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lundi 1 septembre 2014

2218. Louise de Julie Gouazé par Murielle Compère-Demarcy pour LA CAUSE LITTÉRAIRE

Roman poignant dans sa sobriété d’écriture au fluide glacé, Louise laisse circuler un air de nostalgie que tous avons fleuré un moment dans nos flashback incontournables en direction de l’enfance. Une enfance là qui se raconte, pour aider à s’extraire du mal de l’enfance, pour aider à « grandir », pour en ressortir plus vulnérables : plus vivants.

Un livre à découvrir absolument.

Ce premier roman brille par son écriture en lignes brisées, bousculant d’entrée de jeu la linéarité du récit :

Juin 1995. Lyon. Dans quelques semaines, Louise aura dix-huit ans. Ce week-end est le dernier avant l’épreuve de philo. Son amoureux s’appelle Marc. Louise a des parents, Marie et Roger, et une sœur.

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jeudi 28 août 2014

2217. "Une semaine dans la vie de Stephen King" de Alexandra Varrin dans PSYCHOLOGIE MAGAZINE

Christine Sallès dans Psychologie Magazine a choisi de mettre en lumière trois auteurs femmes de la rentrée littéraire, Siri Hustvedt, Taiye Selasi et Alexandra Varrin.

Trois femmes puissantes

Parmi les quelques six cents romans publiés en septembre, ces romancières-là sortent du lot. Douées, brillantes, drôles et révoltées, elles vont illuminer votre automne.

Alexandra Varrin

Elle a un bras tatoué, elle aime la pâte aux spéculoos, le rock et... Stephen King, depuis sa sombre enfance en Franche-Comté. Le roi du thriller lui a sauvé la vie. Grâce à lui, elle a pu échapper, par la lecture, à la tristesse de sa vie. Et voilà que son "sauveur" débarque en France pour la promotion de son dernier roman.

Devenue auteure, Alexandra Varrin va le suivre partout, et parviendra à approcher son grand homme. Une épopée d'une énergie et d'une sincérité ébouriffantes. "Les livres sont là pour nous aider à comprendre qui nous sommes avec une sincérité brutale", conclut-elle.

Christine Sallès, Psychologie Magazine, septembre 2014.

2216. "Louise" de Julie Gouazé dans les coups de coeur de FEMME ACTUELLE

Le premier roman de Julie Gouazé, Louise, est parmi les douze coups de coeur dans la rentrée littéraire de Femme actuelle:

Vivifiant

Ne vous y trompez pas, ce petit livre est un grand. Un premier roman exceptionnel, qui nous plonge dans l'intimité d'une famille lyonnaise.

Tout commence lorsque Alice revient vivre chez ses parents avec son fils Jean. Louise, sa soeur cadette, découvre qu'elle est devenue addicte à l'alcool. Un long combat commence...

Une magnifique leçon de vie.

M. P., dans Femme actuelle du 25 août 2014.

2215. "Louise" de Julie Gouazé par Valérie Gans dans MADAME FIGARO

La première phrase: "Juin 1995. Lyon. Dans quelques semaines, Louise aura 18 ans.

Le livre : "Entre Alice, sa soeur adorée, qui sombre dans l'alcoolisme, et des parents surproducteurs, Louise va devoir se battre pour se ménager un espace de liberté qui lui permettra de mûrir, de grandir, de devenir une femme. Ella va protéger la lumière qu'elle a bien enfouie à l'intérieur. C'est un récit de vie. Un pont entre les événements d'hier et ceux d'aujourd'hui. Un fil tendu entre deux soeurs."

La dédicace: "Pour Sophie au pays des merveilles. Pour Léopold et Armand, mes lutins ensoleillés."

Valérie Gans, Madame Figaro du 21 juillet 2014.

vendredi 22 août 2014

2214. Une semaine dans la vie de Arnaud Gonzague.

Comment j’ai réussi à ne pas interviewer Stephen King

Par Arnaud Gonzague

Le maître de l’épouvante était de passage à Paris pour la sortie de son "Docteur Sleep". Arnaud Gonzague l’a pourchassé, mais aidé d’effroyables sortilèges, le King est parvenu à lui échapper par trois fois. Récit

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2213. Une semaine dans la vie de Stephen King de Alexandra Varrin par FRANCE NET INFO

L’histoire du livre :

Du 12 au 16 novembre 2013, Stephen King a passé une semaine à Paris pour promouvoir son nouveau livre, Docteur Sleep, suite trente six ans apèrs de Shining. Au cours de cette semaine, il s’agit d’assister aux cinq rendez-vous prévus : Alexandra Varrin n’en manquera pas un seul.

D’abord, une conférence de presse pour plus de trois cent journalistes à laquelle, en remuant ciel et terre, elle réussit à participer. Le deuxième rendez-vous est une séance de dédicaces à la librairie MK2 Bibliothèque, devant laquelle des aficionados venus de toute l’Europe dorment, depuis la veille.

Vient ensuite l’émission de François Busnel La Grande Librairie : une heure entièrement consacrée à l’écrivain, Alexandra Varrin est dans le public. Le lendemain, elle fait partie des élus qui, à la suite d’un jeu concours portant sur l’oeuvre de King, s’entretient avec lui dans l’émission que le Mouv’ lui consacre. Cette semaine enchanteresse se termine enfin par une lecture-conférence organisée au Grand Rex.

Au cours des cinq rendez-vous qui jalonnent cette semaine, elle se replonge dans l’œuvre monumentale de son idole, et poursuit, tout en interrogeant notre rapport à la fiction, son propre autoportrait.

Mon avis de lectrice :

C’est un véritable roman d’amour que nous propose Alexandra Varrin, un amour pur et innocent. A travers la relecture des romans connus et certains moins connus de Stephen King, l’auteure nous livre ses tourments, ses doutes, et tout ce que l’univers très spécial de King lui a apporté depuis ses dix ans. Elle a grandi avec ses personnages et certains comme Roland de Gilead, Jack et Danny Torrance ou L’homme en Noir l’ont particulièrement marquée. Elle nous explique pourquoi et c’est passionnant.

Il semble que Alexandra Varrin soit intarissable sur l’oeuvre monumentale de son auteur fétiche, et on se laisse prendre avec plaisir au jeu de décryptage.Un roman fort et intimiste, teinté de belles anecdotes, destiné aussi bien aux lecteurs habitués et connaisseurs de Stephen King, qu’aux autres… Bonne lecture.

mardi 19 août 2014

2211. La rentrée littéraire 14 par Raphaëlle Leyris pour LE MONDE

Rentrée littéraire: les écrivains s’emparent de la vie des autres

par Raphaëlle Leyris

« C'est à se demander ce qu'on publiait avant ! » Cette remarque amusée d'une éditrice porte sur le nombre de romans biographiques, s'inspirant des vies d'hommes ou de femmes illustres. Celles d'artistes, notamment. Ainsi, dans Charlotte (Gallimard), David Foenkinos évoque-t-il le destin de la plasticienne Charlotte Salomon, morte à Auschwitz, quand Franck Maubert ramène à la vie le peintre Robert Malaval dans Visible la nuit (Fayard), et quand François Bott imagine Le Dernier Tango de Kees Van Dongen (Cherche-midi). Dans Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive (Grasset), Christophe Donner fait le portrait du producteur de cinéma Jean-Pierre Rassam à travers les liens familiaux qui l'unirent à Claude Berri et Maurice Pialat. Chez le même éditeur, Nelly Kaprielian revêt Le Manteau de Greta Garbo pour explorer, à travers le vestiaire et le mythe de la Divine, ses propres obsessions. Adrien Bosc, dans Constellation (Stock), mène l'enquête sur les passagers du vol où périt, en 1954, avec le boxeur Marcel Cerdan, la violoniste prodige Ginette Neveu. Si Elvis Presley, de longue date devenu chair à fiction, traverse Bye Bye Elvis, de Caroline de Mulder (Actes Sud), il est peut-être plus surprenant de trouver dans Zinedine Zidane le héros de Chant furieux, premier roman signé Philippe Bordas (Gallimard).

Les écrivains aussi prennent leur part dans cette veine : pour Pas pleurer (Seuil), Lydie Salvayre entrelace la voix de Georges Bernanos, au moment où il s'élève contre la guerre d'Espagne, avec celle de sa propre mère. Pour Viva (Seuil), Patrick Deville met ses pas, au Mexique, dans ceux de Malcolm Lowry, l'auteur d'Au dessous du volcan, et de Trotsky. Tandis que Frédéric Beigbeder raconte, dans Oona & Salinger, une histoire d'amour de l'auteur de L'Attrape-cœurs, Alexandra Varrin passe, elle, Une semaine dans la vie de Stephen King (Leo Scheer).

Si les vies d'écrivains sont des sources d'inspirations, les grandes œuvres le sont aussi : nombre d'auteurs se livrent à des relectures ou des réécritures. Le Royaume d'Emmanuel Carrère (POL) est une enquête littéraire sur l'Evangile selon saint Luc ; Jean-Luc Marty réinvente Paul et Virginie aujourd'hui dans La mer à courir (Julliard), et Geneviève Brisac donne aux sœurs héroïnes de Dans les yeux des autres (L'Olivier) les noms d'Anna et Molly, personnages du Carnet d'or de Doris Lessing. Dans La Condition pavillonnaire (Notablia), Sophie Divry, à travers le personnage de M. A., paie sa dette à Emma Bovary. Autre hommage à Gustave Flaubert : la réédition du Retour de Bouvard et Pécuchet, de Frédéric Berthet, paru en 1996, avec lequel les éditions Belfond lancent leur collection « Remake », explicitement consacrée à la réécriture. Suivra L'Ubu roi de Nicole Caligaris, transposition dans le monde de la finance de l'univers d'Alfred Jarry.

Autant de signes, sans doute, du fait que la littérature française se cherche. Si, de manière classique, nombre de romans prennent pour héros ou narrateur des auteurs – L'Ecrivain national, de Serge Joncourt (Flammarion), Pétronille, d'Amélie Nothomb (Albin Michel), La Dévoration, de Nicolas d'Estienne d'Orves (Albin Michel), La Langue des oiseaux, de Claudie Hunzinger (Grasset) – il est moins habituel de voir publié en période de rentrée autant d'ouvrages relevant de la réflexion littéraire : citons ainsi Exister par deux fois, de Pierre Bergougnioux (Fayard), un recueil d'entretiens, d'essais et interventions ; ou encore Dialogue d'été, d'Anne Serre (Mercure de France), conversation autour de l'imaginaire des auteurs, Splendeur et misère de la condition d'écrivain (Flammarion), dans lequel Jean-Baptiste Gendarme donne ses « conseils à l'usage de ceux qui souhaitent publier un premier roman », ou encore Ma Bibliothèque, de Cécile Ladjali (Seuil), sous-titré « Lire, écrire, transmettre ». Des textes qui sont aussi les preuves que les écrivains français veulent empêcher d'advenir le monde décrit dans L'Infini livre, de Noëlle Revaz (Zoë) : un monde où les romans ne sont plus que des objets de décoration.

Raphaëlle LEYRIS, le 14 août 2014

lundi 18 août 2014

2210. "Métaphysique de la putain" de Laurent de Sutter dans LE MAGAZINE LITTERAIRE

LE PLUS VIEUX ROMAN DU MONDE

Métaphysique de la putain, au miroir du trottoir

« Depuis toujours, ce n'est pas des putains que l'on parle mais du "problème" qu'elles suscitent. Et s'il n'y avait ni "question" ni "problème" ? S'il n'y avait que des êtres, dont la particularité est de perturber les simples idées de "question" ou de "problème" ? » Loin de toute considération politique ou juridique sur le « phénomène » de la prostitution, Laurent de Sutter propose dans son dernier ouvrage une série de réflexions sur la nature de la putain, à travers les visages que lui dessinèrent Alban Berg dans Lulu, James Joyce dans Ulysse (l'étrange Bella Cohen) ou encore Chester Brown dans Vingt-trois prostituées. Démonstration rigoureuse et érudite dont ressort une théorie étonnante : et si la fille publique était une allégorie de la vérité, une incarnation du « vrai » ? C'est en tout cas le rôle que lui assignaient systématiquement les films de Jean-Luc Godard, cette figure étant la seule capable d'étancher sa soif de vérité - et donc de cinéma puisque les deux étaient indissociables pour le cinéaste. Les prostituées « étaient les personnages conceptuels de la métaphysique godardienne du cinéma, ce mélange philosophico-esthétique singulier qui prétendait retrouver le lien entre Vrai et Beau que Platon avait échoué à établir », affirme Laurent de Sutter. En témoigne Une femme coquette (1956), court métrage inspiré d'une nouvelle de Maupassant (« Le signe »), dans lequel une dame s'amuse à jouer les putains, imitant l'attitude de celle qui racole en face de chez elle, si bien qu'elle finit par attirer un client. Que fait la « putain véritable » pendant ce temps-là ? Eh bien, elle continue de faire ce qu'elle fait (racoler) et d'être ce qu'elle est (une putain), « en une impeccable tautologie ». « Là où le mensonge se trouvait du côté de la coquette, la vérité, elle, se trouvait du côté de la putain : vérité de la passe ; et vérité des signes qu'elle adressait aux passants », analyse l'auteur. La prostituée fonctionne donc comme un miroir, reflétant la tromperie, la feinte. C'est d'ailleurs pour cela qu'on la traite si durement. À l'image de Lulu, la tragique petite putain d'Alban Berg, incapable de résister au désir des hommes, emportée par la spirale de l'argent, malmenée par ses amants avant de finir sauvagement assassinée par le dernier d'entre eux. « En tant qu'incarnation de l'innocence victime de la duplicité du monde de la possession et de l'argent, qu'était Lulu sinon le signe de cette duplicité et de cette hypocrisie ? » Si la « question » de la prostitution reste en suspens, la prostituée, elle, a trouvé son meilleur avocat.

Par J. F., in Le Magazine littéraire, juillet 2014

2209. L'Ivresse de la bascule de Véronique Fiszman par FATTORIUS

Véronique Fiszman, l'empire de l'excès et de l'amour vrai

Constance est une quadragénaire, célibataire endurcie. Mais pas assez pour s'interdire de traîner sur Meetic. Un tel personnage est suffisamment riche pour que Véronique Fiszman, pianiste et romancière, s'en empare et décrive sa destinée. Cela, en revisitant avec intelligence, si ce n'est avec subtilité, les genres de la romance et de la comédie sentimentale à l'américaine.

A la romance, façon Harlequin, l'auteure emprunte le vieux procédé consistant à rendre une employée médicale subalterne (en l'occurrence une manipulatrice dans un cabinet de radiologie) amoureuse de son patron, radiologue, un vrai médecin, avec tous les diplômes et le statut social qui vont avec. Ici, le couple à construire s'appelle Constance et Marc. On le sent venir; dès lors, l'auteure emprunte à la comédie sentimentale le fait que si l'on sait où l'on va aller, l'intérêt réside dans la manière dont les deux amoureux vont tomber définitivement dans les bras l'un de l'autre. Un soupçon de marivaudage fait le reste.

L'auteure construit Constance avec une adresse qui laisse pantois, en choisissant la mise en situation. Relatant un premier rendez-vous, le premier chapitre de L'Ivresse de la bascule s'avère très bon: le lecteur y découvre une Constance qui se contrôle en permanence, héritière d'un certain atavisme, à mille lieues d'une spontanéité qui aurait été plus propice à la naissance de sentiments. Mine de rien, l'auteure installe aussi une ambiance sensuelle qui va parfumer tout le roman, en accordant une attention constante aux parties du corps de Constance, à ses vêtements et à ce qu'ils (dé)voilent. Piégé avec délices, le lecteur trouvera Constance appétissante... et se demandera dès lors pourquoi personne, dans l'environnement romanesque, ne pense pareil. Personne, sauf...

... le fameux Marc. L'auteure le construit de façon à ce qu'il ait l'air presque indésirable: certes, il a le statut social d'un médecin, mais il est marié et volage ("en manque de Constance", suggère l'auteure, consciente d'un double sens que seule une majuscule tranche), et aime montrer sa richesse. Ce que l'auteure souligne par un usage discret mais efficace du "namedropping": à plus d'une reprise, elle fait se confronter la Fiat de Constance et la Mercedes du médecin, affirmant ainsi des statuts sociaux différents.

Marc est par ailleurs affublé d'une épouse qui est une sacrée bonne femme - le lecteur pourra à raison la trouver excessive, caricaturale. Elle s'est approprié la bite de son mari: "Le soir de leur mariage, elle lui avait dit, froidement, alors qu'il allait la pénétrer: À partir d'aujourd'hui, cette queue m'appartient. J'en ai l'exclusivité. Si tu avais le malheur de la tremper ailleurs, il n'y aurait aucune possibilité de rattrapage." (p. 37) Femme entière jusqu'à l'excès, capable de sauver les apparences quand même (scène d'anniversaire, digne du meilleur des vaudevilles), elle réagira de façon extrême (mais y croit-on?) à l'idée de se séparer de Marc...

Ces outrances font partie d'un dispositif ironique que le lecteur capte dès les premières pages de "L'Ivresse de la bascule". D'emblée, on est en effet dans l'excès: excès de contrôle pour Constance, excès de femmes pour Marc, excès de cancans pour les collègues de Constance, qui constituent un choeur de commères savoureux emmené par Bernardine. Alors certes, le lecteur va devoir accepter quelques longueurs, en particulier celles qui relatent les vicissitudes managériales liées à la fusion de deux cabinets médicaux de province. Mais celles-ci seront vite surmontées: "L'Ivresse de la bascule" se lit rapidement, d'autant plus que le lecteur sait assez vite où il va. Et quels bras vont finir par définitivement s'étreindre.

Daniel Fattore, le 17 août 2014

lundi 4 août 2014

2208. LOUISE de Julie Gouazé par Yael pour TLC : Toute La Culture

« Louise », un premier roman d’amour et d’addiction par Julie Gouazé

Note de la rédaction : ★★★★★

Premier roman publié chez Léo Scheer, Louise met en scène une jeune femme qui doit faire face à l’alcoolisme de sa soeur. Où comment l’addiction d’un membre de la famille devient le métronome de tous les autres…

Julie Gouazé- Louise - leo scheer- rentrée littéraire : Louise a une sœur de 14 ans son aînée, Alice. Elle est un peu son modèle et son départ de la maison plonge la préadolescente dans une grande solitude. Alice se marie, fait un enfant, part vivre de l’autre côté de la frontière. mais un jour, quand elle revient avec le bébé sous le bras passer du temps en famille, elle titube. Commence alors une véritable descente aux enfers pour l’ensemble de la famille. Et qui va de pair avec une répartition des rôles : Louise doit être celle qui va bien, toujours. Et l’on fait moins attention à elle.

Fort et sensible, le texte de Julie Gouazé montre avec beaucoup de rigueur comment aimer une personne alcoolique est aussi une sorte d’addiction destructrice. Il y a de la colère derrière les mots alignés et ce roman est plus qu’une fiction puisqu’on y sent à chaque page l’urgence d’écrire. Un très beau livre!

Julie Gouazé, Louise, Léo Scheer, 162 pages, 18 euros. Sortie le 20 août 2014.

Extrait : « Marie met tout son amour dans les assiettes. Rechigner, c’est ne pas l’aimer assez fort. En reprendre, c’est déposer un océan de tendresse sur la table. Rater un repas, c’est comme poser un lapin. » p. 74

lundi 14 juillet 2014

2207. Portrait du philosophe Gérard Granel par Sophie Schulze sur BibliObs

Sophie Schulze a consacré un article au philosophe Gérard Granel, traducteur, entre autres, de Reiner Schürmann, dont le récit Les origines fait singulièrement écho au nouveau roman de Sophie Schulze, A + 2, à paraître le 20 août prochain.

Vous pouvez découvrir l'article ici:

Gérard Granel, l’homme à qui l’on doit la "décontraction"

vendredi 11 juillet 2014

2206. A+2 de Sophie Schulze par Yael sur T.L.C. (Toute La Culture)

A + 2 de Sophie Schulze, lettre sur les fantômes du passé

L’auteure de Allée 7, rangée 38 (2011) revient aux Éditions Léo Scheer pour cette rentrée littéraire 2014 avec un récit dense, intense et intime.

Note de la rédaction : ★★★★★

Plusieurs épisodes préparent le lecteur au texte court et serré qui réveille les fantômes du passé familial de l’auteur. Il y a la perte de passeport diplomatique en Arabie Saoudite, la rencontre de la philosophie de Hannah Arendt en hypokhâgne, un travail administratif en stage de droit qui la préoccupe parce qu’elle « exécute » des décisions d’expulsion de demandeurs d’asile politiques déboutés, un passage par le Niger et Jérusalem. IL y a le témoignage, la révélation d’un poids qu’on image osciller entre l’exil, Auschwitz et le silence. Et puis il a un échange de courrier avec l’éditeur, Léo Scheer, qui partage cette même histoire. Un courrier où l’on décide de garder le nom, même si le titre s’en tient aux initiales…

Thriller douloureux A+2 est un récit identitaire fragmenté, courageux et douloureux où l’auteure emmène le lecteur vers une contrée d’authentique réflexion sur la responsabilité de ceux qui sont nés après. Quelle mémoire porter et comment la porter éthiquement quand on n’a pas vécu les événements ?

La vie n’a aucun droit dans ce texte terrible et exigeant, même si la trajectoire individuelle, éclairée à l’ombre d’un passé terriblement lourd et qui ouvre de nombreuses correspondances. Un récit magnifiquement intransigeant.

Sophie Schulze, A+2, Léo Scheer, 150 p., 17 euros. Sortie le 20 aout 2014.

Yael le 10 juillet 2014

jeudi 12 juin 2014

2205. "Métaphysique de la putain" de Laurent de Sutter par Tristan Garcia dans Transfuge

Les bordels de l'être

Le philosophe belge Laurent de Sutter fait de la prostituée la figure lucide de notre époque

par Tristan Garcia

De livre en livre, Laurent de Sutter entreprend de " défoncer " la vérité, c'es-à-dire de lui retirer tout son fond.

Que reste-t-il ? L'image même de la putain, répond son nouveau texte, sibyllin.

Renouant avec la définition de la pornographie, qui est la peinture des prostituées (depuis Parrhasios d'Ephèse), Laurent de Sutter évite, dans ce petit livre érudit et sincère d'un style impeccable, les lieux communs des débats publics sur la sexualité tarifée. De la prostituée, il fait plutôt l'emblème d'une métaphysique originale, où tout se paie. Avec la raideur classique de Pascal Quignard et la souplesse pop de Slavoj Zizek, Laurent de Sutter conduit le lecteur dans les bordels de l'être, sur les pas de Charles Bukowski qui célébra, un jour de pluie à Hambourg, les putains comme des " êtres éternels ", plus humains que les êtres humains.

De la putain, Laurent de Sutter fait une image et une idée. La sociologie de la prostitution ne l'intéresse pas : c'est l'idéal de la putain, de Baudelaire à Goya, d'Utamaro à Genet, qui le fascine.

Au fil de courts paragraphes qui dessinent une déambulation urbaine dans quelques oeuvres choisies avec goût, Laurent de Sutter se met en chasse. En quête de la vérité comme d'une prostituée sur les boulevards, il déambule dans la Lulu de Wedekind et de Berg, parmi quelques bandes dessinées (Valentina de Crepax, 23 Prostituées de Chester Brown, Pink d'Okazaki), en passant par les lettres de James Joyce à sa femme Nora, les reportages de William Vollmann ou le cinéma de Godard.

Adoptant la position de Karl Kraus, Laurent de Sutter découvre que dans le monde capitaliste de l'équivalence universelle, où tout s'échange, la seule qui ne fait pas exception, c'est la seule qui a raison. La prostituée qui se vend, dans un monde où tout s'achète, est l'unique personne vraie. Tous les autres sont faux, précisément parce qu'ils se croient des exceptions à l'économie de leur propre monde.

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mardi 10 juin 2014

2204. "Métaphysique de la putain" de Laurent de Sutter par Eric Loret dans Libération

On dira : ce n’est pas politiquement correct. Un point de vue masculin. Encore qu’il y ait des femmes qui consomment des prostitués, mais on en entend relativement peu parler. C’est comme si «la putain» (ou le putain, en version gay) ne faisait bavarder que le genre masculin.

On regrette de ne pas être une femme pour comprendre autrement cet essai qui, comme toute métaphysique, s’occupe de l’être. Non pas celui de la putain, mais celui de son client : «Passer un moment avec une putain, c’est passer un moment avec soi-même - comme, à nouveau, on passerait un moment face à un miroir : on y est nu, on y est confronté à son propre désir. Passer un moment avec une putain, c’est dérailler de l’ordre par lequel un être humain tente de constituer le narcissisme un peu bêta qui lui permet de ne pas s’effondrer à chaque coin de rue.»

Rencontre. D’entrée, Laurent de Sutter prévient qu’il n’y aura pas ici les habituelles considérations sociologiques ou morales sur la «question» de la prostitution. Et, de fait, c’est beaucoup moins de la prostituée réelle qu’il s’occupe que de l’absente de tout bordel, pourrait-on dire, la «putain» littéraire ou cinématographique, de Godard et Goya jusqu’au bédéiste Chester Brown et ses Vingt-Trois Prostituées (2011) en passant par la Lulu d’Alban Berg écrivant à Adorno. La putain, comme la vérité, rappelle Sutter, on ne peut la posséder «toute», et c’est dans ce manquement même, en tant qu’épreuve, que la vérité se joue pragmatiquement : «Il n’y a de vérité que dans l’affolement d’un ordre - et il n’y a de vérité que lorsque le moteur de cet affolement est le désir.» La putain, ou plus exactement la rencontre avec la putain, demande «Che vuoi ?», comme l’Autre lacanien : que veux-tu ? Et n’importe qui a déjà rencontré un(e) prostitué(e) sait que ce désir est renvoyé dans l’expérience à son néant : ce que tu veux est là, et tu ne peux donc pas l’avoir.

Si la putain comme régime de vérité vient à Lacan depuis Nietzsche (le voile de Baubo dans la préface au Gai Savoir) via Bataille, l’application qu’en fait Laurent de Sutter à (au moins) deux questions d’esthétique - «Qu’est-ce que l’art ?» et «Qu’est-ce que la police ?» - lui permet des relectures roboratives d’œuvres fétiches de la modernité. Ainsi voit-il en Godard, à partir de l’analyse du court métrage Une femme coquette, un moderne «distancié», presqu’un classique, cherchant à «sortir du moderne par le moderne». Chez Godard, argue Sutter, la putain n’est pas le mensonge comme moment du vrai : elle se contente «d’émettre des signes sans qualité et sans pouvoir : des signes qui» ont «abandonné le procès des apparences sans pour autant renouer avec leur éloge». Les signes et les putains godardiens «ne trichent pas» : ils sont disponibles au sens, qui leur vient du désir de celui qui les reçoit. C’est un classicisme fondé sur une adéquation des choses et de l’intelligence.

Poésie. Dans cet essai construit de façon chorale (les développements finissent par se rejoindre à force de tours et de retours), la séquence la plus originale concerne la question de la police et de la vérité, faisant se rejoindre politique et métaphysique : si la vérité est ce qui «affole l’évidence», si elle est le «devenir inévident de l’inévidence», alors il est logique que la police, qui est toujours police du «vrai», persécute la poésie de la vérité, qui est le contraire du vrai, qu’elle persécute la putain en tant qu’elle fait «signe vers la vérité», qu’elle en est notre seule (é)preuve réelle.

Eric Loret, Libération, 5 juin 2014

mercredi 4 juin 2014

2203. Signature de Guillaume Fédou à la librairie Mollat le samedi 7 juin 2014

Guillaume Fédou présentera, au cours d'une discussion avec Ariel Kenig, son premier roman, Mon numéro dans le désordre, samedi 7 juin prochain à la librairie Mollat, à Bordeaux.

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