victime de la duplicité du monde de la possession et de l'argent, qu'était Lulu sinon le signe de cette duplicité et de cette hypocrisie ? » Si la « question » de la prostitution reste en suspens, la prostituée, elle, a trouvé son meilleur avocat.

Par J. F., in Le Magazine littéraire, juillet 2014

2209. L'Ivresse de la bascule de Véronique Fiszman par FATTORIUS

Véronique Fiszman, l'empire de l'excès et de l'amour vrai

Constance est une quadragénaire, célibataire endurcie. Mais pas assez pour s'interdire de traîner sur Meetic. Un tel personnage est suffisamment riche pour que Véronique Fiszman, pianiste et romancière, s'en empare et décrive sa destinée. Cela, en revisitant avec intelligence, si ce n'est avec subtilité, les genres de la romance et de la comédie sentimentale à l'américaine.

A la romance, façon Harlequin, l'auteure emprunte le vieux procédé consistant à rendre une employée médicale subalterne (en l'occurrence une manipulatrice dans un cabinet de radiologie) amoureuse de son patron, radiologue, un vrai médecin, avec tous les diplômes et le statut social qui vont avec. Ici, le couple à construire s'appelle Constance et Marc. On le sent venir; dès lors, l'auteure emprunte à la comédie sentimentale le fait que si l'on sait où l'on va aller, l'intérêt réside dans la manière dont les deux amoureux vont tomber définitivement dans les bras l'un de l'autre. Un soupçon de marivaudage fait le reste.

L'auteure construit Constance avec une adresse qui laisse pantois, en choisissant la mise en situation. Relatant un premier rendez-vous, le premier chapitre de L'Ivresse de la bascule s'avère très bon: le lecteur y découvre une Constance qui se contrôle en permanence, héritière d'un certain atavisme, à mille lieues d'une spontanéité qui aurait été plus propice à la naissance de sentiments. Mine de rien, l'auteure installe aussi une ambiance sensuelle qui va parfumer tout le roman, en accordant une attention constante aux parties du corps de Constance, à ses vêtements et à ce qu'ils (dé)voilent. Piégé avec délices, le lecteur trouvera Constance appétissante... et se demandera dès lors pourquoi personne, dans l'environnement romanesque, ne pense pareil. Personne, sauf...

... le fameux Marc. L'auteure le construit de façon à ce qu'il ait l'air presque indésirable: certes, il a le statut social d'un médecin, mais il est marié et volage ("en manque de Constance", suggère l'auteure, consciente d'un double sens que seule une majuscule tranche), et aime montrer sa richesse. Ce que l'auteure souligne par un usage discret mais efficace du "namedropping": à plus d'une reprise, elle fait se confronter la Fiat de Constance et la Mercedes du médecin, affirmant ainsi des statuts sociaux différents.

Marc est par ailleurs affublé d'une épouse qui est une sacrée bonne femme - le lecteur pourra à raison la trouver excessive, caricaturale. Elle s'est approprié la bite de son mari: "Le soir de leur mariage, elle lui avait dit, froidement, alors qu'il allait la pénétrer: À partir d'aujourd'hui, cette queue m'appartient. J'en ai l'exclusivité. Si tu avais le malheur de la tremper ailleurs, il n'y aurait aucune possibilité de rattrapage." (p. 37) Femme entière jusqu'à l'excès, capable de sauver les apparences quand même (scène d'anniversaire, digne du meilleur des vaudevilles), elle réagira de façon extrême (mais y croit-on?) à l'idée de se séparer de Marc...

Ces outrances font partie d'un dispositif ironique que le lecteur capte dès les premières pages de "L'Ivresse de la bascule". D'emblée, on est en effet dans l'excès: excès de contrôle pour Constance, excès de femmes pour Marc, excès de cancans pour les collègues de Constance, qui constituent un choeur de commères savoureux emmené par Bernardine. Alors certes, le lecteur va devoir accepter quelques longueurs, en particulier celles qui relatent les vicissitudes managériales liées à la fusion de deux cabinets médicaux de province. Mais celles-ci seront vite surmontées: "L'Ivresse de la bascule" se lit rapidement, d'autant plus que le lecteur sait assez vite où il va. Et quels bras vont finir par définitivement s'étreindre.

Daniel Fattore, le 17 août 2014

lundi 4 août 2014

2208. LOUISE de Julie Gouazé par Yael pour TLC : Toute La Culture

« Louise », un premier roman d’amour et d’addiction par Julie Gouazé

Note de la rédaction : ★★★★★

Premier roman publié chez Léo Scheer, Louise met en scène une jeune femme qui doit faire face à l’alcoolisme de sa soeur. Où comment l’addiction d’un membre de la famille devient le métronome de tous les autres…

Julie Gouazé- Louise - leo scheer- rentrée littéraire : Louise a une sœur de 14 ans son aînée, Alice. Elle est un peu son modèle et son départ de la maison plonge la préadolescente dans une grande solitude. Alice se marie, fait un enfant, part vivre de l’autre côté de la frontière. mais un jour, quand elle revient avec le bébé sous le bras passer du temps en famille, elle titube. Commence alors une véritable descente aux enfers pour l’ensemble de la famille. Et qui va de pair avec une répartition des rôles : Louise doit être celle qui va bien, toujours. Et l’on fait moins attention à elle.

Fort et sensible, le texte de Julie Gouazé montre avec beaucoup de rigueur comment aimer une personne alcoolique est aussi une sorte d’addiction destructrice. Il y a de la colère derrière les mots alignés et ce roman est plus qu’une fiction puisqu’on y sent à chaque page l’urgence d’écrire. Un très beau livre!

Julie Gouazé, Louise, Léo Scheer, 162 pages, 18 euros. Sortie le 20 août 2014.

Extrait : « Marie met tout son amour dans les assiettes. Rechigner, c’est ne pas l’aimer assez fort. En reprendre, c’est déposer un océan de tendresse sur la table. Rater un repas, c’est comme poser un lapin. » p. 74

lundi 14 juillet 2014

2207. Portrait du philosophe Gérard Granel par Sophie Schulze sur BibliObs

Sophie Schulze a consacré un article au philosophe Gérard Granel, traducteur, entre autres, de Reiner Schürmann, dont le récit Les origines fait singulièrement écho au nouveau roman de Sophie Schulze, A + 2, à paraître le 20 août prochain.

Vous pouvez découvrir l'article ici:

Gérard Granel, l’homme à qui l’on doit la "décontraction"

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